Yves Saint Laurent photographié par Jean Loup Sieff en 1971

Photo d’Yves Saint Laurent en 1971 © Jean-Loup Sieff

 

Il n’y aura donc pas -jusqu’à nouvel ordre- d’autre blog (merci à celles et ceux qui m'ont écrit, mon adresse mail reste valable pour eux..).
J’ai eu une chaude alerte avec mon bug d’hier au soir et, persuadée que mes essais de sous-douée en étaient la cause, j’ai tout effacé.
Puisque KarmaoS est en pleins travaux d’expansion, je préfère attendre quelques temps avant de me lancer dans une nouvelle aventure…
 
La note qui suit est celle qui aurait dû passer la veille  et qui n'a pu être éditée.
Emotion en différé mais émotion forte…
 
 
 
 
Quelques mots pour Yves Saint Laurent qui vient de nous quitter.
Comme tout le monde, je salue l’immense génie créateur, l’esprit rebelle qui révolutionna la mode, transformant celle-ci, la mettant à la mesure du quotidien des femmes de son époque, nous donnant le tailleur pantalon comme un droit acquis désormais lorsqu’il le fit défiler sur les podiums, ce tailleur pantalon devenant enfin à part entière un nouveau signe, une nouvelle arme de séduction…
 
Artiste complet, esthète cultivé qui mit Mondrian en robes, Saint Laurent était un personnage marginal dans le milieu de la mode.
N’hésitant pas à poser nu pour Jean-Loup Sieff, ne faisant pas mystère de son homosexualité ni de la grande histoire d’amour de sa vie qu’il partagea avec Pierre Bergé, il en aura bousculé bien des tabous !
 
Mais pour moi, Yves Saint Laurent demeurera le plus attachant des couturiers de notre temps parce que dès 1961, avant même sa gloire, il allait rencontrer sur sa route la dépression, ce « soleil noir » qui ne le lâcha plus… 
Vivant en repli dans son monde, il traversait ses hauts et ses bas : cette angoisse qui fait que, par moments, on a beau être au plus haut sous le regard des autres, c’est au plus bas que l’on se sent au fond de soi.
De succès de collection en succès de collection, le « Maître » a toujours évoqué combien son travail lui coûtait, par quelles périodes de désespoir il passait.
 
De nombreux écrivains ont mis des mots sur leur dépression vécue ( je pense à William Styron dans son « Face aux ténèbres », récit d’un combat sans cesse perdu), Saint Laurent parlait de la sienne dans toutes les entrevues qu’il accordait.
Lui qui avait tout, lui qui aurait pu feindre, a toujours -à l’égal des modèles qu’il créait- voulu coller au plus près à la réalité, sa réalité.
Pas celle des fards pailletés que dispensaient les marques formant la holding YSL.
Celle d’un homme face à son marasme intérieur.
Mélancolie, appelle-t-on aussi médicalement ce mal sans issue.
 
Pour tous ceux qui pensent (et ils sont nombreux encore, hélas !) que le meilleur remède pour un déprimé, c’est « de se secouer et de se donner un bon coup de pied dans le cul », Monsieur Saint Laurent aura été un beau démenti, et pour nous tous qui l’aimions une grandiose leçon de vie et de courage.