BDSM et Cirque Ridicule Photo de Diane Arbus.

Photo © Diane Arbus.

 
 
Cette note comporte beaucoup de liens.
Celles et ceux qui sont réellement concerné(e)s par le BDSM et sa bien misérable évolution actuelle auront, je l’espère, à cœur de les suivre…
 
 
Il y a plusieurs années, j’étais tombée sur mon clavier en découvrant une « Ecole de l’Amour » à Paris sous la houlette d’un sexologue clinicien, Jean Laurent, enseignant en sexologie à Paris VII et d’une ex-star du X, Lisa Crawford puis un peu plus tard sur un « Institut de Formation BDSM ».
Pour celles et ceux qui auront la paresse d’aller les lire, je me souviens que les notes qui en avaient jailli sous ma plume avaient été peu amènes et que les commentaires qui les escortaient y étaient allés de concert.
On était en 2005 et 2006.
 
Les temps changent.
Le mag' en ligne « Rue69 », une émanation de Rue89, publie en ce jour du 9 mai 2009 l’ « expérience » de son (ou sa) « riverain(e) » principal(e), Camille, dans un « stage BDSM » que je qualifie, moi, de « foldingue ».
Mais soudain, voici que l’on prend la chose très au sérieux et avec grand respect.
Or, si l’idée d’une Ecole de l’Amour et celle d’un Institut BDSM avaient de quoi faire dresser les cheveux sur la tête à toute personne de bon sens, il en va de même de ce « stage BDSM ».
 
Le premier article paru autour de celui-ci sur Rue69 (le pompeux : « Le BDSM comme expérience corporelle mais aussi politique ») est déjà digne d’un grand éclat de rire en soi.
Le propos d’ « accroche », fort intellectualisé (j'en cite l’un des pivots : « Amener les gens à prendre une maîtrise sur des enjeux politiques qui dominent nos vies. La domination existe socialement partout et pouvoir, y compris dans un espace restreint, en prendre conscience, en jouer, l'utiliser à bon escient n'est pas fréquent. », s’accompagne d’un développement nourri de poncifs sortis en droite ligne de la psychologie de supermarché (l’ « écrasé social » a besoin de décompresser en dominant, le « haut placé » ressent comme vital de se soumettre pour faire bon poids avec sa lourde charge etc.).
 
Puis vient la seconde partie.
Le « test de stage » est raconté conçu comme une lettre à Maïa Mazaurette (du site « Sex Actu ») qui a été l’incitatrice de « Camille » à se rendre au « stage » en question à la suite d’une invitation par flyer.
Ce récit est ridicule et ce n’est pas de la faute de « Camille » : c’est le stage en lui-même - « BDSM, l’art de jouer » - qui l’était.
Que « Camille » y ait cru, c’est une autre histoire !
Ce n’est pas parce qu’il était organisé et pensé par un chorégraphe allemand, Felix Ruckert, qu’il avait plus de « gage » de valeur intrinsèque que n’en avaient l’ « Ecole de l’Amour » de Jean Laurent ou l’ « Institut BDSM » cités plus haut.
 
Mais, je le répète, on était alors en 2005 et 2006.
C’est à croire que depuis 2007 (l’an 01 de l’ère sarkozienne) nous avons, mine de rien, changé beaucoup dans nos comportements et que nous nous sommes habitué(e)s peu à peu - et peut-être même sans nous en apercevoir - à ne plus trouver aussi « hallucinantes » bien des choses.
 
Ce que nous subissons en fin de compte, c’est la dictature d’une nouvelle forme de conformisme (qui plus est commercial) qui se vend comme transgressif.
Le stage de Felix Ruckert n’était pas gratuit sauf peut-être pour les invité (e)s par flyer qui allaient ensuite organiser le buzz et la pub SAV des prochains rendez-vous…
 
Par ailleurs, je constate que les blogs de VIP (si l’on peut dire !) féminins « sexe » ont fleuri depuis 2007 précisément, fonctionnant de manière très business.
Non pas une participation à la libération sexuelle de la femme comme ils se déclarent sans peur du grotesque mais soit du commerce en ligne, soit des articles faits pour un public masculin qu'on appâte par tous les moyens (dix commentateurs pour une commentatrice).
Une véritable pollution de la féminité et de ce que pourrait être son écriture.
 
Se distinguent deux « classes ».
D’une part, sans compter même les honteux posts de weblogs sans vergogne qui se disent « sponsorisés » à tout bout de notes, j’en connais au moins deux, « Piment rose » et « Sextoyer », qui vendent  de façon tout à fait « décomplexée » - ou font des essais comparatifs sur - des sextoys uniquement et d’autre part la sexualité est devenue le thème d’un bon nombre d’autres sites tout aussi VIP et féminins que les gens glorifient mais qui sont des outres vides et des reprises de webzines jumeaux.
Mais qui cependant, dans la blogosphère, garde encore un tantinet d'esprit critique et n’a pas son lien vers « Sex Actu », « Rue69 » ou quelques autres dindes « modeuses » comme si un peu de la « gloire » de celles-ci allaient leur rejaillir dessus? …
 
De là, il n’y a qu’un pas à faire afin de prendre pour argent comptant tout ce qui y est publié et vous aurez beau me répondre que je délire, ce n’est (malheureusement) pas vrai.
 
J’en viens maintenant au « comment » je suis arrivée sur « Rue69 » que je ne lis jamais d’ordinaire.
Je commente tous les jours un blog plutôt artistique et surtout politique, celui d’un grand monsieur qui, lui, ne me commente pas.
Le BDSM n’est pas sa tasse de thé.
Néanmoins, il a l’affabilité de répondre par mail à tous ses visiteurs quotidiens préférant -un peu comme moi qui viens sur vos blogs sans vous donner la réplique ici sauf nécessité absolue- faire ainsi plutôt que de grossir artificiellement son nombre de commentaires en leur répliquant sur sa propre page.
Ayant laissé ce soir une trace de mon passage sur sa note quant aux Elections Européennes, c’est lui qui, en guise de clin d’œil, m’a adressé dans un courriel le lien de l’article de « Rue69 ».
 
Je l’ai lu, me suis sentie accablée - mais ce n’aurait été qu’une fois de plus - et je ne pensais même pas en faire état si ce n’est que, dans les interventions qui suivent la note de « Camille », je n’avais découvert le commentaire enthousiaste de l’un des administrateurs du seul forum BDSM français pour lequel j’avais du respect.
 
Alors, certes, l’article de « Rue69 » et donc le « stage de danse BDSM » de Felix Ruckert évoquent le « safeword », l’ « écoute » de l’autre…
Mais enfin, qui a besoin d’ « apprendre » le BDSM comme un exercice d’expression corporelle ?
Hola, les gens, réveillez-vous !
Aux dernières nouvelles, c'est encore une sexualité, non ?
 
Quand « Camille » à sa sortie du stage affirme savoir faire désormais des 8 avec un martinet, ça ne vous a pas donné l’impression d’être sur un compte-rendu de « classe de cirque »?
Et si, au lieu de congratuler sans réfléchir, vous aviez lu attentivement les commentaires qui vous précédaient, vous vous seriez aperçus que le jargon psycho-planant de Ruckert repris par « Camille » avait donné à bon nombre d’intervenants le sentiment que le BDSM était un genre de secte…
C’est sur cela - si vous teniez absolument à fourrer votre grain de sel - qu’il aurait fallu intervenir, se dissocier franchement et de manière tranchante de ces âneries de « stages » et de « coaching » payants.
Vite.
Avant que ça ne sente trop le roussi et que ces « sessions » prennent pignon sur rue.
Nous ridiculisant définitivement.
Nous avions déjà les soirées « Fetish » et les Saint Jean Bouche d’Or d’une certaine association parisienne qui se veut SM mais qui a les deux pieds sans la « Hype » festive parigo-londro-berlino pour nous plomber mais, semble-t-il, ça ne suffisait pas…
 
Alors, à quand le caisson sensoriel, la programmation neuro-linguistique, le tapis de yoga et les chants primitifs pour agrémenter le BDSM pendant que nous y sommes ?
Et la confection d’un « karada » (figure de shibari) dans le programme des TPE du Bac ?
 
J’ai raconté hier un peu de mes premiers pas dans le BDSM : je n’ai pas eu besoin de stage, de cours.
Ce qu’il me fallait, c’était un « Elu », un partenaire, un être humain avec qui construire une relation BDSM.
Et pour ça, il n’y a que la vie, l’approche, la rencontre…
Le BDSM, c’est un rapport entre deux personnes, pas de la gymnastique, pas des exercices physiques ou spirituels.
 
Si je publie ceci chez moi et non sur Rue69, c’est tout simplement parce qu’il faut y être « riverain inscrit » pour avoir droit de réponse. Et je ne suis pas abonnée.
Ce n’est pas par peur d’affronter les sites qui, pour faire de l’ « audiblog », sont toujours au bon endroit au bon moment pour pouvoir publier ensuite n’importe quoi pourvu que ce soit dans le ton « érotico bling bling » du moment.
 
 
 
 
PS : Trop tard pour moi pour vous visiter, c’est déjà le matin, cette note m’a pris toute ma nuit…
Mais je passe chez vous dès demain !