Aldo Moro retrouvé assassiné le 9 mai 1978 Via Caetani à Rome

 

 

Marden me dit souvent que si mon blog n’a plus son succès d’autrefois, ceci est dû au fait qu'outre sa "délocalisation" sur KarmaOS, parfois je ne « vais » pas là où les lecteurs s’attendent désormais qu’aille un blog BDSM -vu ce qui se fait sur le très grand nombre de ceux qui existent dans ce « genre » aujourd'hui
Il a sans doute raison.
Je vais là où je veux aller et même quelquefois là où je « dois » aller.
Ainsi, ces posts sur l’affaire Moro, je voulais les faire depuis 2005 lorsque j’ai écrit sur la mort de Pasolini.
Je n’ai pas délibérément attendu le trentième anniversaire de la mort de l’homme d’Etat.
C’est plutôt que j’ai, très ingénument, pensé chaque mois, chaque année, que quelque chose viendrait tout éclaircir. C’était bien évidemment impossible. Je m’en expliquerai dans la note qui conclura. 
Tout comme je m’y expliquerai du pourquoi je « devais » faire ces publications.
 
Ceci n’est pas un travail d’historienne ni une contre-enquête (tant et tant ont déjà été faites) mais une interrogation sur des faits remontant à trente ans et que je me suis trouvée vivre par le hasard de ma présence en Italie pendant ces années-là.
Je demande expressément que me soient pardonnées des erreurs de dates -à une ou deux journées près- dans la chronologie de ces 55 jours, des fautes d’orthographes que j’aurais pu faire sur des noms propres ou des bévues légères sur les fonctions précises de tel ou tel protagoniste, car même si je me suis appuyée sur des livres et documents, il n’y a ici surtout que le peu dont le cœur a pu se souvenir…
 
 
 
 
ALDO MORO, UNE TRAGEDIE ITALIENNE.
 
 
A la mémoire d’Aldo Moro, trente ans après jour pour jour.
 
 
 
« Le compte à rebours est pratiquement à zéro : c’est davantage une question de secondes que de minutes. Nous sommes au moment du massacre. »
Aldo Moro, le 24 avril 1978, dans une lettre à Benigno Zaccagnini.
 
 
 
Préambule
 
 
L’assassinat d’Aldo Moro (et tout ce qui le précède ou le suit) est à l’Italie ce que celui de J.F. Kennedy est aux Etats-Unis, un mystère demeuré entier.
Lors du prochain Festival de Cannes sera projeté dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs le film de Carlo Infanti « Moro, una verità negata ». Je n’ai jusqu’ici pu obtenir aucun renseignement sur ce documentaire (un de plus), je ne sais donc pas si son metteur en scène se contente d’y énoncer les différentes hypothèses qui circulent autour de l’assassinat d’Aldo Moro, ou s’il choisit d’en mettre une en valeur.
En soi, cependant, son seul titre est déjà éloquent.
Oui, dans l’affaire Moro, la vérité a toujours été « niée ».
Je crains qu’elle ne le soit longtemps encore.
Curieusement, alors que dans quelques semaines va être levé en Italie le secret d’Etat autour des archives historiques (selon la loi qui porte sa durée à trente ans), personne ne s’attend à des révélations pharamineuses, ni sur les années de plomb en elles-mêmes ni sur ce qui concerne le cas Aldo Moro proprement dit, comme si tout le monde savait que ce qui pourrait être sujet à une réécriture de cette affaire a été détruit ou mis bien à l’abri…ailleurs.
 
Si les deux premières parties que je publierai de ce texte ne contiennent que des faits « officiels », les suivantes remettent en cause quelques-uns de ces faits et se placent dans le domaine des hypothèses.
S’intéresser à cette tragédie signifie passer des semaines au milieu de documents et saisir parfois un fil, le suivre passionnément, persuadé qu’il conduit à la vérité jusqu’à ce qu’un détail infime vienne tout mettre en l’air.
L’affaire Aldo Moro est un puzzle auquel manquent des pièces ou bien pour lequel on a trop de pièces.
A la fin ne reste que l’intime conviction, bien fragile puisque subjective. Pourtant, dans les tribunaux c’est sur celle-ci que l’on se base.
Les notes qui vont suivre ne témoignent que de la mienne.
 
 
 
I – Aldo Moro, une affaire d’Etat.  
 
Il y a trente ans en ce jour, le 9 mai 1978, aux alentours de 15 h 00, on retrouve à Rome -Via Caetani- dans le coffre d’une Renault 4 de couleur rouge amarante le corps sans vie d’Aldo Moro alors Président du parti de la Démocratie Chrétienne.
Les Brigades Rouges avaient averti les proches deux à trois heures auparavant.
L'autopsie puis les analyses balistiques  démontreront que Moro a sans doute été tué dès la veille au matin d’une rafale de pistolet mitrailleur. Onze projectiles seront retrouvés dans le cadavre.
Le choix de Via Caetani n’est pas innocent de la part du groupe des Brigades Rouges qui a procédé à cet assassinat. La rue Caetani est située plus ou moins à mi-chemin entre la Piazza del Gesù, où se trouve le siège de la Démocratie Chrétienne et la rue des Boutiques Obscures, où est placé celui du Parti Communiste Italien.
Comme un bras d'honneur à la construction de ce "Compromis Historique" auquel Aldo Moro se dédiait avec acharnement depuis plus d'un an et demi.
Ainsi s’achèvent les 55 jours les plus terribles que l’Italie ait eu à connaître depuis la seconde guerre mondiale.
 
En 1978, l’Italie est un pays où il fait bon vivre en apparence mais qui est en fait en proie à un chaos politique et économique indescriptible.
Depuis presque une dizaine d’années, on y assiste à une sorte de guerre civile larvée entre terrorisme rouge et terrorisme noir. Les attentats succèdent aux attentats (913 pour la seule année 1978 dans les mois qui précèdent l’enlèvement d’Aldo Moro).
Par ailleurs et comme partout en Europe le choc pétrolier a, dès la moitié des années 70, amené le bilan financier du pays au-delà de la ligne rouge.
La nation est devenue ingouvernable.  
Depuis la Libération, trente ans auparavant, le pays est aux mains du même parti -la Démocratie Chrétienne- bien que le Parti Communiste fasse alors quasiment jeu égal avec elle lors de toutes les élections et ce parce que le Vatican d’une part, l’ « ami » américain -qui a implanté en Italie ses plus grandes bases militaires dans le cadre de l’OTAN de l’autre- jugent inacceptable la collaboration de l’opposition  (à un quelconque titre) au gouvernement.
Du coup, la corruption de l’Etat et de certains de ses membres les plus puissants est désormais sans limites.
Et c’est cet Etat corrompu et faible qui permet aux groupuscules tels les Brigades Rouges d’être entendus, de recevoir l’approbation, de susciter la fascination dans certains secteurs de la population.
Quelques hommes de bien, l’aile la plus progressiste de la Démocratie Chrétienne dont Aldo Moro est le porte-voix et le Président du Parti Communiste Enrico Berlinguer qui a amené son mouvement à se détacher de l’URSS et à inventer l’ « eurocommunisme », comprennent alors que la seule condition à la réussite des réformes nécessaires de l’Etat est la participation du PCI au gouvernement.
Moro et Berlinguer sont les artisans de cette « chose » qui doit s’appeler le « Compromis Historique »
Si Giulio Andreotti, Président du Conseil, a pu gouverner sans encombre institutionnel dans les premiers mois de l’année 1978, c’est à cause de ce mouvement en route qui lui a apporté la paix de par l’abstention bienveillante du PCI.
Le 16 mars 1978, Andreotti doit présenter un nouveau gouvernement qui sera approuvé cette fois-ci par les voix communistes.  
 
C’est au matin de ce 16 mars à 09 h 05 que, se rendant à l’Assemblée, Aldo Moro est kidnappé par les Brigades Rouges dans le fameux attentat de Via Fani et que les membres de son escorte sont tués.
Comme l’a toujours voulu la famille d’Aldo Moro, que leurs noms soient ici salués : Oreste Leonardi, Domenico Ricci, Raffaele Iozzino, Giulio Rivera et Francesco Zitti.
 
Et bien sûr celui d'Aldo Moro, né le 23 septembre 1916, Professeur Universitaire de Droit Pénal, ex-Ministre de l’Instruction Publique, des Affaires Etrangères, de l'Intérieur, cinq fois Président du Conseil Italien et -en 1978- Président en exercice de la Démocratie-Chrétienne depuis 2 ans.
 
Un guet-apens minutieusement préparé : les deux voitures qui conduisent Moro et son escorte ne peuvent éviter la collision avec la Fiat des BR qui roule devant eux et qui a freiné brutalement.
Le « brigadiste » Mario Moretti sort de celle-ci et se met à tirer, des haies entourant les immeubles voisins surgissent quatre hommes qui font feu. L’action dure seulement trois minutes puis Aldo Moro est sorti de son véhicule (avec ses cinq porte-documents) et emmené à bord d’une Fiat 132 qui s’éloigne précédée et suivie de deux autres Fiat, des 128 celles-ci.
 
Au moins 91 coups de feu tirés dont 49 par une même arme, tous du côté droit de la rue -selon ce que déclarèrent toujours les Brigades Rouges au cours de leurs cinq procès successifs- par un « commando » dont le nombre avoué a varié au fil des auditions de 4 personnes à 10.
 
L’Italie se met toute la journée en grève générale et le nouveau gouvernement est voté, à l'Assemblée et au Sénat, avec une très large majorité (mais sans les voix de l’extrême droite) au soir de cet électrochoc sanglant.
 
 
 
 
 
 
(A SUIVRE)
 
 
NB : Désireuse de relire encore et encore les textes qui composent la suite de cette "Tragédie Italienne" pour éviter au maximum les maladresses, j’ai besoin de temps et ne peux être certaine que mes activités me le donneront quotidiennement puisque je ne fais pas le "pont" en cours. 
En plus, j'ai rédigé d'instinct en italien et je dois maintenant me traduire !!!
Je ne puis donc garantir que ces notes seront publiées sans pause aucune entre elles.
On va bien voir…