AURORAWEBLOG Hans Bellmer Die Puppe 2 La Poupée 2

                                                                   Photo:

                                                                                    « Die Puppe 2 »

                                   -Hans Bellmer- Musée National d’Art Moderne- Centre Georges Pompidou- Paris.

 

 

Dans les soirées BDSM de bon ton, il arrive que l’on vous aborde en tout bien tout honneur, si vous restez seule quelques instants avec -mettons- un petit bondage en guise de tenue de gala, pour examiner la nature de la corde qui le compose mais en disant selon la formule consacrée « J’attends que votre Maître revienne pour lui en parler ».

C’est que la relation supposée est d’emblée considérée comme celle de domination et de soumission.

Je n’ai jamais entendu la formule « J’attends que votre sadique revienne pour lui en parler ».

Soumise est donc un « état évident » par chez nous.

Masochiste, ça passe moins bien et je n’ai jamais non plus ouï dire par un homme « Voici ma maso » (on peut bien sûr inverser les sexes dans les lignes qui précèdent).

C’est -quelque part- amusant.

Dans l’ensemble, pourtant, on est à la fois soumise et masochiste. Et une part prend le dessus sur la seconde de manière plus ou moins affirmée.

Si je pense au ridicule folklore des règles et des préceptes BDSM de la soumission,  il est évident que je me dirai plutôt masochiste mais, ayant toutefois besoin dans mes ressentis de quelques éléments D/s, je garde ma tendresse « pour » et mes deux pieds « dans » le rayon soumise… 

 

De plus les masochistes ont la mauvaise réputation de ne pas accorder d’importance à celui (celle) qui sera l’auteur de leurs tourments pour ne « prendre » (ne réclamer, n’attendre, n’exiger) que les tourments. Comme attitude, c’est « pas beau et tout pour les bobos »…

Il n’y a aucun romantisme qui entoure le (la) masochiste alors que l’on voit tout le champ lexical sirupeux pleuvoir comme un déluge dès que la soumission s’exprime.

Le portrait-robot des masos établi, ne parlons même pas de celui des sados. On renverse les termes et on ajoute (à raison) un effet de peur.

Quant au duo [Maso et Sado sont dans un bateau], il laisse aussi extrêmement perplexe puisque si on tentait de le considérer à part entière selon l'acception généralement évoquée pour ce système de fonctionnement, c'est à dire l'indépendance revendiquée de chacun par rapport à l’autre, il n’y aurait alors là plus rien de construit sur le consensuel et cela deviendrait le lieu possible de toutes les dérives.

Pour le dire autrement, ce qui dérange(rait) dans les deux éléments de ce couple -couple que les écoles de socio-psychanalyse actuelles qualifient d’impossible ou tout au moins d’improbable- c’est la liberté totale qu’ils auraient l’un envers l’autre et le fait surtout qu’ils se situeraient (voir Sade) dans l’amoralité complète et « par-delà le Bien et le Mal ». C’est cela qui pourrait faire peur à raison.

 

Curieusement, ces réflexions (en sautant un peu du coq à l’âne) m’amènent à avoir envie de voir « Qui a peur du grand méchant loup ? » le film-documentaire que vient de faire Ovidie puisqu’il paraît qu’il traite, entre autres, du sujet « Peut-on être libertaire et avoir une tendance aux rapports de pouvoirs dans sa vie sexuelle ? ».

Je trouve le thème intéressant, ce qui ne garantit rien quant à la qualité du film (ceci signifiant que tant que je ne l’ai pas vu, je n’en parle pas).

 

Les rapports de pouvoir dans la vie érotique sont un jeu du « je » et ne regardent que ceux qui les vivent.

Domination, soumission, sadisme et masochisme m’horripilent en revanche dans la vie sociale ou quotidienne.

Parce que là, les deux sus-cités existent bel et bien ! Ils ne sont plus ni impossibles, ni improbables…

Dans ce cadre, les nuances « soumis » et « masochiste » me donnent des pustules. Le masochisme social, la soumission des foules, des peuples ou des individus m’effraient plus que tout, que ce soit face au pouvoir d’un état ou celui d’un chef de bureau. Il n'y a rien de plus terrible et c'est malgré tout cela qui fait tourner le monde.

 

Ce qui est étrange, c’est que l’on ne veuille jamais observer ou analyser la société sous cet angle.

Si  nous lisions nos journaux le matin en y pensant ainsi, nous aurions des surprises quant à l’interprétation des faits et peut-être qu’enfin quelque chose bougerait dans le troupeau soum-aso qui subit les sad-oms.