BDSM Bondage Erotisme

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Titre en hommage à Peter Handke…

 

 

Tu dors.

J’ai fait un plein cet après-midi, ainsi qu’une vidange.

Les niveaux et la pression des pneus ont été vérifiés.

Mon passeport est dans un sac au fond du coffre.

 

Et je pars, ma petite lionne des ombres...

 

Pour comprendre le livre du monde, il n’est pas nécessaire d’avoir étudié la philosophie.

Il suffit de regarder attentivement autour de soi avec des yeux pleins de fièvre.

Dans la banalité de passer les heures les plus normales, il y a déjà tout.

Les symboles, les panneaux indicateurs, les sens giratoires et même les placards publicitaires au bord des autoroutes où il est écrit « Ceci est pour toi »…

Il n’est pas donné à tous de les lire, c’est même une chose douloureuse.

On n’en connaît pas le pourquoi. Mais il en est ainsi.

 

Et je pars, ma petite vouivre des étangs…

 

Lorsque nous nous sommes connus, il a suffi d’un coup d’œil fugace, d’une parole complice, d’un code secret.

Assis au comptoir de ce bar, nous avons au même instant relevé la tête et, d’un coup de menton, capté un sens caché dans ce qui n’était peut-être qu’un hasard, une rencontre quelconque entre deux habitués de ces lieux nocturnes où l’on vient pour boire et oublier et boire encore.

Tu portais une robe chinoise rouge fendue jusqu’en haut des cuisses. Elle était comme un livre ouvert sur les premières lignes noires d’un tatouage japonais.

 

Et je pars, ma petite panthère d’Asie…

 

Tu as saisi la fourche d’acier qui servait à piquer le bout de citron au fond de ton verre et d’un coup, en me regardant droit dans les yeux, tu l’as plantée sans appel au dessus de ton avant-bras.

Je te l’ai prise des mains et j’ai relevé ton défi sans lâcher ton regard.

Puis nous avons mêlé nos poignets sanglants et sans faire de bruit ou de cérémonie, sans déclarations officielles devant des témoins, sans signer de contrat, nous nous sommes adoptés pour toujours.

 

Et je pars, ma petite tigresse des soirs de pleine lune….

 

Ensuite, à chaque fois que nous nous sommes affrontés en duel, à chaque fois que nous avons été sur le point d’enfoncer la lame en profondeur dans le cœur de l’autre, nous nous sommes souvenus de ce pacte et toujours le venin a laissé la place à l’antidote.

 

Mais je pars, ma petite vipère des sentiers…

 

J’ai dans la poche intérieure de mon parka, un peu jauni, un peu froissé, cet exemplaire de « Miso Soup » de Ryû Murakami que tu m’as donné dès le premier soir chez toi.

Il ne me quitte jamais.

 

Je mets la clef de contact puis j’allume les phares.

 

 

Et je pars car tes liens sont devenus les miens.

 

 

 

 

PS : Non à l’abstention ou au vote blanc le 6 mai

http://www.u-blog.net/oiselle/note/41