BDSM Fiction: Alice loin du pays des merveilles.

Tableau « Douche de sentiments » © Ester Negretti.

 
 
 
Il vient parfois à Alice les nuits de mauvais temps, les soirs « de demi-brume à Londres », l’envie de s’enfoncer dans des terres inexplorées, en quête de sensations ignorées.
 
Il pleut ce soir dans la Cour des Miracles.
Le vent souffle fort dans les ruelles et parle d’histoires sans fin, incomplètes ou désirées telles.
Il entre comme un voleur s’insinuant dans les fissures.
En envahisseur sans pitié, il s’enfile sous les pulls, les chemisiers, les cotonnades ou les soieries.
Il ceint la peau d’un long baiser qui mord et, donnant le frisson, il la rend pâle et froide comme les murs de la Cour des Miracles.
 
Il pleut ce soir dans la Cour des Miracles.
Une voix susurre : « Qu’as-tu envie de me faire ? Je voudrais que tu me fasses mal, je voudrais une douleur choisie. Une douleur qui deviendrait plaisir ».
Une autre répond : « On ne peut voir le Pays des Merveilles seulement par le trou d’une serrure. J’ai besoin d’aller chercher plus loin ».
 
Le lapin blanc s’est senti découvert et il a fui.
Certains racontent qu’ils l’ont vu passer tout ruisselant de pluie vers les grottes où chaque fin de parcours est une nouvelle façon de sortir pour revoir les étoiles, peut-être seulement ailleurs ou bien encore serré dans d’autres bras ou tout simplement seul sous le tambour battant des gouttes bruyantes qui ne donnent pas signe de vouloir s’arrêter ici, dans la Cour des Miracles dont l'on dit que tout ne s'y déroule jamais qu’à moitié, entre le luxe et les poubelles, entre le rêve et la réalité, entre les passions interrompues, les amours suspendues et les envies que l’on croit irréalisables.
 
Mais Alice a déjà retrouvé une main qui enfonce profondément ses ongles dans la sienne et qui lui promet « la douleur choisie, le plaisir » à voix basse et dans un regard qui luit de désir.
Ici, dans la Cour des Miracles.
Qui est peut-être aussi un Pays des Merveilles.