BDSM Paintings Gernot "Ergonomics"

Tableau « BDSM Ergonomics » © Gernot.

 
 
 
Je me retrouve à atterrir (pour une requête Google dont je me demande comment elle bien pu conduire vers mon blog) sur un site français « tout ce qu’il y a de bien », un de ces forums féminins où l’on discute aussi sexualité sous l’égide bienfaisante de la psychologie.
 
La question (d’importance, j’en conviens) débattue est « Peut-on accorder sans péril un rendez-vous à quelqu’un que l’on a connu sur des sites de rencontres ? ».
Eclaircissons tout de suite le mot « sites de rencontres ».
En cette occasion, il s’agit des plus célèbres d’entre eux, non BDSM, mais de ceux sur lesquels un abonnement mensuel coûte fort cher et qui promettent de vous permettre de trouver le partenaire de votre vie.
 
Les avis sont plus que mitigés : les femmes surtout ont la crainte chevillée au corps, il faut dire que les reproches qu’elles ont à faire à ces lieux où elles s’inscrivent et payent leur écot sont lourds : pour le prix (salé), aucune vérification du « sérieux » des « hommes en face », pas de filtre, la preuve (je cite) « Y a même des SM qui ne le disent qu’après puisque la fiche de renseignements ne le leur demande pas ! ». 
Evidemment, s’il « y a même des SM », y a de quoi avoir peur !
Une mauvaise rencontre, c’est toujours possible mais avec un SM, c’est quasiment assuré !
 
Je n’ai pas très envie d’en sourire.
Une fois le fait constaté que cette présence peut réellement importuner ces dames (les SM, ça n’a pas très bonne réputation) et un retour mental à la question que je me pose depuis des années (à part la « loi du nombre », pourquoi les hommes du BDSM ont-ils tellement de mal à trouver chaussure à leur pied  sur nos chats dédiés qu’« ils sont partout » même sur les sites généralistes ?), il reste toutefois que le « Y a même des SM ! » est quelque peu agaçant.
 
Attendu que nous ne comptons pas dans nos rangs plus de violeurs que dans l’ensemble de la population, qu’un « SM » est généralement un BDSM qui appuie toute sa stratégie d'approche sur le consentement, à quoi bon stigmatiser ceux-là plus que les autres ?
 
Une simple affaire de préjugés.
Et ce n’est pas demain qu’ils changeront.
 
Il y a, à deux pas de chez moi, non un sex-shop, mais une « escale de l’érotisme » tenue par une dame très chic (épouse d’architecte) qui vend -pour une fortune- des dessous « coquins », des bougies ou huiles aphrodisiaques, des poudres de perlimpinpin qui ont le même effet et, bien sûr, des sextoys.
 
Il n’y manque pas le « canard vibrant » tout jaune mais vêtu d’accessoires noirs « fun » tout à fait SM, des masques et des bandeaux, des menottes de fausse fourrure léopard, des fouets aux lanières en chenille velours qui servent à la caresse, d’autres aux courroies un peu plus sévères tout de même -de quoi rosir légèrement un fessier- et même une cravache en fibre de verre qui se termine en rose (je vous l’avais montrée ).
Si j’interroge la commerçante sur ce dernier « lot » d’objets, elle se veut rassurante (de ce « rassurant » qui confirme ma théorie) : tout cela n’est chez elle que dans le but de « pimenter » les soirées des couples « normaux » (non, je n’invente rien !) au même titre que la petite culotte trouée où il faut et les talons aiguilles vertigineux placés bien en vue sur d’autres rayonnages.
« Rien de sadomaso Madame, vous pensez bien, juste un peu de piment ! ».
 
Y a pas de SM là dedans..
Il ne peut pas y en avoir.
Le SM, tout comme sur le site psycho, ce n’est jamais BCBG, c’est toujours glauque et malsain.
Ici, que du « piment » !
 
En revanche, ce piment, ça fait tout de même pas mal d’années qu’on l’a inventé.
De la revue fort réputée qui disait « Une petite fessée, ça ne fait de mal à personne. » à l'autre toute aussi célèbre qui affirmait « La vision en duo d'un film pornographique, c'est un plus pour le couple » en passant par le Donald Duck de contrefaçon cité plus haut ou la nuisette « coquine », on s’en est donné du mal pour « pimenter » la vie des couples dans des vitrines chaleureuses et tout à fait « décomplexées » et... « décomplexantes » !
 
Là, je vais y aller de ma petite digression.
Ceux qui me connaissent la connaissent.
Les autres hurleront. Tant pis...
 
J’ai très peur du « piment ».
Oui, je le concède, une vie de couple, c’est long et…
Mais lorsqu’on en arrive à prendre la route du « passage par le piment », c’est que ça commence à sentir le roussi.
 
J’avais un couple de voisins charmants, beaux et sympathiques.
Un peu plus de quinze ans de mariage.
Et soudain, changement de ton : beaucoup de disputes qui résonnaient à travers les murs les soirs d’été, d’étonnantes ironies malvenues, des persiflages entre eux quand on les croisait…
Quarantenaires libres de leurs confidences, voici qu’un beau jour, ils nous racontent fréquenter désormais la boîte échangiste voisine pour donner « un peu de piment » à leur vie.
N’empêche. L’année suivante, ils étaient séparés. 
Et que l’on n’y voit pas de ma part une harangue contre les boîtes échangistes briseuses de ménages : finalement, celle qui allait devenir sa seconde épouse, il l’a connue à la réunion annuelle du comité de quartier…
 
Des histoires comme ça, j’en ai des dizaines dans ma mémoire: celui qui « prit » un studio pour « prendre du recul », celle qui « prit » un amant avec l’accord du mari pour « pimenter » un moment de vide conjugal.
Aucun n’a poursuivi la route ensemble après la mise à nu de ces abcès « pimentés ».
« Le cœur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien... » chantait Léo Ferré.
Et quand le sexe a besoin de piment, c’est bien souvent le coeur qui, justement, ne bat plus…
Même si on ne veut pas se l'avouer.
 
Fin de la digression.
 
Comme le « Y a même des SM ! » avait du mal à passer, j’ai cherché sur le site psycho les mots « piment » et « sextoys » pour aboutir sur d’autres forums où j’ai retrouvé (sans surprise) les bougies aphrodisiaques, les menottes (en fausse fourrure rose cette fois-ci), le détestable canard à la trombine de soumis bâillonné, les sextoys de toutes formes et de toutes couleurs et les flots de lingerie « coquine » (le mot « coquin » m’horripile presque autant que le canard).
Mais là, c’était sous la rubrique « piment » et aucun de ces objets n’était -en toute bonne foi, comme d'habitude-  connoté « SM » ou BDSM.
Fantaisies « pimentées » d’un soir ainsi que dans la boutique de la femme de l'architecte, voilà tout...
 
Il reste un chemin infini à parcourir pour que le BDSM ou le SM aient autre chose que l’air « délictueux » aux yeux du plus grand nombre.
 
La mode, les négoces « sexe soft » ont eu beau reprendre des codes en provenance de chez nous, ça ne prête en définitive qu’à sourire pour la plupart des gens quand ils les utilisent.
Tels les acolytes d'une bonne grosse farce.
Juste de la rigolade pour s'exciter un peu avec de l'inhabituel.
Mais une parenté avec le SM ou le BDSM, jamais.
Rien de rien à voir avec les « vrais », les malades...
 
Le cuir luxueux et travaillé « allusif » entrevu pourtant maintes fois chez Gaultier et autres, ça ne donne pas plus, pour le grand public,  de « noblesse » -ou de « sens »- au SM ou au BDSM que les menottes en fourrure rose à 10 euros.
Ces menottes que l’on peut même gagner à la « pince » dans les luna-parks, je les vois orner quelquefois -comme un nounours- les sacs de lycéennes.  
 
Mais quand vient l’heure de penser pour de bon « rencontres », et bien, nous en sommes exactement au même point qu’il y a cinquante ans.
Regardez et réfléchissez.
Selon la pensée commune, les sites de « mise en relation » généralistes ne font pas suffisamment la police et sont éventuellement dangereux puisque :
« Y a même des SM qui ne le disent qu’après puisque la fiche de renseignements ne le leur demande pas ! ».