Qu’il soit d’emblée clair que ce texte n’a strictement rien à voir avec le BDSM.

Tout au plus comprendrez-vous dans les dernières lignes combien le hasard m’a insidieusement hier ramenée vers un pan de mon histoire personnelle passée…

 

Hier soir, tandis que M. "trimait" sur le post 2 de la BD SM que vous avez pu lire tout à l’heure  sur notre « Encyclopédie BDSM », je regardais « Que la fête commence » de Bertrand Tavernier à la télévision.

Pour la première fois depuis que je l’avais vu en salle, peu après sa sortie.

C’est mon professeur de Français de seconde qui, dans la fameuse époque des 10% pédagogiques, nous entraînait au ciné pour y voir de petites merveilles.

Celle-ci, il nous l’avait donnée à voir pour nous transmettre une image vive du 18ème et nous proposer une définition iconoclaste du libertinage…

 

Vous connaissez l’intrigue : le Régent Philippe d’Orléans, personnage doux et réformiste est en proie à son mauvais démon, l’abbé Dubois, qui va l’amener à sacrifier à la raison d’état un hobereau breton, le Marquis de Pontcallec qui sera guillotiné pour un complot inexistant…

 

Le Régent , corrupteur corrompu est dès les premières images du film poursuivi par la Faucheuse, depuis cette mort de sa fille bien-aimée jusqu’à  la dernière scène où son carrosse écrase une enfant paysanne déclenchant le feu de la colère dans la campagne et la rébellion des paysans qui préannonce la Révolution Française à venir…

 « Que la fête commence » (le titre) est tout entier dans ce dernier plan.

La fête, elle ne sera pas pour le Régent déjà gravement atteint par la maladie et que l’on entraîne vers son effroyable chirurgien nommé… Chirac !

Sa fête à lui, son libertinage orgiaque sont de ceux qui débouchent sur le néant…

A peine le temps d’essayer vainement de cueillir une réponse à ses interrogations existentielles dans le sourire d’Emilie et déjà la fête s’achève….

Mascarade et nihilisme, là où Dieu est traître, tout est permis et la débauche n’est qu’un pas de plus en avant vers l’anéantissement, la déchéance du corps de celui qui n’est plus qu’un « enchanteur pourrissant », l’esprit détruit lui aussi.

 

Et pourtant cette satire sociale ne manque ni d’humour ni de tendresse…

 

Pourquoi parler de ce film ?

 

Parce que j’ai aujourd’hui l’âge de Philippe d’Orléans au moment de sa vie où le film se déroule et que je ne peux le revoir avec les yeux de la lycéenne que je fus. Mais il fait toujours partie des dix films que je choisirais pour mon Panthéon cinématographique perso pour ce qui y est montré et dit : le rapport entre le libertinage effréné et la mort que Bertolucci a si bien montré dans son « Dernier tango » lui aussi.

Un jeu du coeur papillonnant qui se voudrait source de joies, de plaisirs et qui ne sert qu’à se voiler la face, qu’à refuser d’ affronter les angoisses, les épreuves, l’inéluctable face à face avec soi….Inutile et stérile libertinage donc…Vaine course contre la montre éperdue. Et perdue d’avance. Parce que vide d'amour.

 

Pour le sublime jeu des acteurs (Ah ! Le trio Noiret-Marielle-Rochefort), pour Christine Pascal aussi, qui a choisi délibérément de nous quitter il y a bien des années déjà…

Pour cette scène où au Régent qui ironise sur son décolleté, le nommant : « Un tout petit, tout petit bénitier » elle répond : « Mais, Monseigneur, on fait avec ce qu’on a…. »

En classe de seconde, on disait que je lui ressemblais…Les choses n’ont guère changé et je…fais toujours avec ce que j’ai !!!!

 

Je disais que la surprise de ce film m’attendait à la fin : dans le générique final, j’ai hier soir découvert que les scènes de l’abbaye où le Régent fait « élever » sa prochaine « filleule » ont été tournées à Fontevraud.

 

Fontevraud ?

Fontevraud. Mes lecteurs de la première heure se souviendront que c’est pour défendre les lignes d’un autre, pour un texte nommé « Fontevraud » que j’ai autrefois ailleurs perdu mon droit de parole.

 

Je me suis promenée à Fontevraud devant mon poste cathodique hier soir sans le savoir…La vie a de ces détours bizarres…

 

Effluves du passé, mémoire…

 

Mais j’ai beau avoir son âge, je ne suis pas le Régent.

 

Tournons la page.

 

Donc, que la fête continue !!!!!!