BDSM Métaphore
                                                Photo © Jerry Uelsmann
 
 
Réanne aurait pu continuer à ramasser des coquillages indéfiniment, elle ne se fatiguait jamais de danser, aussi transparente qu’une libellule qui chatouillerait la peau du jour.
 
Les vagues ne lui faisaient plus peur, même celles qui montaient très haut avant de venir percuter le sable comme un coup de fouet, comme une gifle, un rappel de la puissance de l’océan.
Elle pouvait perdre tout son temps, tout le temps qu’elle voulait, encore et encore avant la tombée de la nuit.
 
Elle savait que le pain pour le soir reposait chaudement, tout prêt dans le four.
Et le pain du désir était chaud dans le four du cœur, prêt dans le four du rêve et depuis des années.
Petite vestale fluette, elle avait appris avec le temps à s’attendre à tout et à ne plus compter sur rien.
 
Réanne était une femme étrange, elle se nourrissait l’âme de petites émotions mises en pièces du bout des canines et puis longuement mastiquées avec cet ajout de piment ou d’huile piquante de quelque névrose enfouie.
Elle avait le pouvoir de traverser l’espace et le temps et de poser un regard plein de buée sur les ruines d’un autre monde sans jamais se lasser.
C’était un jeu appris longtemps auparavant, l’écrin des évasions, la tanière bien cachée d’une enfant triste.
 
Quand l’homme aux cordes était arrivé, Réanne avait ouvert son cœur en deux. Sinon, comment aurait-il pu contenir tout l’infini en un seul muscle?
 
L’homme aux cordes avait beau venir du pays des loups, il connaissait l’amour et il savait que cette femme d’océan avait dans ses mains le songe d’un nid et d’un oiseau, un petit plumage doux, presque un duvet, odorant de fleurs et d’abîme.
Il ouvrit les bras, il déplia son manteau de nuit et de steppe pour qu’elle s’y sèche de la dernière vague prise et pour qu’elle s’y réchauffe.
 
Et lui, il accepta le pain du four.
 
Peut-être -se dit Réanne- que l’on peut parfois compter sur quelqu’un…
 
« Viens, je te servirai de forteresse et de berceau. Entre mes liens, tu écouteras mes berceuses et il n’y aura jamais plus de lames de fond, de larmes sur des hiers amers à avaler d’un seul trait. »
 
Elle saisit alors le rêve et en fit du pain pour tous leurs jours à venir, elle laissa les nœuds de glace du passé fondre et être remplacés par le chanvre d’amour.
 
Et elle le laissa venir en elle.
Jusqu’au cœur.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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