F COMME FANTASMEUR (CHAT BDSM, LISTE BDSM) ...

 

Chat BDSM =  réalité virtuelle.

Liste BDSM = réalité virtuelle.

Ces deux mots accolés, réalité et virtuel annoncent déjà le choc des genres.

 

Dans le monde BDSM, la pire injure est « fantasmeur ».

Ce mot n’a rien à voir ici avec le fantasme ou ces quelques-uns de mes fantasmes que je vous ai racontés ces derniers jours…

Non. Il s’agit d’une « injure » parce qu’il désigne celui ( ou celle) qui fait perdre du temps sur le chat BDSM (la liste BDSM), qui alimente en vain des espoirs : en bref la personne qui ne passera jamais à l’acte et qui vient là en simple promeneur ou, pourquoi pas, en voyeur…

 

Pourquoi ces fantasmeurs existent-ils ? 

Ils ne sont pas inhérents aux seuls chats BDSM ou aux seules listes de chez nous : on les retrouve sur tous les sites de rencontres du Net (puisque c’est le virtuel qui est leur terreau de survie).

Ils sont cependant plus fréquent sur les chats BDSM parce que nos pratiques sont tout de même de celles qui génèrent le plus de pulsions inassumées. Si l’on en croit les sondages, moins d’ un pour cent de la population pourrait envisager d’avoir une expérience SM… Comme vous le constaterez, ça ne fait pas beaucoup : et il ne s’agit que d’envisager !

D’où l’éternelle question : combien y a-t-il de vrais pratiquants BDSM en France ? Sont-ils tous ( je ne le pense pas) sur les listes ou les chats BDSM ?

 

Et donc d’étape en étape, on en arrive aux fantasmeurs qui, eux, peuplent ces mêmes listes, ces mêmes chats BDSM …

Que sont-ils venus faire là ?

Pour certains, la visite a déjà un but de thérapie, puisque pour être présent sur un chat BDSM ou une liste, on remplit un profil public : bien souvent on remplira ce profil avec ses propres  vides, les quelques centimètres qui nous manquent ici ou là, les quelques années que l’on ne voit pas, nous-mêmes, dans le miroir mais qui sont là sur la carte d’identité.

Quelquefois même, on ornera étrangement ce profil avec le rôle que l’on ne veut pas (se déclarer dominant lorsqu’on se voudrait soumis) ou, plus triste encore avec le sexe que l’on n’a pas.

 

Je voudrais vous les raconter en quelques anecdotes.

Un cyber café en janvier : je reconnais sur l’écran de mon voisin le logo d’un chat BDSM. Je me lève pour savoir à quel profil de ma ville j’ai affaire. Il suffisait de jeter un coup d’œil sur l’alias qu’ « elle » affichait… Je dis « elle » puisque si ce voisin était un gros monsieur chauve et suant de la soixantaine, le profil affiché était celui d’une charmante nantaise de quarante ans…Et de plus, de fenêtre en fenêtre, je m’aperçus qu’il jonglait sur trois sites de rencontres…Féminité, quand tu nous tiens !

 

Un chat BDSM : un même individu connecte toutes les femmes pour leur lancer une seule et unique phrase injurieuse : il se fait bien sûr jeter à tous les coups, ce qui ne l’empêche de revenir chaque soir relancer les mêmes personnes avec la même phrase et cela dure des mois et des mois… Même si ce monsieur avait trouvé une correspondante, il est évident qu’il venait là pour « soigner » quelque chose et non pour « entrer » en BDSM…

 

Cet autre « dominateur » m’avait donné rendez-vous dans un café ; il arrive et au bout de cinq minutes me sort un impressionnant porte-vues rempli de seules images de couples Domina/soumis. Dix minutes plus tard, il me suppliait de le dominer.

 

On trouve aussi la dame qui savoure ses dernières fleurs : elle est à la recherche d’hommages, de compliments, elle se veut la star du chat BDSM pour sa ville. Personne ne la rencontre jamais mais elle est connectée depuis la sortie de son travail jusqu’à tard dans la nuit avec une pause repas du soir…

Et pendant ses vacances c’est la journée continue !

 

C’est cette autre qui change, à chaque nouvelle apparition féminine sur le chat BDSM un mot, une virgule sur son profil afin qu’ainsi réactualisé, il soit toujours le premier du listing. Listing BDSM en attendant le lifting sans doute mais sans que là encore rien n'aboutisse...

 

C’est aussi celle qui, sur les listes BDSM, publie l’annonce la plus hard, la plus outrancière et qui ne donne pas suite… ou qui s’emberlificote dans des histoires à dormir debout.

 

Ce sont ces couples où, comme par hasard, c’est toujours le mari qui est au clavier du chat BDSM et qui intrigue et qui propose et qui …disparaît pour mieux reparaître et ne plus vous connaître.

 

J’ai gardé une histoire pour la fin parce que celle-là est plutôt jolie.

C’est, dans ma ville, une dame.

Passée et bien passée la quarantaine, elle se découvre une nette passion pour le BDSM. Mais elle se cherche : entre dominante et soumise, son cœur balance. Il balance depuis deux années au moins maintenant. Elle est l’une des plus actives participantes en forum :ses propos font toujours le consensus même auprès des « pointures » du SM français.

Tous les hommes, dominants et soumis de ma ville l’ont rencontrée : elle est conviviale, elle invite chez elle, présente ses enfants, discute BDSM sur son sofa lorsque ceux-ci sont enfin au lit et que son mari s’éclipse discrètement…

Tous sont unanimes sur sa gentillesse. Oui, mais personne ne l’a jamais touchée avec la pointe d’une cravache, pas plus qu’elle même n’a touché quiconque. Ils sont toujours trop ceci ou trop cela…Elle a toujours une mise au clair à faire avant avec elle-même, un doute à lever...

Elle attend donc toujours. Elle attend pour longtemps.

En attendant, elle s’exprime.

Longuement et sous les applaudissements.

Elle est devenue ainsi l'une des "penseuses", l'une des "références" BDSM sur le Net.

 

Je vous l’ai dit : « fantasmeur » est la pire injure en BDSM.

Mais il arrive parfois que même les grosses pointures ne sachent pas en reconnaître un(e) lors de son passage.

Puisque là comme ailleurs, il suffit d’un peu de vernis.