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                                              Image © Helga Bode

Alors que je m’apprêtais cette semaine à consacrer quelques-uns des articles de mon blog à des chroniques de livres ( ce qui explique le post d’hier soir, n’ayant que peu trouvé de « féminin et original » ) et à des annonces d’exposition, voici que je suis rejointe par l’actualité.

 

Le portrait de la dernière page de Libération ce jour, fait par le journaliste Luc Le Vaillant, sous le titre de « Chargé de soumission » est en effet consacré à Patrick Le Sage ( s’il s’agit de son vrai nom, c’est tout un programme ), autrement dit à « Maître Patrick », à l’occasion de la sortie de ses « Mémoires » sous le titre de « Journal d’un Maître » chez Flammarion.

Je ne veux pas outrepasser les lois du copyright et ne publie donc pas cet article ici.

J’en donne simplement le lien.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=328098

 Je vous conseille d’une part de lire cet article entièrement, de ne pas le survoler seulement ( il en vaut la peine !) et d’autre part de le faire rapidement, avant que le lien ne soit caduque et ne devienne partie des archives payantes du quotidien.)

 

Sur le livre, je n’entends faire aucun procès d’intention : mon libraire me l’ a promis pour samedi. Je vais le lire et dès que j’aurai avalé ses 276 pages, j’en rendrai compte ici.

 

Quant à l’article pour ceux qui auraient la navrante paresse de le lire et qui ne savent pas ce qu’ils perdent, il est proprement sidérant, nous dépeignant un individu qui semble en être arrivé à la domination par « un besoin de reconnaissance qui le fait se féliciter d’attirer dans ses rets gens connus et milliardaires ». Et le journaliste de continuer :  « C’est à croire qu’il est resté cet ado, qui faisait caddie au golf, pour côtoyer le beau monde, pour voir ce que les riches avaient dans le ventre. Ce qu’il aime dans la domination, c’est aussi de mettre à nu les bourgeoises actuelles, les filles des golfeurs ».

 

Ne lui imaginez pas cependant des opinions politiques révolutionnaires, Mon Dieu, c’est tout sauf ça, Maître Patrick !!!

« Mon Dieu » est bien choisi ici puisque nous dit aussi Luc Le Vaillant « Il est catholique « comme tous les français ». Mieux, il va à la messe et emplit sa cave de chants grégoriens quand il fait grésiller une épaule sous son fer rouge ou quand il perce les lèvres d’un sexe pour y poser un anneau. ».

Un peu plus loin encore : « Il vit dans un monde où il y a les dominants et les dominés. Côté cour comme côté jardin ».

 

Si les 276 pages sont de cette cuvée-là, je sens que je vais m’amuser.

On aura compris que Maître Patrick, ses revanches à prendre, ses idées sur la vie, est l’archétype du dominateur qui me répugne en tout.

 

Certains même doivent l’avoir compris, entre les lignes, depuis longtemps.

Maître Patrick ne vous est pas inconnu, j’en avais parlé sur cette note et ensuite sur cette autre ( là encore, je vous incite à les relire car elles complètent et corroborent parfaitement l’article de Libération, sans que j’aie connu rien au monde à l’époque des « vrais dessous » et « motivations » de Maître Patrick ) simplement au sujet de son site, d'abord gratuit puis brusquement payant, et sans le nommer.

Tant qu’il ne se « dévoilait » pas lui-même avec ce livre, ce n’était pas à moi de le faire.

 

Me voici donc revenue à travers lui, à devoir évoquer cette notion de « Milieu » que j’ai si souvent utilisée lors de la première année de ce blog. A ceux qui seraient de récents lecteurs, à ceux qui comprirent mal ce que j’entendais par là à l’époque, voici le voile enfin levé.

Le « Milieu », pour moi, ce ne sont pas les « pratiquants BDSM » mais un numerus clausus, une intelligentsia parisienne qui a, depuis une vingtaine d’années, imposé ses modes et ses diktats aux autres.

Pour situer à peu près la date de naissance de cette zone d'influence, on pourrait dire que celle-ci se confond avec la sortie du livre « Le Lien » de Vanessa Duriès chez Spengler ( livre où le fameux Maître Patrick apparaît pour la première fois dans l’édition, si je puis dire).

 

A la date de parution de ce livre, le BDSM sort de son antre caché et devient médiatisé.

Cela aurait du être une bonne chose. Cela ne le fut pas.

La parole fut alors confisquée par certains qui instituèrent le mètre-étalon de leurs règles à eux et d’un style de vie.

Maître Patrick va être au centre de ce « Milieu » : il est l’auteur-ter de plusieurs passages du livre soit-disant à deux voix « Enjeux d’amour » de Yo et Gaël.

Il est aussi l’un des protagonistes de « Soumise » de Salomé.

 

Avec ces trois titres et ce qui s’en propage bien vite même pour ceux qui ne les ont pas lus, le « BDSM-pensée unique » est né.

Il faut avoir cotoyé l’un ou l’autre de ces gens ou avoir adopté leur manière de pensée pour être « dans le ton ».

Et ce ton va peser, peser sur les pauvres pratiquants « qui voudraient avoir l’air mais qu’ont pas l’air du tout » : il faut bien se raccrocher à quelque chose ou à quelqu’un.

Et le « Milieu » va leur amener des mentors.

On verra donc fleurir les « Maîtres de soirée », les « Maîtres des lieux », les « Maîtres à penser ». Certains auront même la bonne idée de ne pas se « pseudoïser » en « Maître » laissant cela à la plèbe imitatrice. Mais ils répandront cependant Le Verbe…

Internet va, un peu plus tard, aider encore à répandre la « Loi du Milieu » par la création de quelques sites dont les propriétaires font partie du petit microcosme qui édicte « la bonne parole ».

Et bien des gens alors suivront la mode. Heureux d’être dans « le cercle magique » Docilement. Maîtres comme soumises.

Il n’est qu’à voir aujourd'hui un certain weblog BDSM au féminin qui publie non le lien mais l’article de Libé in extenso avec pour seule production personnelle trois malheureuses lignes de fier témoignage respectueux d’avoir fait partie autrefois  des « visiteuses » de Maître Patrick.

 

J’en souris parce qu’il y a deux ans, j’ai ( nous avons, M. et moi) croisé « Maître Patrick » quelques brèves minutes dans une soirée près d’Agde.

Qu’ai-je vu ce soir-là ? Un homme pas tout jeune, ne payant pas de mine, qui passait très accompagné ( vraiment très accompagné ) mais pas de jolies femmes comme on pourrait le penser ( puisque, toujours selon Libé " C'est à qui raflera la plus belle, la plus folle, la plus obéissante. Pour que dans le mundillo, on continue à vénérer maître Patrick ".)

 

J’étais bondagée dans un coin. Son escorte lui ayant demandé son avis sur « l’œuvre » de M. , cela m’a beaucoup surprise. Ce genre de choses est plutôt vue comme de très mauvais goût en soirée, habituellement. Les gens qui commentent à voix haute dans ce genre de situation sont en général les neuneus qui viennent pour la première fois sans savoir de quoi il retourne.

Ma surprise était légitime.

Quand j’ai manifesté celle-ci plus tard, on m’a dit « Mais enfin! C’est Maître Patrick ! ».

 

Bon, oui, ben, et alors ?

 

 

( A suivre dès que faire se peut pour l’avis sur le livre. Pas la peine de l’acheter entre temps. Surtout, que ce post ne lui soit d'aucune publicité!

 Là, sourire, je me sacrifie pour vous ! ).

 

 

 

 

 

 

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