Lueurs pâles de l’aube…

Ardente, tête haute,

                                  Je regarde le ciel

Malgré mes yeux mi-clos,

Et l’humide vermeil

Qui filtre est bien de l’O.

Pas de larmes ou de peine

Pas le moindre sanglot.

 

Demande toi plutôt

Ce que je vois là-haut

Là où je n’entends plus

Les bruits sourds de la ville,

Les mots des inconnus,

Leurs remarques futiles.

Celui qui me modèle

Ne vole rien de moi

Quand il me fait plus belle

Quand il me fait de soie.

 

J’aime l’harmonie mauve

Qui brise les armures

La certitude fauve

Qui détruit la froidure

De cette aurore en gerbe

A deux pas de l’hiver,

De ces morsures acerbes

Sur le doux de ma chair.

 

Regarde ce corset

Qui enserre ma taille,

Je l'ai tant désiré,

Voulu, vaille que vaille...

Il me fait me sentir

Un peu plus enlacée,

Comme un autre tenir

Des mains de mon Aimé.

 

 Regarde cet acier

Qui ceint mon cou gracile.

Il n’est pas un outrage

A ma peau si fragile.

Il n’en est que l’écrin,

Symbole de partage,

Avec l’être aimé

Dans le petit matin

 

Vois mon corps qui se tend,

Mon désir qui appelle

D’autres mots, d’autres temps,

Des jeux bien plus cruels.

Vois tirer cet acier,

Regarde le briller

Et rendre encore plus fière

Ma nuque volontaire.

 

Ne t’a-t-on pas parlé,

Le soir à la veillée,

Entre deux chuchotis

Que nul ne doit entendre,

Du goût de l’interdit

Des douleurs qui sont tendres,

Des maux secrets , amers

Des chaînes qui libèrent ?