AURORAWEBLOG BDSM Chienne fière de son collier à nonos

 

Photo © Rosie Greenway

 

J'avais mis comme barre à atteindre le désir et le plaisir de bloguer (les miens).
Je reprends donc (en pointillés) ce blog qui devient un agenda de manifestations culturelles ou de découvertes artistiques (j’ai grand désir de les promouvoir) ainsi que de chroniques littéraires plus ou moins liées au BDSM (ce sera un plaisir de les mettre en forme) mais où vous ne trouverez désormais plus rien d’intime…
 
 
 
Comme je pense que je n’ai pas le droit de citer des noms, je me contenterai de dire en prologue de cette note que, parmi les membres du Surréalisme, plus nombreux qu’on ne croit étaient ceux qui vivaient des relations sadomasochistes.
 
Il y a quelques années encore, le sadomasochisme ou son avatar BDSM étaient une sexualité ou tout au moins une pratique érotique élitiste.
Et c’était très bien ainsi.
Je n’ai aucune honte à l’écrire.
Par élitiste, il est évident que je ne prends pas l’argent pour mètre étalon mais le cerveau.
Quitte à me faire cracher dessus une bonne fois pour toutes, il me semble en effet qu’à pratique cérébrale, il faut un tant soit peu de cervelle.
Les gens du monde SM avaient alors de la culture et une certaine maturité de réflexion.
Aller dans un lieu SM à l’époque assurait d’y rencontrer des personnes de ce style et uniquement de ce style.
 
Le BDSM est venu se poser comme un préservatif « politically correct » sur le sadomasochisme.
Et il a embrouillé les notions, il les a fermées, cadenassées même, en a rendu cet « état de faits », ce constat que je pose aujourd’hui ici et qui m’amène à dire très clairement que, si ce n’est dans sa représentation artistique ou dans son esthétique (entendu au sens philosophique du terme), le BDSM à donner aux yeux de tous, le BDSM sur blog donc, ne m’intéresse plus du tout.
 
De BDSM, vous ne trouverez à l’avenir sur mon KarmaOS, de temps à autre, que des images et des liens (que « PlayMaster » ou l’ineffable E. pourront à loisir reproduire comme d'hab dans les mois ou les jours qui suivront la date de mes posts sur leurs blogs respectifs) ainsi que le résumé de quelques livres (que personne ne lira puisqu’ils ne sont pas d’un érotisme à la « Défonce-moi, ouiiiii »)…
Mais en dehors de cela, je ne polémiquerai plus, ne forumerai plus parce que sincèrement, et d’une, à mon âge et à l’heure qu’il est, je me fiche totalement des coquelets et des aboyeuses nés de la dernière portée, et de deux, pour moi le (BD)SM est, à ce stade malheureux de son Histoire, un jeu érotique parmi beaucoup d’autres qui ne mérite plus ni que l’on en remplisse des pages, ni que l’on dévoile un peu du sien aux autres.
 
Une personne témoin de la naissance du BDSM en son temps aux Etats-Unis, personne avec laquelle je n’ai pas de contact, a publié un texte à ce sujet que je ne puis reproduire n’ayant aucun moyen d’obtenir son autorisation mais dont je peux résumer l’essence.
Le terme BDSM -suivi peu après de la notion de SSC- s’était voulu dans les USA des années soixante une réaction (honorable) de quelques-uns pour faire scission avec la communauté SM (gay surtout) où les accidents étaient chose fréquente.
L’auteur du texte démontrait brillamment que, non seulement ça n’avait rien changé (Libé, en publiant vendredi passé dans l’avant-dernière « Transversales » de sa série sur les 7 péchés capitaux un article sur l’affaire Marie-Thérèse Samyn afin d’illustrer la luxure -très étrange idée, d’ailleurs, et pauvre luxure !-, nous a prouvé que les dérapages meurtriers dans le BDSM* demeurent possibles ) mais encore que cela avait, au contraire, entraîné tout le folklore des règles et des codes -parce qu’il a bien fallu « remplir » cet acronyme de quelque chose même si c’était avec n’importe quoi- et amené l’avènement, quelques décennies après, de tous les mariages des genres possibles : BDSM et mode Fetish (je me colle en latex et, selon la tenue, me voilà soumise ou Domina pour la Nuit Plastique), BDSM et échangisme (les trios ou quatuors, les gangbangs qui ne relèvent pas du tout du (BD)SM mais qui sont passés de fait dans la check-list comme une lettre à la poste), BDSM et pratiques sexuelles marginales (le fist ou la zoophilie -entre autres- zoophilie qui existait depuis la nuit des temps, demandez aux vieux bergers et aux chèvres des Alpes- et que l’on retrouve là aussi promus (BD)SM par on ne sait quel prodige)…
 
Bref, peu à peu, l’on a nagé dans ce melting-pot et le BDSM s'est transformé en un grand sac pour mettre  tout ce qui avait un côté glauque.
Alors, c’était inévitable, sont arrivés les gens glauques.
Ils ont apporté avec eux leurs problèmes dans un premier temps (je parle ici des « pas clairs » -des deux sexes- qui abordent le BDSM pour combler des failles psychologiques profondes) alors que, contrairement à l’idée répandue de « couple pervers », le couple sadomasochiste est, lui, le couple le plus équilibré qui soit dans la clarté de sa demande réciproque.
Dans un second temps sont arrivés les « chercheurs de bonne occase » qui, en France par exemple, pullulent sur le site SensationSM (ce dernier émanant d’un autre, « IDFLibertine », il n’est pas très difficile d’imaginer ce(ux) à quoi/auxquels je fais allusion).
Et enfin, parce qu’il ne pouvait en être autrement, la « mode » et la presse se saisissant de cette « chose » qui envahissait l’Internet (sites, chats et blogs BDSM, tous semblables aujourd’hui, formatés, normatifs), presque tout le monde y est venu…
 
Ce mercredi est paru le dernier numéro de la revue féminine « DS » (numéro 119, février 2008).
Sous le titre « La petite fessée, vous avez essayé ? Petite fessée pour grand plaisir », il analyse très bien (involontairement) la banalisation, la vulgarisation du SM, les ressorts de cette « nouvelle vague » qu’il nomme le « sadomasochic » (l’article se réfère en définitive très peu à la fessée mais à l’ensemble de ces pratiques que l’on accomplit en « menottes, fouet et loup de satin » avec « sextoys toujours plus ludiques »).
Il ne fait d’ailleurs que suivre son confrère « Sensuelle » (numéro 3 de décembre 2007-janvier 2008) qui avait consacré quelques pages vraiment fesse-tives et plutôt littéraires à « La fessée érotique, jeu de mains, jeu de coquins », jeu surtout à la portée de la main de tous/tes.
Dans le genre opposé en qualité, la palme du ridicule va au premier numéro d’un « magazine féminin sexe et city » -ainsi que se définit ce « Les  Juliettes »- qui se lance -journal hyper-vulgaire- où quatre « témoins » triturent le BDSM pour en dire tout et son contraire, prouvant bien la confusion totale qui règne dorénavant.
 
Nous vivons donc le temps de la surenchère entre amateurs.
Etre BDSM étant devenu encore plus à la pointe de la mode que de posséder un IPOD, il faut les écouter clamer :
« Un Maître, je VEUX un Maître ! », « Deux soumises, il me FAUT deux soumises ! ».
Comme il est là dedans bien peu question d'amour, c’est un temps où il convient de se taire.
 
Nous avions jusqu’alors voulu délivrer aux femmes l’avertissement « Attention ! C’est toujours votre peau qui sera en jeu ! ».
A l’heure où elles paraissent croire que le BDSM « Botox like » est si bon pour la peau justement qu’elles s’y jettent la tête la première en sautant même à pieds joints par dessus le test d'allergie, je considère que je n’ai plus de message à passer.
 
Le premier venu ou la première venue décérébré(e) -il n’y a pas de sexe à la bêtise- quelconque étant donc aujourd’hui adepte de ce BDSM qui s’édicte et s’édite sur les blogs (du « J’écris pompeusement un incontestable Nouvel Evangile BDSM en parlant -posément toujours- de l’échange de pouvoir entre la personne dominante et la personne soumise et pour cela, je m’appuie sur n’importe quel texte que je lis et dont je n’extrais que ce qui peut paraître aller de concert avec mes théories oiseuses. » au « J’ai été imprudente et il m’est arrivé des pépins mais c’était une telle urgence pour moi de devenir soumise que j’ai « essayé » quatre maîtres en sept mois et même que le dernier, c'était un dangereux mouton noir connu de tout le microcosme et je le savais parce qu'on me l'avait signalé et que j'avais bien lu son blog mais, peuchère, moi, j'avais tellement envie de me soumettre comme mes copines que je suis allée à lui et que je me suis laissée « ma-ni-pu-ler » avant de me faire traiter violemment puis jeter comme un mouchoir en papier; regardez-moi bien, lisez-moi attentivement, faites de moi un symbole, j'ai écrit une Charte du BDSM copiée sur la Déclaration des Droits de l'Homme; le moins que vous me deviez, c'est de me soutenir en la soutenant comme le font déjà ma dizaine d'affidés qui vont devenir « parrains/marraines » des débutants soumis/soumises: et n'oubliez pas, je sais de quoi je parle, je suis une victime! »), je préfère laisser la place et la parole à ces dignes représentants de l’air du temps qui sont, selon le premier ou le second cas, soit révéré, soit plainte par tout un troupeau bêlant ...
 
Navrée, mais il ne faudra pas compter sur moi cette fois-ci.
 
Ni Se-Voulant-Pape du BDSM, ni Victime-Marraine ne trouvent grâce à mes yeux.
Je ne vois que des gens soucieux de se faire valoir, de se positionner dans leur paraître.
Effets de mode. Méfaits de mode.
Beaucoup de bruit pour rien.
Et apprentis-sorciers de plus, vu leur aveuglement, leur manque d'expérience et leur bagage de connaissances toutes livresques (qui prend ici le sens de « lu dans les forums »).
 
Quant au parrainage, je l'avais évoqué sur une ancienne note pour montrer ce que cela avait donné comme dérives et rivalités, coups bas et blacklistage, quand il avait pris la forme du « Tutorat » sur le plus grand site BDSM d'Italie.
Mais tiens, en cette froide soirée,  je ferais volontiers le pari que, dans un certain minuscule aréopage, le « Parrain » ou la « Marraine » BDSM risque de devenir pour quelques semaines d'essai (le temps des soldes?), à l'égal du nom de « Maître » ou de « Vrrrrraie soumise », le titre envié d'une nouvelle... mode « sadomasochic » !
 
Qui, heureusement, à l'instar de toutes les modes et comme le disait Cocteau ... mourra jeune!
 
 
 
 
 
 
 
*L’affaire Marie-Thérèse Samyn (que vous lirez en cliquant sur ce lien) est une histoire de jalousie criminelle.
Elle pouvait se dérouler dans n’importe quel univers.
Ici, l’instrument du meurtre est une corde de bondage.
Dans le monde dit « vanille », elle aurait pu écraser sa rivale avec sa voiture.