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Je suis retournée sur un forum.

Je pense que ceux qui m’ont lue il y a quelques semaines expliquer ici pourquoi en matière de « réflexion », je voyais plus de sincérité sur les (bons) forums que sur les blogs n’en seront pas surpris.

 

Ne voyant pas où le faire en France, c’est en Italie que je suis allée planter mes racines (je raconterai les petits détails amusants de mon « arrivée » là-bas plus tard).

Si je l’ai fait, c’est parce que je me posais une question, que je ne voulais pas l’aborder sur mon blog mais que cependant j’avais besoin que lui soit apportée une réponse par le plus grand  nombre de personnes. En deux mots, je m’étais trouvée stupéfaite d’un sujet abordé récemment sur quelques blogs BDM en France et pour lequel j’avais une vision aux antipodes de ceux qui avaient écrit ces notes.

Mais n'étant sûre de rien, je voulais confronter ma position à celle d'un panel le plus varié possible.

C'est bien là le rôle d'un forum, c'est bien là qu'il se révèle plus utile qu'un blog.

Pour ne pas soulever le « lièvre » et en dire trop puisque, je le répète, je ne souhaite pas bloguer sur cette patate chaude, disons donc que je suis allée demander quelque chose de très général du genre « Ce film vous paraît-il pouvoir interpeller d’une manière ou d’une autre la communauté BDSM ? ».

Les forums italiens, je les connaissais désormais assez pour en choisir un comme je le voulais : non modéré sans que pour autant il vire aux règlements de comptes mais avec des participants sérieux, très nombreux et surtout ne manquant pas d’humour et d’esprit à l’occasion sans tomber dans le « troll » inepte.

 

J’ai, bien sûr depuis, lu déjà un certain nombre de « topics » dans les archives de là-bas pour finir par tomber sur celui qui correspondait à la question que je me suis sans doute toujours posée, la question qui est le plus souvent revenue dans ma tête lorsque j’ai pensé à ce qui fondait le BDSM .

Quelqu’un donc a fait un thread pour dire qu’il constatait  que, si les BDSMeurs abordent plus ou moins le sexe par le biais de l’énoncé de pratiques à caractère sexuel, il était fort rare qu’ils parlent clairement de rapports sexuels.

Ce qui amenait à la question : Le BDSM est-il ou non une sexualité dans laquelle le rapport sexuel a sa place ?

 

Il y a eu 44 réponses.

Quatre (deux couples et deux célibataires) pour dire qu'eux avaient des relations sexuelles « classiques » avec leur partenaire de BDSM, trente-huit pour dire que non, deux qui laissaient sa place au hasard.

Parmi les trente-huit,  on trouvait un très long développement d’une Domina sur l’orgasme cérébral, bien plus fort et remplaçant donc sans mal l’orgasme « physique », pas mal de pratiquants dont la soumise (le soumis) n’était pas le « compagnon » de vie officiel et qui n’ éprouvaient pas le besoin de relations de cet ordre ou bien auraient eu le sentiment de « tromper » leur conjoint (sentiment dont la relation BDSM sans sexe les dédouanait).

Et enfin, la plupart expliquaient que le BDSM était un rapport se suffisant à lui-même (un seul interprétant d’ailleurs le « s » de « safe, sane and consensual » comme le « safe » de la meilleure parade contre le Sida ou les MST.)

Quant aux deux derniers, ils disaient que « non, pas fatalement », que cela dépendait de la personne ou du feeling.

 

Longtemps, à lire les uns et les autres ici en France, j’ai fait moi aussi avec étonnement la constatation de cette absence d’évocation de rapports sexuels, en me disant que peut-être les gens n’en parlaient pas par pudeur (Pourquoi pas ? Ce n’est pas parce que l’on est censé [j’ai écrit censé] être « transgressif » que l’on doit exhiber, étaler tout de soi…).

Ou bien je faisais porter le chapeau au virtuel, à la Domination ou à la soumission via le Messenger ou la Webcam…

 

Mais tout de même, le problème demeure.

Je considère que le BDSM est une sexualité comme une autre (là, c’est mon avis mais j’admets qu’il surprenne certains).

Or, que serait une sexualité sans sexe ?

 

L’année passée, vous vous en souvenez peut-être, j’avais expliqué ici avoir eu en tête une note intitulée « Les Dominateurs ont-ils un sexe ? » et y avoir renoncé pour ne pas créer de polémique. C’était de cela dont je  voulais alors parler et j’admets que le titre était mal choisi: il aurait pu tout aussi bien être « Les soumises ont-elles un sexe ? ».

Il va de soi que, pour moi, ce sexe dont je remets ironiquement en cause l’existence est métaphorique.

La vraie question étant celle de ce que l’on en fait.

 

Je reconnais (ne serait-ce avant tout que par expérience personnelle) l’existence de l’orgasme cérébral, je reconnais tout autant que des chemins très variés peuvent amener au plaisir, je n’ai rien contre la masturbation, solitaire ou réciproque. Je ne suis pas une émule de Bill Clinton pour qui l’expression « rapport sexuel » était très restrictive.

 

Mais au final, je me demande moi aussi combien parmi nos pratiquants « font l’amour » ensemble.

Entendre ici « faire l’amour » au sens le plus classique qui soit.

Je veux dire une fois posé le fouet, les cordes, etc.

Je veux dire sans ordres, sans devoir d’obédience.

Simplement dans une grande envolée des sens.

 

 

PS1 : Les personnes que j’évoque ici sont les pratiquants BDSM, pas les « queutards » qui s’inscrivent sur un chat ou un forum afin justement d’obtenir du se-xe, du se-xe, du se-xe de femmes « soumises » supposées si décérébrées qu’elles n’auraient même plus un mot à dire…

 

PS2: Et encore, je n'ose imaginer la même question avec « sans amour » à la place de « sans sexe »…