Nobuyoshi Araki Nudes Serie

                                                           Photo © Nobuyoshi Araki

 

 

 

Lorsque j’ai posté hier soir un poème, illustré et inspiré par une photographie de Nobuyoshi Araki, j’ignorais encore à cette heure-là que les cocktails Molotov lancés le 23 septembre contre la façade du  Musée de la Photographie de Charleroi (dont notre commentateur « Keyser Soese » avait parlé lorsque j’avais annoncé la rétrospective Paul Laurenzi à Hambourg, nous informant qu’une enquête était en cours) s’étaient finalement révélés être l’opération-commando de quelques inconnus « choqués » par l’affiche de la toute nouvelle exposition Araki en ces lieux.

Je l’ai appris en « taguant » Araki sur Technorati et en tombant sur le récit que faisait un blog espagnol de cette histoire.

 

Charleroi accueille en effet depuis le 23 septembre et ce, jusqu’au 14 janvier 2007, 4000 photos de Nobuyoshi Araki qui sont la quintessence de la très grande exposition de l’année passée au Musée Barbican de Londres où celle-ci n’a créé aucun problème mais des louanges quasi unanimes de ceux qui, connaissant déjà Araki, ont pu admirer une phénoménale partie de son œuvre et de ceux qui, n’en ayant jamais rien vu mais seulement entendu parler, s’y sont rendus avec un a priori négatif pour découvrir finalement un photographe protéiforme.

 

Car depuis plus de quarante ans, rien au Japon n’a échappé à l’objectif d’Araki.

Pas plus les fleurs que les chats, pas plus les paysages de Tokyo que ceux des campagnes les plus reculées, pas plus les visages d’enfants que ceux des vieillards et, bien sûr, pas plus les corps mis à nus, notamment autour du thème du bondage.

On ne peut donc d’aucune manière le cataloguer, par exemple,  parmi les photographes dits « fetish » qui ont mis en image le BDSM ou le SM et s’y sont cantonnés.

 

Peu de jours avant le Musée Barbican, Araki était venu à Paris, au Palais de Tokyo, faire une séance live et présenter le diaporama « Arakinema ».

Là non plus, aucune réaction outrée.

 

La photographie qui suscite tant de colère à Charleroi est celle que vous voyez ci-dessus.

Et j’avoue ma totale surprise et même mon exaspération.

C’est, somme toute, seulement un très beau nu, de facture plutôt classique et très pudique même*, bien loin de certaines photographies plus crues d’Araki, prenant sur pellicule et sur le vif des prostituées japonaises.

Mais même ces images-là n’ont rien de libidineux…

Araki, lorsqu’il aborde ce sujet, a un oeil de reporter et non un simple regard de voyeur.

Il n’y a rien à brûler chez Araki.

 

Nobuyoshi Araki est, à mon sens, l’un des plus grands photographes de notre époque.

Il provoque pourtant une émotion vive et bien des polémiques à Charleroi comme le confirme cette page web du journal « Le Monde » (que j’ai par ailleurs sauvegardée dans un article de mon blog ici. Si « Le Monde » m’en fait la demande, je le supprimerai immédiatement : je sais que je ne suis pas en règle en m’autorisant cette reproduction) que je vous incite à lire puisqu' elle contient entre autres les explications qu’il a données quant au sens qu’ont ses photographies de femmes bondagées.

 

A la lire, on est ahuri devant la colère de certains et on partage le scepticisme du conservateur qui s’étonne que d’autres expositions comme celle dédiée aux enfants de la guerre soient passées inaperçues à Charleroi, ne provoquant ni enthousiasme, ni commentaires de la population dans le livre d’or mis à sa disposition.

Comme quoi, la lecture de l’obscénité est toute relative…

 

Pourtant l’obscène est bien plus souvent dans des faits de la vie réelle, quotidienne, se répétant d’un bout à l’autre du monde, que dans des images érotiques qui, de plus, n’ont rien de pornographique (ce mot-là ayant un sens bien précis et cadré par la loi.)

 

Mais les bien-pensants…

 

Je trouve cela bien triste que ce soient encore les artistes, en ce début de 3ème millénaire, qui fassent les victimes de métaphoriques bûchers.

A mon sens, d’autres révoltes seraient bien plus essentielles et dénoteraient d’un meilleur état de la démocratie.

 

 

 

 

*Il fait, pour la petite histoire, partie des images de "Araki Venice",  inspirées par le Carnaval de Venise auquel l'artiste assista durant 12 jours car il était alors l'invité principal du Salon de La Photographie qui se déroulait dans la même ville et aux mêmes dates...

 

 

 

PS : Et un grain chez Oiselle !

http://www.u-blog.net/oiselle/note/7