Bashung(s), une vie par Marc Besse, Editions Albin Michel, septembre 2009, préface de Jean Fauque.

Scan de couverture de « Bashung(s), une vie » par Marc Besse - Editions Albin Michel - septembre 2009.

 
 
 
«  A perte de vue
des lacs gelés
qu’un jour j’ai juré d’enjamber… »
Alain Bashung - Jean Fauque in « A perte de vue » - Album « Chatterton » - 1994.
 
 
14 octobre 2009, septième mois du silence…
 
 
 
Disons-le d’emblée: le livre « Bashung(s), une vie » de Marc Besse, sorti il y a tout juste un mois aux Editions Albin Michel, se pose comme ce qui est et restera la « biographie officielle » d’Alain Bashung.
 
Ce n’est pas un reproche fait au journaliste des Inrockuptibles.
Il rêvait depuis longtemps d’écrire sur l’interprète de « Gaby » et cette idée semble avoir été acceptée par le discret chanteur qui lui a concédé des heures et des heures d’entretiens pendant huit années.
Le destin seul a transformé ces pages en biographie, frappant lorsqu’on ne s’y attendait point.
Biographie « officielle » parce qu’en plus de cette étroite collaboration avec Bashung himself, Marc Besse a reçu l’aval de la famille qui a confié photos et documents ainsi que celle de l’ami et parolier Jean Fauque qui a préfacé l’ouvrage.
 
Plusieurs « Bashung (s) » donc, d’où le « s » pluriel du titre, pour une seule vie.
J’aurais, pour ma part, plutôt vu l’inverse, un seul Bashung fidèle de bout en bout à son fil conducteur pour plusieurs vies tant les « périodes » de l’auteur-compositeur sont - bien à son insu - variées comme celles d’un peintre…
 
Marc Besse nous les conte toutes - et notamment celle où il campe une enfance déchirée, une adolescence grise sur plus de soixante pages qui ouvrent remarquablement cet opus - avant que le seul monde, la seule vie qui valait vraiment la peine d’être vécue pour le gamin né dix ans après la guerre, celle de la musique, de la musique rock, se profile comme une ligne blanche.
 
Ligne blanche mais jamais droite.
Il en fallut des concessions aux maisons de disques, des faux espoirs toujours déçus au dernier instant pour en arriver à ce qu’un jour l'alchimie fasse sortir de quelques notes et de quelques mots ce « J’fais mon footing au milieu des algues et des coraux… » qui devait nous donner Bashung.
 
Ensuite, malgré « le contrat de confiance et l’encéphalo qu’il faut », ce furent encore de dures batailles qui s’engagèrent.
Pourtant la magie Bashung opéra puisqu’il réussit à faire, suivi de succès ou non, à peu près tout ce qu’il voulait accomplir dans son univers musical.
A quel prix pour l’homme et la vie privée, cela est une autre histoire que Marc Besse effleure un peu seulement et il a bien raison, tant je pense que nous tous qui avons aimé le légendaire silence médiatique d’Alain Bashung n’aurions guère apprécié de voir lever le voile sur ce qu’il ne considérait pas comme du domaine public.
 
Bel ouvrage de 300 pages, qui complète habilement les autres livres qui ont été publiés jusqu’ici (pour les « vrais fans » de Bashung, il est clair qu’il faut les lire tous tant la perspective adoptée par leurs auteurs est à chaque fois différente), peaufiné parfaitement du point de vue chronologique, documenté dans les moindres détails de l’enregistrement d’un disque, du « feeling » avec tel ou tel des paroliers, musiciens ou producteurs, précis sur chaque collaboration cinématographique de Bashung acteur, parsemé de touches et pointillés qui esquissent en filigrane la personnalité - ô combien complexe - de celui qui nous a fait « rêver » et « oser » au son d’une « fantaisie militaire » ou d’une « figure imposée »…
 
Et parce que le livre se veut une somme (il est accompagné d’un index discographique et d’une filmographie complets), il réussit là où on ne l’attendait pas (là où son auteur ne s’attendait peut-être pas à arriver lui-même), c'est-à-dire à démontrer à quel point l’ « être » Alain B. fut un mystère insaisissable, insondable et inexplicable au final.
Pour Bashung sans doute en tout premier lieu.
 
Il reste, après cette lecture, à espérer que, dans ses toutes dernières années - après les époques d’agitation, de blues, d’insomnies, d’alcool et de déprime -, Bashung, comme Marc Besse paraît le laisser entendre, se soit enfin trouvé à travers un mode de vie plus paisible, une introspection méditative et ait découvert la sérénité.
 
Tout ce qui manqua si longtemps à celui qui nous manque tellement aujourd’hui.