Helmut Newton Fashion British Vogue 1967

Photo Vogue British 1967 © Helmut Newton.

 
 
Voici une note que j’aurais préféré publier sur un blog ouvert seulement à quelques-uns.
J’en ai d’ailleurs changé le titre afin qu’il ne soit pas « racoleur ».
A ceux qui comprendront dès les premières lignes qu’ils risquent d’être interpellés, choqués, je rappelle qu’il y a une petite croix rouge en haut à droite de toute page Web et que personne, jamais, n’est obligé de lire…
 
 
La FIA vient d’émettre son verdict et de reconduire Max Mosley comme président jusqu’à la fin de son mandat en octobre 2009.
Celui-ci, ancien avocat comme on le sait, a plaidé son dossier lui-même revendiquant son droit « alors que la sexualité va du simple moyen de reproduction à des choses que [lui]-même ne saurait imaginer, à avoir une sexualité excentrique ».
 
On sait que Mosley s’est retrouvé impliqué dans une affaire de mœurs, plus exactement d’orgie sadomaso avec des professionnelles, que l’une d’entre elles a filmé la scène et qu’un extrait de cette vidéo ou des photos se sont retrouvées soit sur le site de « News of the World », soit sur la version papier de ce journal il y a quelques mois.
 
Qu’il y ait eu violation de vie privée est manifeste mais un gros problème avait cependant été mis à jour : Mosley aurait joué sur le registre du « camp nazi », vêtements à l’appui, se faisant fouetter puis fouettant en parlant en allemand ou en anglais avec un accent allemand (je ne peux rien affirmer sur ce point : les quelques secondes de vidéo que j’ai pu voir sur la Toile sont des moments où Mosley se taisait).
De plus, Mosley étant le fils du fondateur du mouvement fasciste britannique en 1932, tout va contre lui.
 
Je n’ai aucune opinion sur cet homme, rien à en dire, tant il me semble que s’il n’avait pas été connu (ne m’intéressant ni de près ni de loin à l’automobile, j’ai découvert son existence lors de cette affaire), il n’y avait pas matière à s’arrêter là-dessus, je veux dire bien sûr sur ce que sont les fantasmes d’un homme dans sa vie privée -tant qu’il ne met personne en péril.
Que l’on n’imagine pas que je le défends car il a de près ou de loin un rapport avec l’univers BDSM.
Non, « a priori », je ne me sentais pas concernée du tout par cette histoire, pas plus que par les amours ou les ruptures sur tabloïd d’un people quelconque.
 
Et le coté nazi ? me direz-vous. 
J’y reviendrai tantôt.
Mais tant que Mosley n’a pas formulé de propos négationnistes, révisionnistes, fait oralement l’apologie du nazisme dans cette vidéo, il n’y a rien de délictueux.
Et, sur un autre plan, si dans ses fameux ébats il n’a pas dénigré ou craché son venin sur la FIA, c’était en effet à lui de choisir de démissionner ou non (il aurait mieux fait de le faire, certes) et non à son « employeur » de s’immiscer dans sa « privacy ».
 
En France, l’affaire Mosley a été traitée sobrement par la presse, quelques lignes le jour où le pot aux roses a été révélé, encore moins quand il a obtenu gain de cause et pu faire retirer la vidéo et à nouveau quelques lignes hier sur le verdict de la FIA.
Cela n’a pas été le cas en Italie où les journaux, en pleine campagne électorale d’un vide sidéral, en ont fait des tonnes autour du cas d’autant plus qu’Alessandra Mussolini, petite-fille du Duce et leader d’un mouvement à droite de la droite berlusconienne, a traité Mosley de « sale riche qui utilisait les femmes ».
L’association BDSM Italy (il en existe une là-bas) a adressé une lettre ouverte à la presse, ne voulant pas que l’on assimile BDSM et nazisme, s’efforçant de démontrer que les costumes de la vidéo n’étaient pas de cette catégorie en donnant les liens où l’on peut se procurer des déguisements de prisonniers etc. strictement identiques à ceux que l’on voit sur le petit film dans les négoces fétichistes en ligne.
J’ai trouvé la lettre maladroite -sur le thème « ça ressemble à du nazisme mais ça n’en est pas »- mais bon…
 
En Italie toujours, voici qu’il y a une quinzaine de jours, l’autrefois très sérieux « La Repubblica » publie un article où il « informe »  que la professionnelle organisatrice de l’ « orgie » pour Mosley -celle-là même qui devint la « vendeuse » de la vidéo au journal- est une « Mistress » de 38 ans, épouse d’un membre du MI6 (qui a démissionné dans les 48 heures) et illustre son article d’une série de photos en provenance du site de la domina, dont l’une où elle pose avec une quelconque casquette de type militaire.
 
Et tout à coup, sur le forum que je fréquente, la polémique repart de plus belle, cette fois-ci sur le thème « SM et nazisme ».
Sincèrement, je suis un peu étonnée de ce titre au début (mais je suis très angéliste) car je ne me souvenais que de deux choses : de « Portier de nuit », le film de Liliana Cavani et d’une nouvelle de Florence Dugas, reprise ensuite in extenso pour former le final de l’excellent livre « Les patientes » de Hugo Trauer.
Et c’est vrai que pour ces deux éléments cités, il ne faut pas trop tirer sur la corde pour se rendre compte qu’il y a bien un rapport entre SM et nazisme.
Mais c’est de la littérature, du cinéma.
On est encore dans le domaine de la métaphore.
Pas de la réalité.
 
Là où je vais être surprise, c’est que dans les interventions du forum, les tout premiers participants vont affirmer un réel attrait pour le fantasme de scènes nazies si elles incluent des uniformes.
Nous nous éloignons de Mosley tout en nous en rapprochant.
Je vais même apprendre que Von Götha a dans un album que je ne connaissais pas, « A very special prison », exploité le filon non tant dans l’histoire que dans les détails de certains dessins (pas explicitement connotés de nazisme mais presque) et qu’Helmut Newton, dans une commande pour le Vogue British de 1967 (voir la photo plus haut qui pour moi n'est ni SM, ni nazie mais dont la jeune femme qui la passait faisait cette lecture) a commis une série « de mode » qui fait « penser à », même si cela n’est pas d’une évidence fulgurante…
Un jeu en trompe l'oeil avec la symbolique nazie, sans trop y toucher, en quelque somme...
 
Au début, bécasse, j’ai voulu nier et comme les autres quelques temps plus tôt, dire que puisque ça y ressemble mais que ça n’en est pas, il n’y a aucun rapport entre SM et nazisme.
Quant à celles et ceux qui parlaient de leur fascination érotique pour l’ « esthétique nazie », je pensais même qu’ils faisaient référence à la culture (architecture, cinéma) de l’époque hitlérienne.
Et puis non, c’était bien cette idée d’uniforme qui revenait toujours.
 
Le forum est parti en eau de boudin.
A ceux qui ont rappelé ce que fut le régime nazi derrière l’uniforme, on a répondu « Tu préférais les uniformes des Soviets ? ».
Les Fetish de service ont finalement eu gain de cause en parlant des uniformes de latex, hors de toute connotation militaire (?) et pur plaisir sur la peau en indiquant les dates de leurs prochaines soirées.
 
Reste un certain malaise.
Celui qu’un (à comprendre « un seul ») Mosley ne me faisait pas éprouver mais qu’une dizaine de personnes (pour la plupart entre 25 et 35 ans, plus femmes qu’hommes), confessant très naïvement cette attraction érotique (et BDSM) pour l’uniforme nazi, me donnent.
 
Je suis très mauvais juge.
N’éprouvant aucune attirance pour les uniformes et ne les connaissant que très vaguement, je n’avais jamais pensé que celui des nazis ait eu quelque chose de particulier, comparé -mettons- avec celui de l’Armée Rouge ou celui -restons en Italie- de l’ère mussolinienne.
Alors, est-ce ce qu’il y a derrière ?
L’idée du groupe, de la hiérarchie, de l’obéissance, de la punition, de l’humiliation (toujours les mêmes vieilles rengaines) qui feraient du nazisme le parfait paradigme du fantasme des fantasmes de la domination ?
 
Je n’ai pas de réponse.
Dans la vie réelle, il ne m’est jamais arrivé de rencontrer quelqu’un faisant de semblables confessions.
Les allusions historiques nauséabondes se sont arrêtées pour moi au membre d’un chat BDSM d’il y a des années qui m’avait dit être fasciné par des images de l’Inquisition.
 
Il faut donc supposer que Max Mosley n’est pas un cas unique, qu’il y a d’autres personnes (peu, espérons-le) appartenant à d’autres générations qui, dans l’ambiance SM, ont une attirance fantasmatique pour cette période qui fait frissonner à seulement y penser.
 
Il n’est pas question d’instruire leur procès.
Le domaine du fantasme est si vaste qu’il est certainement celui qui peut être le moins compris, celui qui peut le moins trouver d’explications logiques.
C’est pour cela qu’il est « phantasme » et projection.
 
Il faut se garder aussi d’instruire celui du sadomasochisme.
Il y a quelques jours, le 28 mai, le juge officiant dans l’affaire Yannick Vallée (cas qui n’a strictement aucun rapport avec cette note mais illustre un « accident » BDSM) l’a rappelé lors de sa sentence de condamnation : seuls les « dérapages » d’une sexualité peuvent justifier que la justice s’en mêle. 
 
Extrait et lien ici :
 
"Nous ne faisons pas le procès du sado-masochisme. Notre tribunal ne fait pas de morale. Il s'agit du dérapage du sado-masochisme", avait argumenté le procureur Jean-Louis Moreau, estimant que "le consentement d'une personne en état de faiblesse est vicié".
Dans son jugement, le tribunal s'est appuyé sur la jurisprudence de la cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) qui justifie l'ingérence des pouvoirs publics dans la sexualité lors de "raisons particulièrement graves".