Lectures amoureuses Gallimard Folio

                                             Photo Coffret "Lectures amoureuses" © Folio Gallimard

 

 

 

A l’approche de Noël, je trouve enfin une bonne occasion de renouveler mon annuelle habitude (généralement automnale) de chronique littéraire.

Si elle n’a pas eu lieu en temps et date cette année, c’est tout simplement parce que les sorties dites « érotiques » de la rentrée étaient à pleurer et que se posait la question : en parler pour en dire du mal, à quoi bon ?

Aussi ai-je fini par voir une issue dans cette date symbole de cadeaux : pouvoir conseiller ici cette semaine des livres qui me plaisent vraiment et qui ne relèveront pas tous forcément du genre érotique et encore moins du sous-genre BDSM.

Le titre est ici pour le signaler.

Les lectures d’une soumise BDSM sont avant tout des lectures…

 

 

Un coffret pour commencer, à 10 euros qui plus est : Folio, comme il le fait toujours dans cette période-clé, sort ses jolies boîtes qui renferment des trésors.

Cette année, il nous emballe (dans les deux sens) pour ce rouge paquetage, « Lectures amoureuses », de cinq courts textes de Maîtres… de la plume !

Le moyen de nous souvenir justement qu’ « écrire érotique » est un art littéraire qui n’a rien à envier aux autres…à condition que cette écriture soit de qualité (ce qu’a totalement perdu de vue la production actuelle chez les éditeurs dits « du genre »).

 

On commence par un conte chinois anonyme du XVIIème « Le poisson de jade et l’épingle au phénix ».

Ponctué de poèmes, celui-ci nous narre dans un langage aussi beau et raffiné qu’une porcelaine chinoise les amours contrariées de Xu et de la belle Rongniang qui ne pourront s’accomplir qu’après un parcours très libertin du jeune homme.

Délicieux, délicat, une perle rare….

 

Nettement plus « cru » (et le seul de l’ensemble à être ainsi), « Les exploits d’un jeune don Juan », de Guillaume Apollinaire ou les truculences d’un jouvenceau en son « Château ».

Roger saura utiliser sa puissance juvénile pour « fertiliser » les terres de la maison de campagne où il passe ses vacances.

Apollinaire reste cependant ici entre les lignes le poète des « Poèmes à Lou » (comme l’Aragon du « Con d’Irène » n’est autre que « Le Fou d’Elsa »), l’érotisme n’étant qu’une autre manière d’écrire et la vie et l’amour.

 

Savoureuses, les nouvelles de Maupassant : « Le verrou et autres contes grivois ».

Là, pas moyen de verser dans le détail de la narration.

Elles sont en effet au nombre de sept.

Il n'y aura qu'à dire que celui qui maîtrise l’art de la nouvelle sait la ciseler sous toutes ses formes et que le recueil s’achève sur la très humoristique « Les Tombales » que, je pense, beaucoup connaissent déjà…

Maupassant, il suffit que l’on nous en lise un paragraphe pour que nous le nommions aussitôt...

Ces nouvelles ne dérogent pas à cette caractéristique.

Un « libretto » de grande qualité donc au centre de ce coffret.

 

Très souvent citée dans les anthologies, rarement disponible à la vente en solo, la « Confession d’une jeune fille » de Pidansat de Mairobert (tout un programme à écouter son "nom" seul), bref roman sur les amours débridées d’une personne du beau sexe qui vont d’un saphique départ jusqu’à une fin en « entretenue », répond à toutes les lois du roman libertin du XVIIIème, notamment par son style.

Sade -pourrait-on dire- n’est pas bien loin….

 

Il est en fait dans le dernier petit livre.

Il s’agit d’ « Ernestine », une « nouvelle suédoise », tirée du célèbre recueil « Les crimes de l’amour » (1800).

Ceux qui ont lu « tout » Le Marquis ne me démentiront point.

Ceux qui ne le connaissent que de nom peuvent par ce texte aborder à son œuvre.

Il contient la quintessence de Sade même s’il n’est pas dans ce récit une seule page, une seule ligne qui puissent heurter…

Deux couples, le Comte Oxtiern et Madame Scholtz, Herman et Ernestine : c’est le vice opposé à la vertu, ce sont les quatre points cardinaux sadiens.

Quant à la fin si « morale », elle est le clin d’œil sardonique que l’on connaît bien, dans certains de ses textes du début du XIXème, de la part de celui qui a déjà écrit …tout le reste de son oeuvre!

 

On trouve de tout au fil des pages de ces cinq minces petits livrets : de l’érotisme classique, des accents de Sapho, des fessées et de la flagellation…

Un cadeau à se faire à soi-même, à offrir à son Maître, à sa soumise, à son amant, à sa douce, à sa meilleure amie, aux copains qui vous invitent pour le réveillon…

C’est de la vraie littérature érotique que vous mettrez dans les mains de celui/celle qui sera votre destinataire et c’est un présent sans prix, à cette heure où l’on ne sait plus ce que ces deux mots veulent dire et où l’on confond niaiseries en « prêt-à-bander » (label garanti) et « érographie »…

 

 

 

« Elle se déshabilla et écarta d’elle-même ses cuisses, adoptant la posture suggestive permettant au jeune homme de se mettre à l’œuvre. Celui-ci contempla dans le détail le léger fard de la jeune fille, son corps fragile, son sein odorant, sa taille menue, son cou rosé, ses lèvres de cinabre, son estuaire amoureux et ses cuisses de neige : tout en elle était charmant, il n’était rien qui n’eût réjoui le cœur ; c’était assurément la plus éminente des servantes. »

 

Le poisson de jade et l’épingle au phénix- « Lectures amoureuses » -Coffret Folio Gallimard - 2006-