H COMME HETEROSE ...

 

 

Le monde BDSM doit bien être le seul "lieu" où, pour une femme, se dire hétéro provoque autant de stupeur.

 

« -Tu n’es pas bi ?

-Non.

-Ah ! Bon… Tu es sûre ?

-Oui. (elle sourit).

-Mais toutes les femmes sont bi !

-(elle sourit)

-Moi, je suis sûr(e) que tu refoules !

-Mais non !

-Tsst ! Je sais bien ce que je dis. »

 

Entrez dans un club en couple : il y en aura toujours un autre là, au bar. La femme vous regarde, jette un regard de connivence à son partenaire, puis vous aborde et se révèle bien déçue lorsque au détour de la conversation, elle demande « Tu es bi ? »…

Généralement, elle est tellement surprise qu’elle se retourne vers le « Maître » de « la chose »… Il doit confirmer. Là, on commence à y croire. Et à vous regarder comme une anomalie.

 

Une soumise ! Pas bi ! On n’a jamais vu ça !

Et alors, son Maître, il fait quoi ?

Il devrait l’obliger !

C’est une soumise, donc elle DOIT être bi et le Maître se doit de l’éduquer pour ça !

 

Jamais l’idée que le Maître peut ne pas rechercher le spectacle classique : non, ça non plus.

 

En général, c’est le flop total puisque en effet, ce qui est demandé, c’est le jeu à quatre où chacun des deux messieurs en profite pour « tâter » un peu de la dame de l’autre…

Quant aux femmes, puisqu’elles sont « naturellement » bi, elles y prennent le plus grand plaisir….

 

Alors, oui, je suis, moi, cette anomalie.

Les autres femmes, je les trouve belles, j’aime bien leurs postures de soumises, j’aime bien les voir ainsi…

De là à vouloir toucher ! Ou qu’on me touche !

Je suis devant le tableau qu’offrent deux soumises ensemble comme devant une œuvre d’art : j’admire la finesse des traits, l’harmonie des gestes, la lisseur du marbre… Et comme tous, je reconnais que cela offre un spectacle très esthétique.

J’emporte cela dans mon regard. Quant à désirer être dans le tableau… On peut aimer « Les Demoiselles d’Avignon » sans regretter de n’avoir pas posé pour…

 

Mon ex, obsédé par « une femme avec une femme » m’a emmené chez des Dominatrices professionnelles par deux fois. Il s’est sans doute bien rincé l’œil. Mais de pas grand chose. Je n’ai jamais voulu qu’elles posent la main sur moi. Tout s’est passé à travers les « instruments classiques ». Et puisque je parlais de marbre, c’est moi qui suis restée de…

 

Je suis hétéro pure souche, le corps d’une femme et sa voix m’émeuvent. Mais seulement dans une espèce de sororité. Rien qui ressemblerait au désir . Celui-ci, je ne l’éprouve que pour le sexe opposé et depuis toujours.

Voilà, c’est comme ça.

Et c’est ce que j’ai toujours eu le plus de mal à faire admettre dans  le « milieu »…

 

Je me souviens d’une discussion de fin de soirée dans une boîte.

Arrive l’heure du départ. Les hommes se serrent la main. La dame et moi nous embrassons sur les deux joues. Et voici qu’elle me jette un regard complice mais triomphant en disant : « Et bien ! C’est un début ! »…

 

Difficile de me faire admettre comme je suis.

 

Vous connaissez tous les viroses, les mycoses, les nécroses.

Moi, pour le monde BDSM, je suis atteinte d’une maladie dont on ne guérit pas : l’hétérose…