BDSM Collier 2 AURORAWEBLOG

Photo « venue » du Web.

 
 
Cette note est une réponse au commentaire de Columbine sur mon post précédent.
Que celle-ci ne culpabilise pas en se disant qu’elle m’a « tiré les vers du nez ».
Un jour ou l’autre, j’aurais publié sur ce sujet…
 
 
 
Chère Columbine, si j’avais jamais « fixé » moi-même et moi seule les limites comme tu l’as pensé jadis, nous aurions été dans la situation BDSM que les Italiens nomment joliment « dominazione dal basso » (domination par le bas).
Pour schématiser au maximum, c’est la soumise qui indique ses attentes et le Maître les exécute.
C’est la relation BDSM « gentille » par excellence : les soumises en question ne placent jamais leurs limites très haut ni donc très « hard ». Elles sont dans le désir d’expérimenter juste un peu.
Et le Dominant qui s’en satisfait est plus dans le jeu érotique pour pimenter la vie du couple que dans la domination réelle. Ces « duos »-là fonctionnent très bien et sans heurt.
Même s'ils sont l'antithèse du BDSM.
 
Notre histoire a été plus triste.
Lorsque nous nous sommes rencontrés, M. jouait plutôt dans le domaine « hard », avait déjà vécu bien plus de choses que moi qui découvrais, heureuse de me dépasser et qu’il soit fier de moi.
 
Nous avons commencé en fanfare et selon toutes les règles de l’art : un Dominant qui propose à une soumise de lui faire franchir peu à peu certaines de ses limites et de guider ses pas en respectant son rythme, le tout dans une confiance absolue.
J’ai bien dit « certaines de ses limites » : il en est des infranchissables, celles qui mettraient en jeu l’intégrité physique et/ou psychique de la soumise.
L’intégrité physique, c’est facile à comprendre.
L’intégrité psychique est plus difficile à expliquer car elle varie selon la personne.
Pour ma part et à titre d’exemple, pas plus aujourd’hui qu’hier, je n’accepterais de jouer sur le registre de l’humiliation. : c’est en moi le talon d’Achille.
Je sais que je m’y briserais complètement d’autant plus que je suis incapable de saisir ce qui se joue dans celui qui se plaît à humilier.
Qui ou quoi humilie-t-il dans la femme qui lui fait face ?
Il y a là pour moi un gouffre insondable qui fait que je ne pourrais jamais m’y plonger en pensant en retirer quelque plaisir que ce soit.
Or, le but de tout érotisme est le plaisir.
 
Ces notions d’intégrité sont le seul aspect qui soit non négociable dans le BDSM, tout le reste l’est.
Tout le reste l’est parce que l’individu (je l’écris au masculin mais j’entends ici parler de « la soumise ») évolue d’une part tout seul naturellement au fil du temps et des ressentis, d’autre part il évolue aussi grâce à l’autre qui le pousse, le défie, le met constamment à l’épreuve.
Jouer avec les craintes, les peurs, c’est le plaisir délicieux du Maître qui redouble quand la palissade de cette crainte, de cette peur, cède sous sa force de conviction.
Longtemps, nous avons partagé ainsi et notre vie érotique et notre amour.
 
Mais nous vivions sur les pierres posées du début, sur ce que nous nous étions racontés alors l’un de l’autre.
Nous respections toujours quelques-unes des limites que j’avais nommées au départ.
Même si, avec les ans, une bonne partie de cette « barrière » avait été repoussée, nous ne sommes jamais revenus intégralement sur celle-ci, en remettant toutes les données en jeu et du même coup, les pendules à la bonne heure.
Celle qui aurait été l'heure du bonheur.
 
Et cependant, parfois, certaines de mes répugnances de 2002 étaient devenues en moi des fantasmes.
Mais je ne parvenais pas à les dire.
C’est en cela que j’évoquais mes « dénis » dans le texte d’hier soir.
Je ne voulais pas mettre sur la table mes « changements », mes volte-face.
Je ne peux pas en donner une raison précise. Par pruderie ? Par honte ? Je l’ignore.
En fait, j’aurais voulu que M. les devine tout seul ou me force à les énoncer.
Cela me paraissait faire partie du jeu mais j'étais dans l'erreur et je nous enfermais dans le silence.
 
Notre grand péché fut le manque de communication.
Cela paraît incroyable chez des gens qui étaient aussi peu « coincés » que nous.
Pourtant, cela nous est arrivé.
 
Et un beau jour, c’est là que tout a ripé.
Notre BDSM s’est transformé en routine, chacun cultivant de son côté ses fantasmes et ses frustrations.
M. ne communiquait plus non plus ses attentes, certain que je répondrais par la négative.
Et moi, je ne connaissais plus de « surprise », de moments d’émerveillement à franchir une nouvelle porte, à vaincre une peur certaine.
Notre chemin nous semblait inexorablement bouché à l’un comme à l’autre.
C’est alors qu’il choisit la « voie des sites », désinvestissant notre relation amoureuse et que je me refermai comme une huître trahie.
 
Lorsque nous nous sommes retrouvés séparés en décembre, au bout d’un certain temps, M. a commencé à me téléphoner.
Ce fut très houleux.
Il était avec une autre. Nous nous rejetions mutuellement notre échec à la figure.
Et nous concluions toujours par « Nous nous sommes complètement passés à côté. Tant pis ! »…
 
Mais là, nous nous les étions dites, ces choses qui n’avaient jamais pu passer la frontière du langage quand il l’aurait fallu.
Nous nous étions lancés nos désirs refoulés au visage comme des armes.
Cela fit que, lorsque nous avons décidé de nous accorder une seconde chance, nous les connaissions enfin.
 
Conscients que nous ne devrons plus « oublier » de dialoguer, nous en sommes aujourd’hui retournés aux « fondamentaux » du BDSM, la base du « Il dit et je fais ».
Lui le Guide et moi la funambule.
Marchant sur le fil du pays des fantasmes.
A lui et à lui seul de décider ce qu’il est bon de réaliser ou pas.
Bon pour moi et bon pour nous.
Il m’a rendu mon collier et son symbole.
J’ai lâché prise.
Je me réinstalle dans la confiance et l’abandon. Intacts.
Dans le don de moi. Absolu.
Nous vivons partage et respect dans la réciprocité de notre amour.
Comme lors de nos toutes premières nuits.
 
Je fais des découvertes de douleurs exquises et inattendues.
Sa fierté de moi lui est revenue.
Je suis heureuse. Je crois qu’il l’est aussi…