BDSM Hommage à Boris Vian: L'auteur de "L'Ecume des Jours"et Magali Noël durant l'enregistrement de "Fais-moi mal Johnny!" en 1956 AURORAWEBLOG.

Jazz Hot: Boris Vian et Magali Noël dans le n° 117 de janvier 1957.

 
 
Dès que je m’absente en vacances quelques jours, à mon retour me guettent les notes que j’avais à faire, celles qui se sont ajoutées (actualité venant) et je suis débordée au moment de passer au tri.
 
Deux mots sur le Honduras ce soir avant tout : même si la situation est différente, même si le complot de la CIA n’est pas à soupçonner, l’on ne peut s’empêcher de penser aux militaires dans les rues du Chili de 1973…
 
Quelques lignes sur Michaël Jackson ensuite : je n’avais aucun disque de lui mais, lorsque « Billie Jean » passait à la radio, je montais toujours le son, en (bon) souvenir de celui qui fit - lors des lointaines années de ma jeunesse - un album bourré de hits illustrés par des clips qui étaient des pépites parce qu’il y dansait comme un Dieu son « moonwalk ».
Ça m’enquiquine donc un peu de lire comme commentaires à sa mort subite les textes de celles et ceux qui se moquent ou qui veulent ne se rappeler que ses déplorables fantaisies et caprices d’ « après ».
Pour devenir ce qu’il était devenu, il fallait un drôle de mal de vivre et très probablement une enfance de « Jackson Five » pas rose du tout.
Un sacré lot de souffrance en tout cas à coup sûr.
Le meilleur article paru sur lui est de François Bon, on peut le lire ici.
 
Et pour reprendre le fil de mon blog BDSM, je rends - pour le cinquantenaire de sa disparition - un bien injuste hommage à Boris Vian qui fut tant et tant de vies à lui seul (romancier, poète, musicien etc.), auteur de cette « Ecume des jours » qui m’arrache encore des larmes à chaque fois que je « la » relis, en ne lui consacrant qu’une anecdote qui « colle » à ma thématique et que ses biographes racontent en souriant.
 
Quand Boris délaissa le jazz le temps d’une récréation pour introduire - comme une bonne blague - le rock and roll en France (avec la complicité d’Henri Salvador notamment), il écrivit début 1956 un morceau ahurissant de provoc’, « Fais-moi mal, Johnny », (le BDSM n’existait à l’époque pas plus à l’état d’acronyme qu'à l'état même de « possibilité » pensable pour le futur et c’était au SM « pur et dur » - dont on imagine comment la France profonde pouvait alors le percevoir - que le texte renvoyait), qu’il fit chanter par Magali Noël en participant en personne activement à l’enregistrement comme voix de fond.
Celles et ceux qui ont le disque l’entendent en sadique au comble du plaisir accompagner chaque refrain d’un « Vas-y fais lui mal, vas-y fais lui mal… » ou « Il lui a fait mal, il lui a fait mal… ».
 
Un peu effaré à l’idée d’un possible scandale, le producteur Jacques Canetti envoya le « produit » subir un « test » en Suisse tout d’abord à l’automne 56 où « Fais-moi mal, Johnny » remporta un très grand succès, la chanson ayant bien été reçue sous son aspect humoristique.
Ce n’est qu’en février 57 que les Français purent eux aussi la découvrir et en rire à gorge déployée.
Magali Noël, outre le fait de chanter bien, était déjà brillante actrice (elle fut une fabuleuse « Gradisca » beaucoup plus tard dans l’« Amarcord » de Fellini) et son talent de comédienne servait à merveille cette chanson pas comme les autres…
 
On avait aussi pris soin d’éclairer les amateurs de jazz par un entrefilet dans « Jazz Hot » où Boris Vian pigeait alors chaque mois afin qu’ils ne tombent pas de haut et…ne se fassent pas mal !
 
 
« Il s'est levé à mon approche
Debout, il était plus petit
Je me suis dit « C'est dans la poche
Ce mignon-là, c'est pour mon lit ! »
Il m'arrivait jusqu'à l'épaule
Mais il était râblé comme tout
Il m'a suivie jusqu'à ma piaule
Et j'ai crié « Vas-y mon loup
 
Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny
Envole-moi au ciel... zoum!
Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny
Moi j'aim' l'amour qui fait boum! ».
 
Il n'avait plus que ses chaussettes
Des bell' jaunes avec des raies bleues
Il m'a regardé d'un œil bête
Il comprenait rien, le malheureux
Et il m'a dit l'air désolé
Je n'ferais pas d'mal à une mouche
Il m'énervait! Je l'ai giflé
Et j'ai grincé d'un air farouche
 
« Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny
Je n'suis pas une mouche... zoum!
Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny
Moi j'aim' l'amour qui fait boum! ».
 
Voyant qu'il ne s'excitait guère
Je l'ai insulté sauvagement
J'y ai donné tous les noms d'la terre
Et encor' d'aut's bien moins courants
Ça l'a réveillé aussi sec
Et il m'a dit « -Arrête ton char
Tu m'prends vraiment pour un pauv’ mec
J'vais t'en r'filer, d'la série noire !
 
-Tu m'fais mal, Johnny, Johnny, Johnny
Pas avec des pieds... zing!
Tu m'fais mal, Johnny, Johnny, Johnny
J'aim' pas l'amour qui fait bing! »
 
Il a remis sa p'tite chemise
Son p'tit complet, ses p'tits souliers
Il a descendu l'escalier
En m'laissant une épaule démise
Pour des voyous de cette espèce
C'est bien la peine de faire des frais
Maintenant, j'ai des bleus plein les fesses
Et plus jamais je ne dirai
 
« Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny
Envole-moi au ciel... zoum!
Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny
Moi j'aim' l'amour qui fait boum! »…