« Sade les fortunes du vice » Le Magazine Littéraire Collections No 15 novembre-décembre 2008.

Scan de couverture « Sade les fortunes du vice » -Le Magazine Littéraire Collections- No 15-novembre-décembre 2008.

 
 
 
 
Mes notes du vendredi et du samedi soir sont les moins lues.
Ceci me fait penser depuis longtemps que les lecteurs de blogs se connectent plus volontiers en semaine de…leur lieu de travail !
Je les envie car ma profession me l’interdit absolument.
Mais pour ce qui est de mes posts, ce sont donc les week-ends que je choisis pour publier ce auquel je sais que le plus grand nombre n’accordera pas grand intérêt mais à quoi je tiens, moi…
 
Sade n’a pas bonne réputation dans le milieu BDSM.
Il n’a bonne réputation nulle part, certes, mais c’est un peu paradoxal que chez nous, très peu s’intéressent à lui.
Il a beau n’être aucunement notre « grand ancêtre » (je l’entends vraiment au sens « familial »), il n’empêche que son œuvre devrait nous interroger en premier lieu.
Non seulement en la lisant mais en lisant surtout ensuite les diverses « écoles » d’interprétation qui lui ont été dédiées.
 
Le « Sade » de Lely n’est pas celui de Bataille, qui n'est pas celui de Deleuze, qui n’est pas celui d’Annie Le Brun, qui n’est pas celui de Michel Onfray (et ainsi de suite dans le jeu des poupées gigogne).
Disons-le tout de suite, pas un seul d’entre eux ne possède la vérité sur une clé de lecture sadienne.
D’ailleurs, il n’en existe pas comme il n’existe pas une seule vérité sur le BDSM.
Tout au plus peut-on s’en faire une très personnelle.
A nous donc d’élaborer la nôtre après avoir lu le Marquis, ses biographes, commentateurs ou éditeurs.
La chose n’est pas aisée si l’on dénombre les ouvrages écrits.
 
La revue « Le Magazine Littéraire » publie ce mois-ci un hors série dans le cadre de ses « Collections »: « Sade, les fortunes du vice » entièrement consacré au noble de Lacoste, au prisonnier de la Bastille et de l’asile de Charenton…
Sa dernière livraison importante sur le Divin Marquis remontait à 1991 avec le numéro épuisé aujourd’hui « Sade écrivain ».
Il était donc grand temps pour ce magazine d’en revenir à lui.
 
Le numéro est composé de tout ce que « Le Magazine Littéraire » depuis 1967, au fil de ses parutions, a publié sur la critique sadienne (et notamment des meilleures pages de l’opus de 1991 -même si évidemment ce dernier n’est pas republié au complet).
S’y ajoutent des articles plus récents des deux dernières décennies et quatre inédits composés spécialement pour ce hors série dont une très brillante analyse du « Salo » de Pasolini par Cyril Neyrat et un retour de Cécile Guilbert sur la dernière découverte faite autour de Sade en 2003: sa liaison amoureuse avec sa belle-sœur Anne-Prospère de Launay, découverte qui laisse à penser que tous les documents qui forment la « saga » sadienne n’ont pas encore vu la lumière du jour et que nous pouvons nous attendre à d’autres surprises dans les années à venir.
 
Mais ces « nouveautés » ne doivent pas nous empêcher de lire ceux qui sont les premiers écrits sur Sade dans le « Magazine Littéraire » à commencer par un article de Pascal Pia datant de 1967 « Sacher-Masoch ou la fausse symétrie », qui démonte très bien l’inégalité de « fortune » littéraire entre les deux auteurs dont les noms sont pourtant toujours associés pour former l’expression « sadomasochisme ».
Présents eux aussi des textes de Pauvert, de Barthes et du fabuleux Michel Delon parmi bien d’autres dont j’ai cité quelques noms plus haut.
On n’oubliera pas une lecture historique d’un Sade révolutionnaire par Philippe Roger et surtout trois pages extraordinaires (« L’ordre et son double ») d’Alain Robbe-Grillet, datées de 1976, qui posent une fois de plus la question chère au romancier récemment disparu: « Qu’est-ce que la littérature ? ».
 
Dans ce que j’appelle le « milieu BDSM » en général -et je parle ici des « peu » qui ont ouvert un livre de lui- il y a les « pour » et les « contre » Sade.
Les « contre » n’ont pas dépassé les cinquante pages (et je suis bien bonne !) avant que de s’endormir: ils ne le connaissent donc pas.
Les « pour » l’ont lu d’une seule main (cette clé de lecture m’a toujours fascinée tant elle me paraît impossible sinon, une fois de plus, à ne rien comprendre au Marquis) : ils ne le connaissent pas plus.
 
Dans la critique « documentée » existent de vrais « pour » et « contre » Sade (ainsi Onfray depuis deux ans se positionne résolument contre).
Disons clairement et par souci d’honnêteté avant de la conseiller que cette livraison du « Magazine Littéraire » est en grande partie faite par des « pour » (mais pas « que » puisque Foucault y est traité).
 
Accompagné d’une abondante et remarquable iconographie (quelques pages sont « offertes » à Hans Bellmer et Man Ray que j’évoquais ici il y a peu -il est bon de rappeler que, si les Surréalistes ne sont pas ceux qui ont le mieux « lu » Sade, ils sont en tout cas ceux qui l’ont le mieux « vu » et représenté) très moderne et même parfois réellement contemporaine, ce numéro hors série du « Magazine Littéraire » est une somme tout à fait indispensable pour les pratiquants du BDSM -qu'ils acceptent ou pas cette idée- mais aussi (mais surtout ?) pour les autres afin de pénétrer mieux dans l’univers de celui qui embrase encore les esprits -entre anathème et hagiographie- dès que son nom est prononcé, à l’heure où, qu’on le veuille ou non, il est devenu un « classique ».