J.D.Salinger 1er Janvier 1919 - 27 Janvier 2010.

J.D Salinger (1919-2010) - Photo d’Archives.

 
 
On apprend ce soit la mort survenue hier paisiblement de l’écrivain américain Jerome David Salinger, né le 1er janvier 1919, à l’âge de 91 ans donc.
Comme il y a plus de 40 ans que l’auteur n’avait plus fait la moindre apparition publique, pas plus que publié une œuvre nouvelle, sa disparition semble celle d’un disparu…
 
Salinger a marqué des générations entières avec un seul livre, « The catcher in the rye » (« L’Attrape-cœurs » en français), roman de l’adolescence qui reste à ce jour l’un des plus accomplis sur ce thème.
Trois jours dans la vie du jeune Holden Caulfield,  trois jours d’errance et d’aventures dans New York à la suite du renvoi de son collège et du refus de rentrer chez lui affronter ses parents.
Trois jours de narration d’états d’âmes mais aussi de portraits de personnages typiques et de descriptions d’un New York des années 50 tout à fait particulier.
 
Du récit de cette fugue initiatique du jeune homme à la recherche d’absolu et de pureté qui se heurte à l’univers artificiel du monde des adultes, Salinger fit - en 1951 - cet ouvrage mondialement connu, étudié dans les écoles aujourd’hui alors que, dans un premier temps, il dut surtout son succès au petit scandale qui entoura sa parution, les plus puritains lui reprochant d’être rédigé dans un langage plus que familier.
 
L’enfance, l’adolescence, le mal-être furent toujours au centre des écrits de Salinger, si peu nombreux que l’on ne parvient à citer, outre « L’Attrape-Cœurs », que Franny et Zooey » ainsi que les « Nouvelles », nouvelles si réussies qu’elles sont pour moi le vrai chef d’oeuvre de Salinger.
 
Celui qui estimait que l’écrivain n’a pas à apparaître mais que ce sont ses seuls écrits qui comptent vivait donc en ermite, totalement à l’écart du monde et ne « commerçant » plus avec celui-ci.
 
Régulièrement, il défrayait pourtant la chronique « people » lorsque l’on annonçait ses procédures contre des biographies non autorisées ou des publications de lettres envoyées à des tiers qui désiraient les monnayer en les faisant éditer.
 
Que dire de ce choix du silence chez Salinger, silence de l’homme mais aussi de l’auteur depuis plus de quarante ans maintenant ?
 
Comme il semble qu’il n’ait cependant jamais cessé d’écrire sans pour autant publier, la démarche qui fut la sienne restera pour toujours troublante.
 
Consacré universellement pour un unique livre, devenu mythe et légende de son vivant, « écrivain-culte » - on peut le dire - Salinger a emporté hier avec lui son secret en s’endormant.
 
Parce qu’à un titre ou à un autre, il aura inflencé chacun de nous en notre âge adolescent, voici comme extrait les dernières lignes de « L’Attrape-Cœurs », en hommage à une ombre qui s’était voulue et choisie ombre et seule chair de mots juste au moment où elle atteignait au plus grand des succès…
 
 
 
« Je vous en dirai pas plus. Sans doute que je pourrais vous raconter ce que j’ai fait une fois rentré à la maison et comment je suis tombé malade et tout, et à quel collège je suis censé aller l’automne prochain, quand je serai sorti d’ici mais j’ai pas envie. Sincèrement. Tout ça m’intéresse pas trop pour l’instant.
Y a un tas de gens, comme ce type, le psychanalyste qu’ils ont ici, ils arrêtent pas de me demander si je vais m’appliquer en classe quand j’y retournerai en septembre. A mon avis, c’est une question idiote. Je veux dire, comment peut-on savoir ce qu’on va faire jusqu’à l’instant où on le fait ? La réponse est qu’on peut pas. Je vous jure, c’est une question idiote. […]
 Les gens dont j’ai parlé, ça fait comme s’ils me manquaient à présent, c’est tout ce que je sais. Même le gars Stradlater par exemple, et Ackley. Et même, je crois bien, ce foutu Maurice. C’est drôle. Faut jamais rien raconter à personne. Si on le fait, tout le monde se met à vous manquer. »
 
 
J.D Salinger - L’Attrape-Cœurs  - Editions Pocket.