F COMME FESSEE ( 2) : JOE BOUSQUET

 

JOË BOUSQUET

Né à Carcassonne en 1897, engagé à 19 ans en 1916, couvert de décorations pour actes de bravoure, ce "casse cou dont la mort ne veut pas " conduit les assauts de son peloton chaussé de bottes rouges.

Il traverse la guerre avec "la haine de tout ce qui est militaire et un goût étrange de la poussière et de la mort ".

Blessé à la colonne vertébrale en mai 1918, il reste infirme et passe les 32 années suivantes "cloué " sur son lit.

Il y emplit des cahiers de poésies, d’analyses, de critiques. Désignés par des couleurs, la plupart seront publiés après sa mort. Le "cahier NOIR " était celui de ses fantasmes érotiques.

Il se lie d’amitié avec Aragon, Gide, Breton, Dali, Eluard, Miro, Bellmer, Ernst, etc...

Malgré sa paralysie, il participe activement à La Résistance en cachant des juifs persécutés ainsi que du matériel d’imprimerie clandestin.

Il meurt dans sa ville natale en 1950.

 

" LE CAHIER NOIR " édition posthume (1989) chez Albin Michel

...Et je la pris aussitôt, avec beaucoup de douceur, l’agenouillai et lui relevai comme à une enfant punie la robe sur la croupe. Comme elle ne m’offrait pas de résistance, j’agis de même avec les légers vêtements qui la recouvraient encore, et découvris aussitôt une large croupe très ronde, très rose qui épanouissait à deux pouces de mes yeux toute la chair rose de son beau corps.

Il y avait dans mes yeux enfin une image du vent, dans une transparence où mes yeux étaient de la chair éblouie...

... Et c’est alors que je me mis à la frapper, d’abord doucement comme si je craignais d’éveiller une attention au milieu des claques qui retentissaient sur sa chair jeune et rose. Puis, à mesure que les mouvements de sa chair répondaient à mes coups, de plus en plus fort, si bien que sa croupe fut bientôt toute rouge et que je la sentais chaude sous les claquements répétés de ma main. Elle poussait de petits cris mais n’essayait pas d’échapper à la correction, paraissant satisfaite au contraire de se lier à travers la plus absurde de mes fantaisies à une tempête physique où je ne pouvais plus être moi et où j’entrais dans la nuit de mes sens, que je m’ouvrais avec le pouvoir de mon amour dans une image dont notre chair se traversait en nous...

... Je n’oublierai jamais comment je sentais mon cœur chavirer sous le regard que sa croupe ouvrait en elle. Elle m’entourait de son âme comme un soleil, et je n’avais que ma volonté d’enfant pour enflammer mes gestes que cette croupe attendait, avec toute la pâleur dévoilée de mon rêve enfantin...

... C’est alors que je me mis à la frapper avec un étonnement où mon émotion se doublait. //...et que le bruit des tapes y faisait jaillir comme une lumière d’ailes emprisonnées toute la profondeur qu’elle m’offrait dans le grand soleil de sa jeunesse....

.... Au tourment de sa pudeur blessée se mêlait la peur d’être surprise et de révéler à quelqu’un qu’elle se réjouissait de disparaître dans les souffrances de sa chair, de se sentir dans l’ivresse des coups, se sentir découverte avec tout son corps à la brûture du regard qui s’est éclairé en elle. Dans les gestes qui la mettent à nu, elle éprouvait toute l’âpre volupté de sentir que sa chair allait se traverser dans le vent du jour où son âme serait piétinée, mais c’est cela qu’elle voulait, avoir dans sa croupe nue une pensée pour le jour et comme un précipice pour son âme puisque c’est tout en lui que son amant entrait dans l’abîme de son amour...

... Elle pensait à moi avec ce corps qu’elle avait si blanc, se rêvait un peu violée et comme dépouillée au passage dans la croupe... qu’elle élevait vers mes yeux en un lent mouvement paresseux du corps... Les coups qui la frappaient toujours sur la croupe éveillaient dans tout son corps un frémissement...

.... Mais il arriva que prenant goût à ces corrections elle me sembla s’assurer à travers les coups d’une volupté où toute sa chair se faisait attentive et semblait attendre des coups qu’ils lui rendissent la pensée de sa nudité...

... C’est alors que je compris combien je l’aimais et qu’elle me rendait mon amour. Elle avait trouvé en moi une volonté à laquelle se livrer, une âme en qui se traverser de son mystère en consommant la déchéance de cette personnalité qu’on lui prêtait et qu’un étrange désir ténébreux habitait. Elle avait ouvert sa chair à l’amour d’un homme comme un rosier frémissant dans lequel la lumière est la fille des roses.

 

         Joë BOUSQUET