BDSM submissive tristesse

                                                                    Photo © Gothic Fox

 

 

Je continue d’écrire ma série de textes sur une rupture.

C’est un sujet qui m’inspire parce qu’il me paraît intéressant de décrire cet instant essentiel où l’on se retrouve nu et face à soi.

Si j’avais été romancière, nul doute que j’aurais choisi cela comme thème d’un livre.

Moi, je me contente de fouiller petit à petit mon esprit et de presser cette orange, lui faisant rendre des jus chaque fois différents au travers de mes petites fictions instantanées et sans aucune prétention.

Comme une rupture me semble plus « tragique » encore en BDSM du fait de la notion d’appartenance -mais aussi parce que cela me permet, quant aux préjugés qui  touchent à notre communauté, de faire le net distinguo entre douleur et souffrance- c’est « chez nous » que je les situe…

D’habitude, je construis mes brèves histoires au masculin. Cette fois, j’ai essayé de changer de point de vue et d’adopter le féminin ainsi que de composer un mélange de "elle", "je" et "tu"..

Ceux qui liront ce texte considèreront donc qu’il est le miroir de celui-ci.

 

 

Vendredi 23 février.

 

La journée arrive à son terme ou presque.

Et la soumise, comme toujours, a trouvé dans l’une de ses poches magiques la force de  se faire coquette.

Elle a attendu en vain son Maître ou bien il est venu et l’a déçue.

Il lui avait promis en présent un collier flambant neuf mais hélas, il a oublié le rendez-vous ou bien égaré le collier.

Oublié, perdu comme il est lui-même dans son rôle de Maître vrai et dur.

« Je suis un Maître sans tache et sans peur » m’avait-il dit un jour, « et donc jamais je ne montrerai la moindre faiblesse à ton égard, tant sont nombreuses les courtisanes qui se pressent à mes pieds et puis, j’ai déjà ma reine de trèfle…Tu voudrais être une reine de cœur, souviens-toi seulement d’être une bonne soumise ».

Alors, pour aujourd’hui et, elle l’espère vraiment, pour aujourd’hui seulement, la soumise a accepté cette réalité et est sortie en ville pour se faire elle-même un petit cadeau : un pantalon de cuir. Et il lui est apparu soudain qu’elle ne pourrait jamais le porter comme s’il était fait de peau humaine.

Parfois des soirs comme ce soir, je pense que je devrais te quitter avant que tu ne me quittes, que je devrais te rendre ces deux anneaux d’or qui pendent à mon sexe car je sais que rien ne changera jamais et que tu demeureras toujours sourd ou bien distrait par je ne sais quelle chimère.

Puis soudain l’idée de notre adieu me devient comme inacceptable et je me surprends à attendre, fébrile, la musique de mon portable.

 

 

Samedi 5 mai.

 

Un mois est passé quasiment et cette nuit j’ai rêvé d’une chambre mortuaire pleine de cercueils capitonnés de blanc.

Des cadavres continuaient à arriver sans fin et ils étaient si nombreux que nous avons dû sortir…

 

On attend toujours avec crainte l’arrivée de la souffrance dans nos vies.

La souffrance causée par la perte de quelqu’un de vraiment cher. Par des adieux irrémédiables.

Et quand elle arrive, ce n’est jamais comme l’on s’y attendait et tu restes alors surpris à observer tes réactions.

Celles-ci ne sont pas toujours aussi violentes que tu ne le pensais ou suivies de manifestations de désespoir.

Elles peuvent être bien plus subtiles parce qu’elles se meuvent doucement au dedans de toi en ouvrant peu à peu de petites mâchoires qui deviennent à chaque seconde plus grandes. Lentement, lentement, comme la torture infligée par la goutte d’eau qui tombe sans cesse, plic, plic, plic et qui inexorablement corrode ton crâne.

Et bien que la vie t’appelle, tu fais semblant de ne pas l’entendre car tu sais qu’au fond de toi, tout est en train de s’effondrer, de partir en morceaux.

Tu cherches de toutes tes forces un remède et à un certain point, tu t’assieds parce que tu pressens que les gouttes d’eau finiront bien par cesser de tomber et alors, résignée, tu attends le moment où ton temps devra bien sortir de l’ombre du cauchemar et où sur la scène apparaîtront de nouveaux profils, de nouveaux horizons.

 

Ce sera une longue veille.

Du haut des tours de mon manoir, je laisserai pousser ma chevelure jusqu’à ce qu'elle atteigne terre et que mon Prince, mon Maître, mon Elu passe et ainsi je pourrai le faire monter et avec lui ouvrir en toute gloire les portes du donjon…