Photo © David Raywood

 

 

Autrefois, il y a bien longtemps, ma vie était comme un échiquier et je me sentais belle les jours blancs et laide les jours noirs.

C’était très fatigant de sauter d’un état à un autre avec une telle régularité.

 

Quand j’étais belle, je souriais comme une hôtesse devant une table bien mise. Mes pas dévoraient l’asphalte des rues et je faisais l’amour avec la ville, je chantonnais des bribes d’airs que j’aimais. J’étais libre de chaque chose et n’appréhendais que moi-même.

 

Mais quand j’étais laide, la cité était comme un fruit qui aurait pourri avant son heure. Je sentais trop de tout, trop de chaleur, trop de tôt, trop de pluie, trop de tard, trop de froid.

Je sentais les regards qui salissent, la puanteur des transports en commun aux heures de pointe, la violence de certaines questions.

 

Maintenant, avec Toi, c'est une autre forme de la liberté. Je ne suis jamais plus seule nulle part.

Mais l’échiquier est devenu comme une grille de mots croisés, écrite en pleins et bien liés à l’encre rouge, il n’y reste qu’une case noire de temps en temps, nécessaire pour donner un sens vrai à tout ce blanc...