BDSM Domination

                                                 Photo © DeadClown
 
Une fiction, pas plus, comme bien d’autres déjà écrites, un essai de saisir les lignes de fuite d’un personnage qui est celui du « roman » qui se tisse quelquefois sur ce blog…Histoire de rendre, peut-être, le tragique de tout dominateur BDSM quand il ne sait pas assez « traduire » sa part de fragilité…
 
 
J'ai fermé les yeux pour ne plus rien voir
J'ai fermé les yeux pour pleurer
De ne plus te voir.

Où sont tes mains et les mains des caresses
Où sont tes yeux les quatre volontés du jour
Toi tout à perdre tu n'es plus là
Pour éblouir la mémoire des nuits.

Tout à perdre je me vois vivre.
 
Paul Eluard – L’Amour La Poésie – 1929 - Gallimard Editions –
 
 
 
Jure-moi que tu seras, pour tout le temps qui me reste à vivre comme une main cachée sous ma peau. Que tu me suivras, pour toujours, de loin comme un feu qui jamais ne s’éteint. Jure le moi, maintenant alors qu’il est sûr que plus rien n'est à sauver. Rien.
J’ai essayé mille fois des semaines et des mois de frapper à ta porte. Plus aucune réponse ou, pire encore, de simples, trop simples, mots froids et lointains.
 
Ma Fleur de Lyse, mon aubade, mon entre-prise, ma soumise…
Soumise ?
Toi qui, jadis te soumettais à moi comme aux « quatre volontés du jour ».
Eluard. Je suis sûr que cela te dit encore quelque chose.
 
Je suis trempé jusqu’aux os d’avoir attendu pendant des heures cette nuit.
Attendu au hasard. Car aujourd’hui, je ne connais même pas ta nouvelle adresse.
Des détails, qui se sont croisés, un filament qui s’est tissé, des choses que l’on a pu me dire, des coïncidences, des recoupements.
Tu devrais être ici. Tu pourrais aussi ne pas y être…
Et j’attends.
 
J’attends comme guidé, à la fois attiré et repoussé par d’indéchiffrables orbites et gravitations.
Sur l’avenue, les branches des platanes et des ormes ouvrent des bras désolés. Ces arbres qui ploient sous l'averse semblent baisser la tête, muets.
Je repère, transis, trois chatons complètement désorientés sous un porche. Et moi, là, figé dans l’ombre, j’ôte mon imperméable, je vais vers eux et je les abrite, je les rassure, j’essaie de les protéger des éclairs et du son du tonnerre qui se rapproche.
 
Ne te demande plus le pourquoi de mes disparitions, de mes retours, de tes questions sans réponse, de ma volonté de te posséder à l’envi, de te faire pleurer des larmes qui n’étaient pas de pluie, des coups que je t’ai parfois portés alors que tu ne demandais plus rien, seulement pour te voir m’appartenir un peu plus encore, toujours un peu plus…
Ce n’étaient rien d’autre que les caresses que je porte ce soir dans ces trois pelages tièdes et apeurés. La dépendance de l’autre, c’est toujours une certitude de plus sur soi.
Vaine, ô combien vaine.
Mal d’amour, mal amour, mâle amour…
Car qui dominait qui? Et comment cela aurait-il été supportable à mon orgueil ?
Même ce mot d’aimer, je n’aurais pas pu le dire tant je me le serais arraché comme un crachat.
Je préférais t’emplir de ma salive, enflammer de son sel  les traces que tu gardais de nos folies.
Et le couteau posé sous la gorge, c’est sous la mienne que, sans le savoir, sans le vouloir, je le posais.
 
Tu sais tout à présent de mes précieuses tentatives inabouties de te dire, de te vivre.
Elles nous amenaient à chaque fois sur des rivages arides, épuisés et sans plus de souffle. Ne me reproche pas les directions complètement contradictoires que je nous fis prendre.
Je connais jusqu’au goût de la lie le prix de ma pathétique résistance à ne pas vouloir aimer alors que je n’aimais que toi.
 
Il n’y a, somme toute, qu’une passion à oublier. Des lèvres chaudes avec un goût de musique tandis que tu fredonnais, le plissement adorable à l’ourlet de tes yeux, toi assise en face de moi à la terrasse d’un café…
Tout cela, n'est ce rien? N'est-ce vraiment rien?
 
Une femme âgée est sortie dans la nuit, elle imite un miaulement, on croirait un pleur d’enfant.
Je vais vers elle et je lui tends les chatons, je lui dis de garder l’imperméable.
Je pars à toute vitesse sous la pluie qui redouble.
Elle m’a regardé avec frayeur comme l’on regarde un fou et pourtant dans mes yeux , il n’y avait rien qu’une lueur pour toi, une force ténue dont je voulais que, comme un souffle, elle t’apporte, où que tu sois, une pensée qui soit pour un instant une présence.
 
Et me voici pris de l’ivresse d’un fou rire soudain qui s’atomise dans l’air comme l’écume d’une bière, comme les bulles d'un Champagne qui béniraient avec dérision et rendraient sacré, par l’offense que je te fis, tout ce temps qu’il me reste à vivre cette vie sans toi inutile.
 
 
 
 
PS : Je vais de ce pas sur U-blog placer dans mes commentaires quelques mots sur les « profils d’utilisateurs » de KarmaOS.