G COMME GENESE ... (et merci à Fanny Ardant !)

 

 

« Est-ce que l’on ne s’est pas arrêté quand on avait quinze ans ? Les jeux sont faits à quinze ans, on a choisi son camp. Les choses pour lesquelles on est contre, celles qui nous font dire « jamais ça ». D’une façon abrupte, sauvage. Après, ce n’est qu’une variation sur un thème. Réfléchissez à vos quinze ans…. Voyez comme ce n’est pas loin. Vous aimez toujours les mêmes choses et vous détestez toujours les mêmes choses. Nous avons en nous un disque dur, une pierre qui ne bougera plus. Avant qu’elle ne s’use, il faudra attendre que l’on s’allonge sous la mousse… »

 

Fanny Ardant, ce mois-ci dans la revue « Psychologies »

 

 

 

 

Peut-être est-ce parce qu’il pleut et qu’il fait froid… Nostalgie de ces étés si ensoleillés d’autrefois, de ma campagne méditerranéenne, bien avant que la spéculation immobilière ne la défigure…Terres plantées d’oliviers, de figuiers, pins à perte de vue dans ces sentes qui s’en descendent vers des criques…

Quinze ans : l’envie de vivre à perdre haleine et tout un avenir entier devant soi. Une page vierge, absolument immaculée. Sur laquelle on compte bien qu’il n’y aura jamais de ratures.

Quinze ans : je sais déjà ce que je ne suis pas, ce qui ne me satisfait pas. Moi, je cherche l’ivresse, je désire la passion, l’absolu. Le tiède et le médiocre me font peur, je me détourne d’eux très vite.

Seule dans ces après-midis qui brûlent, assourdie par le chant des cigales et les bourdonnements d’abeilles, je bats la campagne… Je n’ai qu’un mince fil d’étoffe sur moi…Il fait si chaud….

J’embrasse, je me mets corps à corps avec des troncs de pins ou d’oliviers, j’éprouve leurs rugosités de ma peau si neuve, je m’écorche un peu parfois mais j’ai l’impression d’avoir tenu le monde entre mes bras, contre mon ventre. Le monde et l’amour. Et pris un avant-goût de l’avenir.

 

Je me balade ainsi, l’appareil photo, cadeau de mon anniversaire, toujours en bandoulière. Je saisis tout dans mon objectif. Tout ce qui fait vie : le moindre brin d’herbe, les blés en gerbe, le lézard fuyant sous la pierre. Vie. Et déjà le désir, qui ne dit pas son nom. Sensualité, pierre angulaire du plaisir que je ne connais pas encore…

 

A l’arrière des bus qui nous amènent au lycée dans la ville voisine, mes amies se gorgent de baisers avec les garçons qui étudient avec nous. Et moi aussi. Moi qui n’éprouve rien là. Pas plus que je n’éprouve grand chose le jour où j’embrasse celui dont je suis secrètement amoureuse depuis deux ans. Qui me donnera la puissance d’amour que je réclame, mentale, charnelle ? Qui me fera éprouver cette force de rage et de douceur, aussi extrêmes l’une que l’autre, qui résident en moi ?

 

Quinze ans à la lecture de « La motocyclette » de Pieyre de Mandiargues et je sais maintenant que je vais longtemps, longtemps chercher mon Daniel… Celui qui me déshabillera pour me cravacher d’une tige de rose…Je sais que ma douleur est la seule manière de donner et de recevoir ce comptant d’absolu auquel j’aspire dans l’amour. Je ne sais pas même si ce rêve rejoindra un jour ma réalité.

 

L’adolescente que je fus, je ne l’ai rencontrée qu’une fois : c’était l’année dernière au cinéma, dans le personnage féminin qu’incarnait Valeria Golino dans « Respiro » : le même désir de corps à corps avec la nature, avec l’eau… L’amour des quatre éléments. Et une forme de désordre pour les autres. Ceux qui ne comprennent pas. Qui ne pourront jamais comprendre.

 

En attendant : quinze ans… La vitesse enivrante décrite dans « La motocyclette », je la recherche en filant sur mon vieux solex, cheveux au vent… Mes cheveux indomptables, source de conflits quotidiens avec ma mère qui me voudrait impeccablement tirée à quatre épingles et qui supporte mal ma sauvage et rebelle crinière…

La vitesse me saoule, même si elle n’est qu’imaginaire.

 

Je fonce vers mes lendemains.