nu couché à terre

                                                                    Tableau © ???

 

 

 

Quand il avait fallu te donner un nom de soumise comme c’est l’habitude, je n’étais pas allé chercher du côté de la mythologie, pas plus que de celui de la faune.

Même si rien ne m’a jamais paru répugnant dans les jeux BDSM, je n’aurais jamais eu l’idée de te nommer « Chienne aux abois ».

C’est « Lointaine » qui m’était venu à l’esprit.

Puisqu' il n’y a pas de hasard, on parlera d’inconscient et même d’inconscience et d’inconstance.

 

Remontons les mailles à l’envers.

Inconstance parce que cet « éloignement » m’allait bien à moi, adepte des tiroirs, maniaque des cloisons, qui voulus toujours séparer mon donjon de ma maison.

Inconscience parce que je ne me suis jamais demandé ce qu’un tel nom pouvait te suggérer, s’il allait ou non te prédestiner comme parfois nos vrais prénoms ou noms de famille nous entraînent vers…

Inconscient enfin parce que de qui te voulais-je « lointaine » ?

De moi ou des autres ?

 

Evidemment, maintenant tu es lointaine pour de bon.

Et j’aurais beau dire et redire que ce n’est pas cela que je cherchais, mes paroles se perdront dans le vent. Sur ce versant des choses que l’on nomme la réalité, tu ne peux plus m’entendre.

 

Pourtant, il t’arrive d’être là parfois.

Aujourd’hui, tu es venue avec le vent de l’orage.

 

Il a ouvert la couverture d’un dossier dans mon bureau et trois photos se sont échappées.

Elles sont tombées à l’envers. Je me suis baissé pour les ramasser.

J’ai eu un coup au cœur.

C’était toi.

Un regard masqué par un bandeau sur la première,  une mimique de crainte durant une séance sur la seconde et enfin une photo de nous deux entre des amis dans un café des bords de Seine.

Tu y es souriante.

J’ai gardé cette dernière entre mes doigts longtemps. 

A travers ce sourire, que désirais-tu me dire ?

Que nous nous reverrions ? Bien sûr, je le sais que nous nous reverrons, que j’entendrai encore ta voix. Cela arrive pratiquement toutes les nuits.

 

Je regardais ton visage serein de ce jour-là. Et le mien.

Heureux comme des fous. C’était au tout début. Quand tout était encore entier devant nous.

Et ces amis témoins de ce bonheur qui débordait de partout.

Ils devaient me dire plus tard combien nous leur avions fait peur alors.

Ces amis étaient avant tout mes amis. Ils connaissaient ma femme et mes enfants.

 

Que voulais-tu me dire aujourd’hui en te jetant ainsi en trois exemplaires de mon bureau sur le parquet comme aux temps où tu retombais, lourde et affalée, lorsque d’épuisement je lâchais la badine ou le fouet ?

 

Je t’écoute. Je suis ici. Tu me vois ?

 

« Lointaine ».

En choisissant ce nom, j’avais déjà tout écrit.

Un fou qui n’avait pas pensé que l’on ne réussit jamais à toucher et encore moins à retenir ce qui nous est distant de plus d’un mètre.

Alors, les choses ou les êtres « lointains »…

 

Il fait un froid impensable pour un mois de juillet à Paris ce soir.