Trompe l'oeil de masques sur la façade d'une maison en colombages à La Rochelle

Photo perso : Un trompe l’œil sur la façade d’une maison en colombages à La Rochelle

                                  (Petit clin d’oeil à ce cliché chez Fleur d’Atlas)

 

J’aime les masques.

Entre corset, cordes et lanières, ils sont à mon sens l’une des plus belles parures du BDSM.

Je sais qu’ils éveillent en moi l’écho des fêtes de l’hiver vénitien et que le Carnaval dans la ville sur la lagune est fantasmatiquement l’immense théâtre que je donne à mes images érotiques intérieures.

Je possède bien des masques, l’un fait de cuir, l’autre de plumes, un autre encore venu tout droit de Venise justement et tous ceux que je peine à décrire…

Que se passe-t-il sous le masque ?

Il peut avoir deux fonctions selon sa forme, celle d’empêcher de voir ou  celle d’empêcher d’être vue.

Il y a une formidable charge érotique dans les deux.

Ne pas voir, cette privation d’un acte sensoriel en réveille et aiguise bien d’autres, jusqu’à les affûter à l’extrême.

Si je ne Le vois pas, je L’entends, je Le sens, je L’imagine, je Le crains, je L’espère dix mille fois plus fort…

Ne pas être vue, c’est la pointe la plus aiguë de la liberté. Je suis méconnaissable, je peux m’autoriser toutes les extravagances, oser toutes les folies devant un public qui ne me « saura » pas.

Aujourd’hui le Carnaval de Venise, sinon dans quelques fêtes de palais tenues bien au secret, ne revêt plus la charge d’explosion libertine qu’il avait au XVIIIème siècle. Casanova s’est éloigné dans la brume.

« Eyes Wide Shut » n’est pas à mon goût un très grand Kubrick. Cependant, les quelques minutes de la scène de la « soirée privée » sont un morceau d’anthologie érotique : des femmes masquées placées en cercle se déshabillent et choisissent un compagnon dans la foule masquée elle aussi.

C’est d’un esthétisme suprême et d’une tension dramaturgique exacerbée. Excitant cérébralement, bien plus que ne le sont les 46 secondes d’orgie qui suivent.

C’est seulement un peu après celles-ci que le masque retrouve sa nature, lorsque le protagoniste, intrus parmi les participants,  est découvert et que Kubrick cadre en plan serré les masques menaçants qui s’approchent de lui, laissant s’installer le mystère et la peur.

Un instant oppressant. Le moment le plus fort de ce film aussi.

 Un « phantasme » exigeant qui me resterait à vivre ?

Ce serait précisément celui-ci. Que mon masque tombe par mégarde devant une assemblée BDSM festive ou chacun aurait gardé le sien et porterait soudain sur moi le regard inhumain et pénétrant des étranges étrangers…

Et Tu me protègerais d’eux, tout en ne me le faisant pas sentir.

Ne vous méprenez pas : cette fantasmagorie n’est pas exempte d’amour.

Peut-être que l’érotisme BDSM a beaucoup de ça, du risque calculé …
Un calcul que l’on remet totalement entre les mains de l’autre.
Domination. Soumission. Echange de pouvoir.
Mais romantiquement consenti…