Kevin Rolly oilgraph Answers of a kind 2008 AURORAWEBLOG.

Photo-Oilgraph © Kevin Rolly.

 
 
 
Cette note n’est pas bien écrite : trop de répétitions que je ne peux éviter sans lui enlever son sens.
Pourtant, je tiens énormément à elle.
Et j’espère que les hommes comme les femmes la commenteront avec sincérité parce que, étrangement, elle évoque un sujet plus tabou encore que le BDSM…
 
 
 
Il faisait soleil aujourd’hui et cela m’a donné les idées assez claires et le tonus pour écrire enfin cette note que je remets sans cesse depuis décembre.
A l’époque, sur un forum BDSM (annexe d’un autre que je fréquente depuis trois ans), je tombe sur le thread ouvert par une soumise de quarante-neuf ans qui déplore de ne plus faire de rencontres.
Elle est arrivée là à quarante-quatre ans (confirmés par la date de son inscription) et a tout de suite trouvé un « Maître ».
Leur histoire a duré un an, ils habitaient très loin l’un de l’autre, ils se sont vu quatre fois en tout et pour tout. Ensuite, rupture. De sa part.
L’année suivante, rebelote. Même type d’histoire, même issue.
Puis plus rien.
 
Je n’ai pas une affection particulière pour elle.
Participante active du site, elle défend un BDSM dogmatique et les règles qui vont avec.
Je me sens très loin d’elle sur ces points. Il ne me viendrait pas à l’idée de m’en faire une amie, même virtuelle.
 
C’est d’après sa photo, qu’elle a actualisée, une assez belle femme qui n’a rien de la « mémère ».
Or voici qu’elle reçoit, suite à ses doléances « forumées », de nombreuses réponses de Dominateurs BDSM, tous entre quarante-deux et cinquante-six ans.
Ces textes ont la même teneur :
« Mais tu as quarante-neuf ans et tu n’es pas une Domina ! ».
 
Là, son affaire commence à m’intéresser, ne serait-ce que par empathie.
Moi aussi, je suis dans cette deuxième partie de la quarantaine qui conduit aux cinquantièmes rugissants.
Observer toutes ces réactions m’interpelle nécessairement.
Quelques soumises plus jeunes (la dame en question est en effet la soumise la plus « âgée » du forum) ayant fait connaître que ces Doms -surtout ceux qui sont eux-mêmes au-dessus des cinquante ans- exagéraient, ils se défendent de toute discrimination par l’âge et rectifient en appuyant leur démonstration d’un argument de poids : elle n’est plus une soumise novice et qui cherche soumise cherche soumise à initier…
 
J’interviens alors et pose la question : eût-elle été novice, aurait-elle trouvé parmi eux, avec ses quarante-neuf ans, quelqu’un pour l’ « initier » ?
Et bien, je n’ai jamais eu -publiquement- de réponse.
Elle m’a contactée en message privé pour me remercier de ma « saillie » et me confier sa tristesse.
J’ai eu aussi tout un tas d’autres messages privés de Doms qui m’ont demandé ex-abrupto si moi, j’étais novice et si je recherchais quelqu’un…
J’ai un atout qu’elle n’a pas malgré mes « -ante et plus », je suis étrangère et française de surcroît, je porte donc avec moi tous les fantasmes du « Gai Paris » et de la « légèreté » de ses « Petites Femmes »…
 
En décembre toujours, poursuivant cette réflexion, je me rends un soir sur le site SensationSM et fais une recherche (les chiffres seront fatalement faux maintenant car je n’ai pas le temps de la refaire).
Je dénombre les femmes de plus de cinquante ans.
Je suis obligée de procéder ainsi car SensationSM offre des rubriques d’âge par décennie mais qu’après « 40 - 50 », il n’y a que « 50 et plus »…
Dans les « 40 -50 », je trouve beaucoup trop de femmes en dessous des 45 ans pour que mon « sondage » ait un sens.
 
Ce sera donc « 50 et plus ».
Tant pis si m’effleure alors cette vague pensée : « de 50 ans jusqu’à la mort »…
Et il n’est pas question de « petite mort », malheureusement...
Ou bien encore cette autre idée : « L’âge n’est plus avouable après cinquante ans sur un site de charme. ».
Pourtant, dans les sondages de « Virgin » (qui s’intéresse à sa clientèle), toutes les décennies sont représentées jusqu’au butoir de « 80 ans et plus ».
Mais « Virgin », c’est vrai, ne fait pas dans la sexualité…
 
Ce soir-là, sur SensationSM, il y a les annonces de 218 femmes de plus de 50 ans (je n’ai pas fait de recherche sur les couples : trop compliqué au vu de la différence d’âge qu’il y a souvent entre les deux partenaires ou conjoints).
Je me suis contentée d’affiner en recherchant les soumises parmi les 218 abonnées : il y en avait 115, les autres étant certainement dominas, switch ou polyvalentes, selon les catégories du site.
Joli score.
J’ai cliqué quelques annonces que j’ai trouvées fort bien tournées et me suis aperçue que ces soumises de plus de cinquante ans avaient l’exigence de leur maturité : elles recherchent, oui, mais elles savent aussi très précisément qui elles ne recherchent pas.
 
Quant à savoir si elles trouvent, alors là, c’est le grand mystère…
Je le leur souhaite de tout cœur parce que, quelque part, c’est me le souhaiter aussi à moi-même (non, je ne recherche personne mais laissez-moi développer…).
 
J’en reviens à « Virgin » : chez eux, à tout âge, on peut être client (e).
Il semblerait qu’en revanche la sexualité des plus de cinquante ans soit moins bien « appréciée » dans tous les sens du mot.
Et si je me base sur le forum BDSM transalpin, celle des femmes tout particulièrement.
 
Je vais donc l’écrire plus clairement : je crois bien qu’un tabou pèse -dans le BDSM comme ailleurs- sur la sexualité des femmes après un certain âge.
Faisons d’abord en toute franchise « un état des lieux ».
Après quarante-cinq ans (là, j’en reviens à ce que je connais et je ne parlerai que de celles qui ne font aucun recours à la chirurgie esthétique ou autres techniques de rajeunissement), des changements interviennent physiquement (moi qui étais maigre comme un clou, j’ai pris cinq kilos mal placés, d’autres se rident un peu), ce n’est certes pas très agréable de voir son corps ou son visage se modifier.
Si ce n’est pas agréable, ce n’est pas réellement pour soi (personnellement, je m’en ficherais bien de ces kilos) mais pour le regard des autres.
 
En fait, la seule vraie question est « Puis-je encore plaire comme ça ? » que l’on rapprochera de celle de la soumise du forum « Retrouverai-je un « Maître ? ».
Parce que le problème que tout cela cache, c’est que si le « physique » a subi une variation du point de vue extérieur, la sexualité, le désir sont toujours là, à l’intérieur, intacts.
Pareils.
Juré, craché.
Tout comme est là aussi l’envie folle d’être aimées, née dans notre adolescence et jamais démentie.
 
Contrairement à ce qu’une certaine médecine voudrait nous faire croire  -nous mettant hors-jeu sans raison ou nous culpabilisant (« A votre âge, ce n’est plus la question essentielle ! Pensez plutôt à la tendresse ! »)- les fluctuations hormonales de cette période et de celle qui va suivre ne transforment absolument pas la libido.
 
L’obstacle vient pour nous des hommes.
« Quarante-cinq et plus », c’est le moment où l’on ne se retourne plus sur vous dans la rue tous les jours, le moment où les ouvriers de chantier qui bâtissent devant une sortie de lycée vous font vous sentir transparente en sifflant joyeusement les filles de dix-sept ans…
Même en ayant un look tout sauf « mémère », soyons sincères, ça ne marche plus comme avant…
C’est comme si nous renvoyions de nous une image corporelle dorénavant brouillée.
Et ça, c’est une sacrée blessure à l’ego.
Autre chose que celle des kilos.
 
Bien sûr, nous charmons encore.
A défaut de peau lisse et de « no-cellulite », du charme, nous en avons à revendre.
Nous possédons l'harmonie.
Nous sommes vives, enjouées, cultivées, intelligentes, riches de tout ce que la vie nous a donné et nous pouvons la faire cette fameuse rencontre, en faire plusieurs même…
Oui, c'est possible de :
-Toucher des hommes au cœur.
-A l’esprit aussi quand ils en ont eux-mêmes (et qu’ils ne sont pas atteints des syndromes de Pygmalion ou du « Démon de Midi »).
 
Curieusement -et j’ajoute immédiatement que ce n’est là qu’un « pressentiment » personnel- je pense que c’est moins « possible » dans le monde BDSM.
Si la « Domina » âgée a toujours la côte, j’ai l’impression que la soumise « se porte » jeune, comme une « Rolex » qui montre que l’on a réussi sa vie…de Maître.
 
Si j’ai raison dans ce pressentiment, lorsque l’heure sera venue et si à ce moment-là je me trouve -hélas- en état de « recherche », j’irai me consoler chez « Virgin » puis « comme tous les soirs je me rentre[rai] chez moi, le cœur en déroute et…. » ma libido de soumise « ... sous l'bras », comme dans l’une des dernières chansons de Brel…