Ceci est une nouvelle en sept épisodes. Bien imparfaite, certes. Mais c’est un essai d’écriture, l’histoire d’un Sartre et d’une Beauvoir ( si tant est qu’ils aient vécu dans le monde SM), de leurs amours nécessaires et de leurs amours contingentes, de leur bascule permanente entre l’être et le néant…

Nouvelle veut ici dire fiction : je ne suis aucun des personnages féminins de cette histoire, pas plus que M. n’en est le protagoniste masculin.

A plus forte raison, toute ressemblance entre ces personnages et des personnes réelles, vivantes ou décédées, serait purement fortuite.

 

AURORA.

 

Pour C.

 

 

 

JALOUSIE ( cinquième partie).

 

 

                        

                         TABLEAU DE PATRICE MURCIANO

 

 

 

L’AUTRE :

 

Il m’a quittée… Et pourtant, il est partout… Parfois, il m’appelle le soir, il lui arrive de ne pas parler, j’entends juste son souffle au bout du fil.

Je sors beaucoup, pas là-bas bien sûr, un peu avec n’importe qui… Je croise parfois des amis à eux qui me regardent avec pitié… S’ils savaient ! Un amour ainsi est inextinguible… Il reviendra…

 

 

LUI :

 

J’ai passé deux jours avec l’autre, je lui ai menti à elle, je l’ai laissée seule à Paris avec le bébé…

Elle ne pourrait me comprendre en cela … J’ai le cœur, j’ai le corps assez grand pour nous trois…Mon amour est un amour de monstre, et pourtant, c’est un amour vrai.

Pauvres d’elles ! J’ai mon esprit assez grand, large, vaste pour plus encore que deux malheureuses femmes…

Les femmes, les femmes, décidément, pleureuses, ombrageuses …

Pourquoi se complaisent-elles ainsi alors qu’elles ne sont jamais si vraies que dans l’autre douleur, la seule, l’unique, la douleur-don qui les grandit jusqu’à les amener au firmament ?

Pourquoi mes étoiles ne veulent-elles se révéler que dans une feinte lumière ?

 

 

ELLE :

 

Il l’avait revue… Alors, je suis partie… Avec les enfants…

Deux semaines et il m’a demandé de revenir…

Il ne la verra plus. Je le crois. Je le crois d’autant plus qu’hier soir, il m’a flétrie comme il ne l’avait jamais fait encore… J’ai mis plus d’une heure à me relever…. Mon plus beau cadeau… Lui, silencieux à mes côtés, dans ce fauteuil…. Juste l’ombre de sa carrure…

Nous sommes ensemble à jamais…

C’est lui qui, à la fin, a prononcé les mots… Il y avait quelques temps déjà que, par jeu, je dominais un peu parfois les femmes qu’il prenait… Et bien, désormais, nous dominerons ensemble…Nous serons deux prédateurs, unis dans la chair consommée ensemble… Je suis heureuse mais je les imagine déjà, les autres et tout ce qu’ils iront encore raconter…

Les autres, les autres…Quel enfer… Quel cauchemar…Mais cette fois-ci, ils auront enfin quelque chose à dire !

 

 

LUI :

 

J’ai presque de la compassion pour elle et je l’aime pourtant comme nulle autre . Mais sans le savoir et même sans le vouloir vraiment, elle vient de me voler mon essentiel… Il m’a fallu, symboliquement, lui céder une partie de moi : pour continuer la route ensemble, alors, qu’elle domine donc aussi !!!

Sauf que personne et pas même elle ne sait comme moi ce qu’est dominer… Pourquoi faut-il qu’à la fin, ce soit l’être qui m’est le plus cher qui me vole ce que j’ai de plus cher ?

Pour elle, je vais désormais rentrer dans un monde de théâtre où je ne ferai plus que semblant….Ils me croiront toujours identique mais déjà je ne suis plus moi….

Je m’en sortirai comme d’habitude….

Aux yeux de tous… Aux miens, c’est une autre affaire….

Je sens que je vais recommencer à affronter mes rêves, ces rêves qui me parlent du Bien et du Mal… Ces rêves qu’à l’aube, il me faut faire payer à d’autres… Pour pouvoir aller de l’avant.. Pour survivre ?

C’est cela, ma méchanceté légendaire, une saine défense : on ne me prendra jamais plus en défaut : je suis le maître chez moi (« maître », c’est rigolo à dire dans ce contexte !) et personne ne viendra tenter de me manipuler, je l’ai par trop été enfant…

Aujourd’hui, je suis ainsi : c’est moi qui manipule et n’est-ce pas encore une autre forme de la domination ? C’est moi qui dicte la ligne mais cette ligne après tout qu’est-elle, sinon une trace blanche bien nette qui va toujours tout droit vers l’avant…

Ah ! Non ! Il ne faut pas compter sur moi pour ne pas viser ce seul objectif, cette ligne…Prendre d’autres chemins me conduirait si je baissais la garde un seul instant à risquer de me retourner vers l’arrière et je sais bien qu’il ne faudrait qu’une seconde alors pour me transformer en statue de pierre…

D’ailleurs, ils sont peu nombreux à le sentir, combien je les mène tel les chiens d’une meute dans ce qu’ils croient être des nuits de fête…Vils suiveurs pour la plupart qui ne réclament qu’un chef et des barrières…Quant aux autres…Qu’ils s’effacent ! Je suis ainsi à jamais : chez moi ce qui ne passe pas casse…

Et je ne les plaindrai pas certes : eux, la nuit ne rencontrent sûrement pas les ombres que mes cauchemars engendrent et qui me laissent pantelant…