AURORAWEBLOG Le Magazine Littéraire Les enfers du sexe décembre 2007

                              Scan couverture © Le Magazine Littéraire 12/2007
 
 
 
L’introduction de cette note a été finalement autocensurée.
Ben oui ! Et en plus ça va tout à fait avec ce post…
Disons qu’après avoir vu sur un blog BDSM ce soir la ridicule critique des carnets « Jeune mariée » de Catherine Robbe-Grillet (un journal intime de tout de même 568 pages publié chez Fayard) faite sur la base de la seule lecture d’extraits de ce livre sur la page d’un critique, extraits eux-mêmes cités ensuite sous forme d’extraits (!!!), j’y conseillais aux blogueurs BDSM -et aux autres -parfois tentés de faire comme cette personne de ne pas oublier que le « droit » d’émettre une opinion (positive ou négative) sur un livre passait par la « lourde » peine de…le lire soi-même!
 
 
 
En marge de l’exposition « L’Enfer de la Bibliothèque, Eros au secret » à la Bibliothèque Nationale de France (BNF) dont j’avais déjà touché un mot ici, « Le Magazine Littéraire » sort son numéro de décembre en consacrant cette fois-ci son habituel dossier aux « Enfers du sexe ».
 
J’aime beaucoup cette revue mensuelle à laquelle je suis abonnée depuis mes seize ans, je la trouve accessible à tous de par son prix mais aussi de par la remarquable teneur de ses articles, toujours complets et sérieux sans être ni austères, ni pompeux.
 
Une seule remarque -puisque j’ai choisi d’illustrer cette note par un scan de sa couverture- le sous-titre « De Sade à Houellebecq » est très mal choisi et réducteur.
Il ne reflète en rien ce que contient ce numéro qui est parvenu à offrir un panorama quasi exhaustif de « L’Enfer » littéraire (les mots soumis au sexe -ou peut-être s’agit-il du sexe soumis aux mots- ceux dont on ne sait jamais avec certitude s’ils sont érotisme ou pornographie), vu sous toutes ses facettes : la chronologie certes mais aussi la rhétorique, la philosophie, le droit, les genres et une incursion dans les domaines voisins de l’écriture : les arts graphiques et visuels.
En prime, un « tour du monde » de la littérature d’Eros.
Des Enfers d’ailleurs. De partout.
La sexualité et sa représentation. De quoi nous donner du désir…de lire et de lire encore et même de…relire !
 
Hommage à ceux qui écrivirent et qui écrivent* (de Villon à Christine Angot), main tentatrice tendue vers ceux qui écriront.
Hommage à ceux qui publièrent (aux bons soins de Michel Delon, un admirable portrait de Jean-Jacques Pauvert -je recommanderai une fois de plus son autobiographie « La traversée des livres » chez Viviane Hamy)-, et à ceux qui inventorièrent comme Pascal Pia ou aujourd’hui Bernard Joubert.
Rappel des autodafés (c’est ainsi que furent perdus la majeure partie des manuscrits de Sade), témoignages sur l’hypocrisie (les livres mis sous scellés étaient souvent revendus ou offerts comme un présent de choix par ceux qui étaient censés les mettre au secret).
Rappel du fait que tout ce qui transgresse, que tout ce qui est subversif (et la littérature traitant du SM ou du BDSM n’est donc pas en reste ici) en matière d’érotisme et de sexualité au travers des époques ne se départ jamais d’un rapport avec le pouvoir en place.
 
Confiée à la plume de maints intervenants, voici la réflexion que l’on attendait en ce début de millénaire sur le bilan d’un passé lointain ou tout proche mais qui déjà n’est plus.
A l’heure où les portes de l’ « Eros au secret » s’ouvrent, qu’y a-t-il dans l’Enfer et vers où ces portes -symboliquement ouvertes- nous entraîneront-elles demain ?
 
Je citerai seulement les dernières lignes de ce dossier, épilogue intitulé « L’Enfer, quelle direction ? ». Elles sont rédigées par Charles Dantzig :
 
 
« [...] La littérature est hors du domaine de la morale. Vieille histoire tout ça, déjà entendu, fatigant. Sauf que ça bouge. Au second tour de l’élection présidentielle, nous avons eu deux candidats des valeurs. Sauraient-ils distinguer la fonction masturbatoire de la fonction littéraire ? Dans notre monde enragé d’interdire, et devenu un curieux mélange de rétrograde et de porcherie, je sens venir, comme l’abbé Blanès, d’étranges orages. »
 
 
 
 
 
*On y trouve notamment une recension élogieuse de « La Nuit sexuelle » de Pascal Quignard (dont je ne peux rien dire tant que le Père Noël n’est pas passé) et une autre, fort critique, de « Un roman sentimental » d’Alain Robbe-Grillet mais -ô miracle !- pour une fois centrée sur des arguments uniquement littéraires…