BDSM Blonde Helmut Newton.

Photo © Helmut Newton.

 
 
Ce texte est une pure fiction BDSM.
Sous le jeu des miroirs, il est cependant dédié à une femme (et, par ricochet, à un homme) qui ne le liront très probablement jamais.
Qu’importe.
Comprenne qui voudra…
 
 
Elle abandonne la cour où elle l’attendait, tranquille. Elle laisse les fissures des murs, les grilles des fenêtres du rez-de-chaussée, la porte cochère où elle se cachait quelquefois pour le surprendre, son imperméable kaki sur le dos, nue en dessous avec pour seule parure ses anneaux et sa marque.
Je me demande ce que deviennent après les brandings des soumises, ces empreintes définitives, les initiales entrelacées, gravées à la chaleur du fer rouge dans la peau en ces moments où l’on croit que c’est pour toujours, qu’on a touché le port et que l’éternité ne s’en ira jamais comme la mer avec le soleil…
 
Elle quitte le petit donjon rouge et acajou, le lit demoiselle. Il doit subsister dans la peinture des boiseries, le vernis de la croix de St André, quelques-uns de ses longs cheveux blonds, invisibles maintenant ou passant pour des poils de pinceau, ses cheveux fixés là par inadvertance quand ils aménageaient la pièce et que tout n’était pas encore vraiment sec.
Je me demande ce que deviennent après les cris des soumises, leurs larmes, leurs plaintes et leurs gémissements quand tout est consommé. Est-il un lieu où ils s’en vont, tels des fantômes, pour vaguer entre le vif et le mort, dans quelques limbes ?
 
Elle lui restitue un espace liquide qu’elle a occupé en mouvement, là où il la regardait vivre et faire tantôt comme la plupart des gens, préparer un repas, rédiger une communication et parfois aussi se traîner par terre à quatre pattes, esclave plutôt que soumise de par leur volonté.
Je me demande ce que deviennent après les volontés si fortes des soumises (et des maîtres), exprimées dans la douleur et dans la rage, cette violence qui est vie si vive, comment font-elles pour se transformer en acceptation, en renoncement, en oubli ?
 
Elle lui rend la gare où il était venu l’attendre, la moto traversant la capitale à toute allure et leurs premiers rendez-vous, les endroits où il fut, où ils furent, quand leur destin commençait à peine à s’écrire et que rien -et que tout- était possible ou impossible.
Je me demande ce que deviennent après les cartes des soumises, celles que l’on tient quand on a la main au poker, celles qui garantissent un full aux as, quand la partie est terminée et que l’on s’aperçoit qu’elles n’étaient victoire au jeu que pour une unique fois.
 
Elle lui remet les clés du jardin bleu sous la voûte étoilée où un soir il lui confia combien il était triste, ce soir où elle lui demanda s’il était seul et qu’il répondit « Oui, toujours » et que triste et seul il resta malgré les efforts vains qu’elle fit -mais elle ne sut pas s’y prendre ou ne sut jamais comprendre qu’il est des poissons vif-argent que l’on ne peut pas capturer, que l’on ne peut pas s’attacher- seul avec sa tendresse cruelle qui se dévoilait sous ses répliques cinglantes, son humour noir désespéré, les mortifications qu’il infligeait pour se sentir vivant, et ses mensonges pour paraître grand et ses trahisons qui le révélaient si petit.
Je me demande ce que deviennent après les provocations des maîtres (et des soumises), les orages, les remises à jour, les remises à plat, les changements de cap, les houles, quand le navire a coulé sans merci et que son capitaine, même s’il paraît glorieux, est un naufragé et que la sirène se dit sereine tant il est difficile d’avoir échoué sur la grève où s’achèvent les rêves...
 
Elle part, il reste, ils demeurent tout de même mais une autre a pris sa place.
Elle s’éloigne, il l’efface mais ils se retournent l’un vers l’autre ne sachant comment se dire adieu, elle parce qu’elle est celle qui aime, lui parce qu’il ne sait jamais se déposséder réellement de ce qu’il eut.
 
Elle retourne à la vie où elle le cherchera encore et encore et encore mais délibérément dans les seuls lieux où elle est sûre qu’il ne la trouvera pas…