J'aimerais relater ici une polémique qui se déroule ces jours-ci en Italie autour d’un événement BDSM.
Comme celui-ci fait couler beaucoup d’encre dans les journaux, je ne peux traduire toutes les lettres et les communiqués qui se répondent de jour en jour.
Il y aurait déjà, à cette date, de quoi publier non une note de blog mais l’épaisseur d’un magazine.
Je vais donc me contenter de résumer cette affaire dans un premier post.
J’utiliserai souvent le conditionnel car, rapportant des propos tenus par les uns et les autres, propos qui ne tombent jamais d’accord, je souhaite me garder d’être affirmative.
Pour ceux qui, bilingues ou ayant un bon logiciel de traduction, désireraient consulter les documents sur lesquels je me base, une recherche « BDSM convegno all’Università Bicocca Milano » sur les « news » de Google.it  leur donnera tous les accès nécessaires à mes sources.
Dans une seconde note, je raconterai comment cette histoire est vécue sur les forums BDSM italiens et à quelles questions -intéressantes souvent- elle a permis de donner le jour.
 
 
 
L’Université Bicocca de Milan est l’une des plus jeunes en Italie.
Comme toute université, elle comporte de nombreux collectifs étudiants susceptibles d’y organiser des congrès, interventions ou autres.
Le KOB est l’un de ceux-ci : il revendique une coloration gay.
Lors de l’année universitaire passée, il a obtenu une participation de 500 euros des fonds universitaires pour mettre en place une demi-journée consacrée aux sexualités alternatives.
Mais lorsque cette manifestation a été totalement mise sur pied (elle devait se dérouler fin juin) le Recteur l’a finalement interdite en découvrant qu’elle serait consacrée au BDSM.
Officiellement, il semblerait que ce soit l’affiche choisie qui ait déclanché le scandale : le blason de la « Bicocca » y était représenté entouré de menottes et d’un fouet tandis que la plus grande illustration de l’affichette montrait sur la droite une botte à haut talon*.
De plus, le titre aurait été jugé provocateur : « Des maîtres à la Bicocca ? Non, des esclaves ! », le jeu de mots avec « maîtres » ayant peut-être déplu à quelques instances enseignantes...
 
En cette rentrée, le KOB dépoussière son idée, son affiche, tente de donner toutes les garanties sur la bonne tenue de ce qui ne sera, somme toute, qu’un congrès d’une après-midi, prévu à cette heure encore pour le 30 octobre et il a reçu l’appui du Président de l’Université qui se réserve tout de même un droit de regard jusqu’à la dernière minute sur ce qui sera exposé à la vue de tous les présents ou sur les sujets qui pourraient être débattus.
 
Las !
Voici qu’un autre groupe d’étudiants, proche de l’association « Communion et Libération » d’obédience catholique et très puissante politiquement dans le Nord de l’Italie (le congrès BDSM doit se dérouler à Milan et je n’ai, je pense, pas besoin d’expliquer combien la ville et la région sont sous la coupe de la très traditionaliste Ligue Lombarde de Umberto Bossi), voudrait soudainement faire interdire cette manifestation, en invoquant le prétexte que l’Université n’a pas à payer (rappel des 500 euros débloqués l’an passé) pour que l’on traite dans ses locaux de maladies et de perversions.
 
Comme l’excès est coutumier en Italie, les plumes politiciennes s’enflamment et certains n’hésitent pas, à ce qu’il semblerait, à écrire que le BDSM devrait purement et simplement être interdit et ses pratiquants soignés dans des lieux appropriés.
 
Si je peux comprendre (et encore, pour ces misérables 500 euros !) le souci que certains se font du denier public ainsi répandu, je n’arrive pas à admettre les propos que cette initiative peut soulever sur la « maladie » des adeptes BDSM, leur « paraphilie » si grave (je recommande d’ailleurs à mes lecteurs de chercher à lire les réponses paisibles et sensées du psychiatre Alberto Caputo à toutes les attaques sur ce thème).
 
Car de quoi s’agit-il au fond ?
Tout d’abord, d’une grande affaire d’ignorance ou de mauvaise foi.
Ainsi la manifestation, dans un communiqué d'enseignants universitaires catholiques qui s’opposent à son déroulement, est dénommée un « cours » sur le masochisme.
Or, aucun « cours » n’est prévu et heureusement pour ceux qui ont voulu résumer ainsi cette après-midi, le ridicule ne tue pas…
Imaginez un peu un « cours de masochisme » !
 
En fait, il y aura quelques panneaux d’exposition (sur le contenu desquels je ne peux rien dire, ne les ayant pas vus ni entendu décrire) et deux interventions, la première -donc- du psychiatre Alberto Caputo, internationalement connu, et la seconde d’ « Ayzad », auteur du « Guide pour les explorateurs de l’érotisme extrême » (le best-seller du manuel BDSM en Italie) et webmaster d’un site célèbre sous le même pseudonyme**.
 
Sans vouloir anticiper sur la note à suivre, je comprends ceux qui, dans le « milieu » BDSM italien, ne veulent pas défendre à cent pour cent ce congrès puisqu’ils pensent qu’amener le BDSM à l’Université, c’est l’institutionnaliser, ce qui serait le pire service à lui rendre, mais je comprends aussi les autres qui désirent que l’on traite du BDSM dans ce cadre universitaire qui garantit une certaine teneur et encore ceux qui, après tout ce remue-ménage et ces cris d’appel à la censure, veulent « par principe » qu’il ait lieu.
En d’autres circonstances, j’aurais certainement rejoint les premiers.
Mais là, après les appels multipliés à l’interdiction et le bruit fait autour de la santé mentale des BDSMeurs, je ne peux plus souhaiter qu’une chose, c’est que ce débat se tienne bien le 30 octobre et qu’il permette de relever le gant face à ses détracteurs.
 
Et puis…
Cette initiative me fait songer à une chose.
 
C’est que jusqu’à présent, la même prestation (un congrès universitaire sur le BDSM en tant que tel) n’a jamais encore eu lieu en France d’après ce qu’ont pu donner mes recherches sur Google (ici, je fais appel à J.M. Devesa pour me démentir si c’était néanmoins le cas) et que, au-delà de l’institutionnalisation possible du BDSM qui -je le répète- me laisse moi aussi perplexe, il reste le fait que l’Université doit, si un groupe ou une association sérieusement structurés en présentent le projet, pouvoir s’ouvrir à tous les types de débats de société et ceux sur la sexualité -« parallèle » ou non- en font partie..
 
Sinon, c’est vers le Moyen Age -qu’avec des propos comme ceux qui ont été tenus en Italie- que nous retournerons à grandes foulées dans ce monde (l’Université) qui est de plein droit celui de l’intellect et de la connaissance.
 
Pour ces raisons, par cette note et par delà les Alpes, j’apporte donc à mon tour un soutien total et inconditionnel au KOB et à la « Manifestation culturelle autour du BDSM » qui doit se dérouler le 30 octobre 2008 à la Bicocca de Milan.
 
 
 
 
 
 
*Je ne reproduis pas l’affiche « censurée » de juin, dans l’ignorance de quelle censure légale exacte elle est l’objet.
 
**A titre personnel, je ne suis pas une grande « fan » d’Ayzad qui, au-delà de son livre, me semble surtout développer une activité d’organisateur de « Fetish Parties », ce qui -nous le verrons dans la suite- n’est pas toujours le mélange le plus apprécié par les pratiquants du seul BDSM.