La Flagellée -Fresques de la Villa des Mystères-Pompei  

                                                                                       Photo: Image de « La Flagellée »

                                                                        - Fresques de la « Villa des Mystères » à Pompéi.-

 

 

 

Nous sommes au début du XXIème siècle.

Peut-être un jour verra-t-on enfin quelqu’un -d’ « autorisé » si possible - écrire, non des histoires de soumission féminine (Aïe ! Demeurons muets par bonté d’âme sur la rentrée littéraire dite érotique de cette cuvée 2006…) mais une « Histoire raisonnée de la soumission érotique au féminin ».

Cela aurait deux avantages immenses : le premier serait de nous débarrasser une fois pour toutes de l’assimilation entre le BDSM et la violence « conjugale », le second de démontrer que, sans le féminisme (la libération de la femme, appelez cela comme vous voudrez), la soumission dont nous parlons toutes et tous n’existerait pas en tant que telle (si, si, c’est vrai même si la chose paraît hérétique à quelque machiste durement enraciné dans ses convictions ou bien à de dévotes servantes-domestiques  servantes-sexuelles !).

 

I_ BDSM et Féminisme

Je commence par le second point.

Le BDSM naît il y a environ une quarantaine d’années aux USA. Il se met en place avec son acronyme et son pendant gémellaire le SSC (Safe Sane Consensual) dans une période et une ambiance particulières.

Fin des années 60-Début des années 70.

La scène SM est aux States quasi totalement investie par les gays. A l’époque, les débordements de ces « adeptes » du sado-masochisme sont souvent très, très hards.

Même si Foucault y voyait avec enthousiasme une extrême liberté de bon augure pour l’avenir de la sexualité gay, les « accidents » étaient alors légion.

Ce sont les années où l’on utilise le plus, pour accroître l' « endurance » physique, les « poppers » qui sont à ce moment-là toute autre chose dans leur composition que ce que nous entendons sous ce mot aujourd’hui.

Pour se donner une petite idée de ce que j’appelle ici « hard », on songera à ce que l’on sait de certains éléments de la vie privée (et notamment des séjours américains) de celui qui fut l’un des plus célèbres sinon le plus grand des cinéastes allemands du XXème siècle.

 

Par « réaction » se créent, en provenance de communautés de pratiquants autres, le SSC et l’acronyme BDSM qui marquent une volontaire distance avec le SM.

A bien y réfléchir, oui, c’était alors une nécessité…

Mais, mais... Parce qu’il se veut rigoureux, le « BDSM » va instaurer tout un système de règlements (qui sont pour lui les bases de la sécurité) et se doter de « textes fondateurs » dont j’ai déjà expliqué ici  en les évoquant récemment qu’ils devinrent hélas des « indiscutables ».

 

En France jusque là, nous n’avions, nous aussi, parlé que de SM.

Evidemment avec une pointe de « Cocorico » à cause du S sadien.

Les pratiquants français qui ne vivent pas proches en ces années des extrêmes du milieu gay SM des USA décrit plus haut mettront un peu plus de temps à adopter l’acronyme BDSM et, lorsqu’il s’installera en France, le BDSM nous parviendra surtout à travers le folklore singulier de ses « écrits fondamentaux » qui auraient dû, pourtant, sembler peu adaptés, en leur rigidité, à notre mentalité libertaire hexagonale héritée des Lumières..

Avant cela, chez nous, on parlera donc encore de SM pendant quelques années.

 

Juste le temps que les années 70 soient clairement entamées et que s’effectue la libération de la femme.

Et là, une fois que nous avons eu récupéré les droits élémentaires sur notre propre corps est venue la seconde étape, celle d’en disposer librement, comme nous le voulions.

De choisir notre sexualité, notre érotisme, notre plaisir.

Souvenez-vous du « Jouir sans entraves ».

 

Celles qui avaient vibré à la lecture d’ « Histoire d’O » ont alors pu s’adonner à cette sexualité particulière presque aussi (lourde nuance ici) décomplexées que leurs amies qui, pour d’autres raisons, s’en allaient vivre une vie de « communauté » (on ne parlait pas encore de « polyamour »* en ce temps-là) telle celle qui est montrée dans le film « Pourquoi pas ! » de Coline Serreau dont on notera au passage qu’il date de 1977.

 

Pourquoi est-il bon de rappeler qu’il y eut un « avant » le féminisme ? Parce que beaucoup d’entre nous semblent aujourd’hui croire, escompter que la liberté qui est la nôtre a toujours existé.

Et que c’est dangereux car rien n’est jamais définitivement acquis.

 

Si je n’avais pas été féministe, si cela n’était pas profondément chevillé en moi comme « la chose primordiale », dirai-je, je ne serais pas soumise. Tout simplement parce que je ne le serais pas devenue par impossibilité de choix. Il y aurait eu des a priori dans ma tête qui ne m’auraient pas « accordé la permission » d’aller vers…

De la même façon, si je n’avais pas rencontré un homme féministe, je ne me serais pas non plus engagée dans un rapport D/s avec lui.

 

Il ne fait cependant aucun doute que, de tout temps et donc bien avant que ne naissent Sade et Masoch , les pratiques qu’ils « baptisèrent » grâce à Krafft-Ebbing à la fin du XIXème  avaient existé.

On en voudra pour preuve l’image de cette « Flagellée » dans la fresque Dionysiaque de la Villa des Mystères à Pompéi.

C’est là qu’entrerait en jeu une « Histoire de la soumission érotique au féminin ».

Il faudrait l’étudier au travers des prismes des différentes époques et des sociétés concernées.

Ces pratiques, furent-elles toujours consensuelles ?

Quels milieux sociaux concernaient-elles ?

Unissaient-elles des couples « légitimes » ?

Etaient-elles réservées aux courtisanes ? Aux prostituées ?

Et surtout, surtout, quid de la jouissance féminine dans le cadre de ce SM traversant les siècles ?

Il me semble que des traces de tout cela (même si à titre personnel je ne les connais point) doivent encore demeurer.

Sur un thème très proche, Alexandre Dupouy a pu les trouver, lui, pour son « Anthologie de la fessée » (aux Editions la Musardine).

Et ce serait une étude bien intéressante à conduire.

 

II- BDSM et Violences Conjugales.

Je reviens maintenant au premier point.

Si beaucoup de mystère entoure les rapports de soumission et de domination qui ne sont qu’une toute petite partie des rapports de pouvoir une autre par contre est bien apparente, celle de la violence conjugale.

 

Elle aussi a traversé les siècles -que dis-je ?- les millénaires depuis le lointain âge de Cromagnon et de ses ancêtres.

Elle avait toutes les justifications sociétales d’être ainsi exercée. 

Tous les pouvoirs (politiques, économiques, légaux, religieux etc.) étaient basés jusqu’à il y a très peu de temps sur le modèle patriarcal (En sommes-nous d’ailleurs vraiment tout à fait dégagés ?)

Malheureusement, le « geste » étant acquis comme un réflexe pavlovien, elle est toujours tout autant présente aujourd’hui.

Il est bien évident qu’à travers le mot « conjugal », je parle de la violence subie par une femme de la part d’un homme avec lequel elle entretient une relation sentimentale et/ou sexuelle.

 

Subie.

C'est-à-dire non consentie.

C’est à dire tout à fait l’inverse du SSC dans le BDSM.

Une soumise et son maître (j’emploie pour une fois la terminologie courante), ce n’est pas une femme tabassée par son homme.

Voilà.

Il faut s’en convaincre une fois pour toutes. Se l’ancrer bien fort dans la tête.

Femmes et hommes.

Soumises et maîtres.

Pratiquants et non pratiquants.

 

Parce qu’il arrive que quelquefois - très rarement il est vrai – un petit nombre de personnes de « chez nous » se retrouvent aussi victimes (ou acteurs) de ce type de violences.

A la « violence conjugale » vient alors s’ajouter dans le cas du BDSM l’art terriblement délétère de la manipulation qui amène les « soumises-femmes battues » à se taire deux fois plus que les autres femmes vivant une situation parallèle et qui sont généralement déjà des murs de silence en pareilles circonstances…

 

 

 

 

 

*Dans l’attente d’une note de ma part sur le « polyamour », dernier mot et dernière mode venue des USA, je vous convie à rechercher des informations quant à ce terme sur Google afin de mieux comprendre de quoi je parle. Ainsi, il ne vous apparaîtra peut-être pas si inconnu que cela comme concept (cf. Sartre et Beauvoir...).