AURORAWEBLOG Sade manuscrit original d'une lettre à sa femme

                           Partie d'une lettre manuscrite du Marquis de Sade à sa femme.
 
 
 
De Sade, dont on ne répètera jamais assez à quel point il n’est pas aimé dans le monde des adeptes du BDSM, Philippe Sollers avait écrit en 1995 :
 
« Il existe au moins un livre, dans la littérature universelle, auquel il est impossible de s’habituer : Les Cent Vingt Journées de Sodome ou l’Ecole du Libertinage.
Qu’il soit aujourd’hui disponible en « Pléiade », sur papier bible, ne change rien à sa rayonnante monstruosité. Accepté, Sade ? Rangé ? Compris ? Vraiment lu ? Mais non. Nous le savons, et nous ne voulons pas le savoir. Je pourrais immédiatement en copier ici des passages insoutenables, intolérables. Sade en CD-Rom, Sade réellement illustré ?
Allons donc. Redisons simplement, avec Maurice Heine, son premier éditeur de 1931 : « Il faut plaindre ceux qui, de cet effort exemplaire vers la plus féroce analyse de l’être, ne peuvent ou ne veulent retenir que des obscénités à leur taille. »
 
A cette heure où, parmi tant d’autres choses, un de ses rares manuscrits originaux va être présenté dans le cadre d’ « Eros au secret », on serait en droit de se dire que Sollers n’avait pas tort si l’on remarque le style avec lequel Frédérique Roussel -qui était chargée hier par le quotidien « Libération » de présenter l’exposition « L’Enfer de la Bibliothèque »- a écrit sur Sade :
 
« Avec Sade, le plus connu et pourtant le moins lu des résidents de l’Enfer, la cruauté va se mêler au désir. Est présentée sous verre la version originale de La Nouvelle Justine, arrivée anonymement à l’Enfer et dont l’écriture manuscrite fait encore frémir. »
 
Frémir ? Grands Dieux ! Se peut-il que la pièce ait été mise sous cloche, "embastillée", pour éviter la propagation de quelque épidémie de "frémissements" pas tout à fait grippaux mais bien plus délétères ?
 
A la vérité, les manuscrits originaux de Sade sont rares : il y a donc celui-ci, cette "Justine" possédée par la France dont j’avais illustré ma note du mois passé sur l’initiative de la BNF et celui des « 120 journées de Sodome » qui, hélas, n’appartient pas au patrimoine français mais à un collectionneur privé genevois…
Le reste des oeuvres manuscrites a été détruit ou définitivement perdu.
On trouve par contre encore dans des ventes aux enchères (entre 6800 et 3800 euros selon la teneur) des lettres de la main du Divin Marquis comme celle reproduite ci-dessus et adressée à son épouse depuis la Bastille afin de lui réclamer des livres.
 
De cette écriture, il n’y a pas de quoi frémir même pour qui n’est pas graphologue…sinon à nous rendre compte de combien le papier était compté pour cet homme qui passa sa vie en prison et qui devait toujours utiliser la feuille dans toute sa largeur.
 
Absence de marges pour le seul écrivain au monde qui, c’est un fait, ne sortira jamais de la marge...