BDSM Dessin Marques de Fouet.

Dessin en 3D « venu » du Web.

 
 
Ce texte est une fiction. Il est à ranger aux côtés de tous mes autres « fruits » imaginaires mais dans la partie de ceux dont un homme est le narrateur.
Je m’en suis déjà expliquée. Ces écrits sont chez moi placés dans un dossier intitulé « Fragments de mâl(e) amour ». Ils n’ont aucune « valeur » littéraire mais sont une chose entre moi et moi. Disons que je poursuis un « personnage » masculin que j’ai créé et qui me demeure toujours insaisissable.
Si j’en publie parfois quelques passages ici, c’est que j’ai trouvé une photographie (ou une image) qui me les rappelle.
Petite mise en garde : ces « morceaux choisis » ont beau se dérouler dans un cadre BDSM, le personnage n’est évidemment en aucune manière l’archétype « du » Maître comme je le conçois.
Par ailleurs, il ne s’inspire de personne qui existe dans la réalité ou ait réellement existé.
Quant à cet extrait précisément, il ne prétend pas donner l’une des clés du « pourquoi l’on en vient à la domination », pas plus qu’expliquer ce qui voue - BDSM ou vanille - quelqu’un à l’échec amoureux.
Juste, juste une histoire d’homme et d’homme malheureux, en somme…
 
 
 
 
Après, elle essuyait ses larmes, sa sueur et nos liquides entremêlés.
Après, je la regardais, blessée, marquée à vif - pour un jour, pour une semaine ou deux - de lignes et de plaques rouges qui deviendraient des croûtes ou des hématomes et qui passeraient alors par toutes les nuances des roses et des bleus, des violacés, et finiraient en calligraphies noires indéchiffrables ou en brumes jaunies pour s’évaporer, de pointillé en pointillé, de halo en halo, un matin ou une nuit, mystérieusement.
 
Elle disait « Je t’aime, je te donne tout ». Elle me le disait en se serrant très fort contre moi.
Et je ne réussissais pas à comprendre comment elle faisait pour parvenir à cela, sachant ce que je suis et comment je suis. Mais elle me procurait un bien immense, même si ensuite je pensais « Et moi, qu’est-ce que je te donne ? »
 
Toutes ses photos, toutes nos photos déchirées par deux fois avec la pointe d’un couteau, voilà ce que moi, je lui avais donné.
Et puisque nous en sommes au couteau, combien de « coups de canif dans le contrat » aussi !
 
Pourtant j’ai vécu la plus grande partie de ma vie en passant pour un homme intègre, honnête et sage. Aux yeux de tous. Aux yeux du Jour.
Quiconque m’apercevait était certain en deux minutes de se trouver en la présence d’un être affable, fiable et positif.
Peut-être ai-je voulu le croire aussi mais ces gens se trompaient - et elle aussi s’est trompée - et je n’en suis plus maintenant à vouloir me cacher des autres, ni surtout à me cacher de moi-même.
 
Dans mes veines, c’est le sang glacé des serpents qui court.
Je suis né le jour où l’on fête les Morts.
Le jour où l’on a pour habitude de pleurer les Morts, j’ai contraint des gens à rire, à sourire, en se penchant sur mon berceau. J’ai contraint ces personnes à détourner leur regard des tombes, des rites funèbres, pour voir la vie en moi.
Ma vie.
Les Morts ne me l’ont pas pardonné : il est des échanges, des chantages secrets qui n’ont pas besoin de mots pour être compris et révélés.
 
Une voix intérieure - mienne, mienne seulement - me dit que dans la droiture et dans la bonté, il n’est point de salut. Pour moi tout au moins.
En revanche, dans l’équilibre précaire de la chute libre - même si elle emporte tout et tous sur son passage - pour aussi douloureux que cela soit de porter pareille fatalité en soi, j’entrevois une lumière noire dont je ne peux me passer.
Et cet instinct de destruction (tout détruire, toujours, à commencer par ma propre destinée et les masques que je pourrais porter afin d’exister dans la sérénité des mensonges) est bien ma lumière. Ma vérité. Aux yeux de la Nuit.
Je suis sombre et imprésentable.
 
A peine avait-elle tourné le dos que je la poignardais bas sous les épaules, visant droit au cœur, même si ce n’était que son effigie photographiée, que je la mettais en pièces symboliquement avec mon couteau.
C’était bien autre chose que les marques du fouet. Elle ne l’ignorait pas.
Et pourtant, j’aimais qu’elle m’aime. Mais je ne supportais pas d’être aimé.
 
Elle a eu bien raison, mille fois raison, de se méfier, de ne jamais baisser la garde, de me couver de son œil attentif auquel rien n’échappait. Elle a fini par me percer à jour.
 
Elle aurait pu être mon chef d’œuvre de malveillance, la docile soumise amoureuse.
Elle a eu bien raison, mille fois raison, de partir.
Je n’aurais, en définitive, été pour elle qu’une mauvaise rencontre…