BDSM Mario Ambrosius Série Ma Poupée Japonaise (1) 2002.

 

BDSM Mario Ambrosius Série Ma Poupée japonaise (2) 2002.

 

BDSM Mario Ambrosius Série "Ma Poupée Japonaise" (3) 2002.

 

BDSM Mario Ambrosius Série "Ma Poupée Japonaise" (4) 2002.

 

BDSM Mario Ambrosius Série "Ma Poupée Japonaise" (5) 2002.

Photos © Mario Ambrosius.

 
 
  
Je voudrais, en cette nuit, présenter un artiste qui m’est particulièrement cher.
 
Il y a des années que Mario Ambrosius (jeune suisse-allemand plus connu sous le nom de Mario A.) s’est installé au Japon.
Des années aussi qu’il travaille, avec une modèle, autour d’un thème qu’il a intitulé « Ma Poupée Japonaise » et qui ne peut pas ne pas rappeler une autre poupée, disloquée, démembrée, recomposée elle aussi : celle du surréaliste Hans Bellmer.
 
Comme Mario A. œuvre dans la photographie, certains ne pourront s’empêcher de chercher un rapport avec Nobuyoshi Araki.
Il existe peut-être même s’il n’a pas de consistance à mes yeux.
Tout ce qui traite du Japon ne renvoie pas forcément à l’art d’Araki, dont les photographies de femmes donnent rarement à songer à des poupées.
 
Je préfère en rester à Bellmer.
Et quant au « lien » avec le BDSM, j’ai souvent tenté d’expliquer que pour moi l’Eros se doit d’être une « révolution » dans la vie .
D’un point de vue artistique, l’ultime « révolution » que je reconnaisse est celle du Surréalisme.
 
Ah ! Mais me dira-t-on, avec tout ce qui s’est fait depuis, vous datez un peu !
Non.
« Tout ce qui s’est fait depuis » était déjà en ferment dans « La Révolution Surréaliste ».
Il n’y a plus eu ensuite qu’à s’inspirer, à améliorer, à interpréter, à poser son sceau personnel mais le « modèle » originel était préalablement présent, tout prêt à être retouché, continué (et c’était là-même la volonté des Surréalistes).
 
Il y a dans mes posts des années qui précèdent des pages et des pages sur les Surréalistes et sur Bellmer notamment (vous pouvez les chercher par le petit widget Google de la colonne de gauche, à cette heure je suis trop fatiguée pour les lier à cette note).
Et il y en aura d’autres encore.
 
Ils n’obtiennent en général aucun succès (pas même celui de me dire ce que l’on en pense vraiment).
Je crois que cela est dû au fait que l’on s’étonne que je puisse présenter de telles images de femmes soumises « démises ».
C’est bien mal connaître le Surréalisme.
 
Dans « Surréalisme et sexualité » (Editions Gallimard, Idées, NRF), Xavière Gauthier écrit au sujet des « métamorphoses du corps » :
 
« Et Bellmer écrit lui-même : « Les forces immorales dans l’être humain sont des moteurs de tout premier ordre, qui le poussent à quelque chose d’essentiel ».
Cet essentiel est une forme de révolution. Le corps chez Bellmer dont chaque élément, chaque parcelle sont sexualisés, ne peut être réduit à un instrument de labeur et utilisé comme tel à des fins socialement nécessaires. Il semble qu’ainsi présentées, les « perversions » atteignent le but proposé par Marcuse et « menacent de renverser le processus de civilisation qui a transformé l’organisme en instrument de travail ».
La volupté est souvent opposée, chez les surréalistes, au travail, la main qui  fait jouir à la main qui collabore à l’édification du monde bourgeois. ».
 
Cela donne à réfléchir aujourd’hui encore et aujourd’hui -peut-être plus encore qu’autrefois- dans cette société du XXIème siècle où nous menons nos existences…
 
Quant à l’image de la femme, que ce soit à travers « Ma Poupée Japonaise » de Mario Ambrosius ou « Les jeux de la poupée » de Bellmer, elle a beau surprendre, choquer, elle n’a rien de dégradant.
 
Et si je fais de celle-ci si souvent une possible lecture de l'un des rôles de la féminité dans le BDSM, c’est parce que son image (« sa  représentation ») rejoint cette vieille certitude jamais bonne à dire mais pourtant si vraie « La soumise est celle qui, en réalité, mène le jeu. ».
 
C'est Paul Eluard qui écrivit les textes pour accompagner les photographies  des « Jeux de la poupée » d’Hans Bellmer.
Je ne citerai que quelques lignes de l'un d'entre eux, mots qui marquent l’étonnante liberté qui se dégage de « cette soumise-là ».
Ils peuvent tout aussi bien s’appliquer aux photographies de Mario Ambrosius (dont voici le site)…
 
« Doublée de satin blanc, pesant sur l’ombre, petite tête aux reflets d’or, doublée de peur, petite tête sur son museau, soumise aux règles des grands vents, dans le lait des jours intérieurs, étoile sur un œuf éclos, oubliant tout, petite voix, grande clameur, elle démêle le fil de son vol et rien ne peut la retenir. »