Photo © Marius Krmpotic

 

Elles sont lues d’ « une seule main », du moins par les hommes. C’est, hélas, leur but.

Je demeure étonnée que les deux dernières décennies du XXème siècle, le début du XXIème, ne nous aient rien amené d’autre, à quelques très rares exceptions près, qu’une écriture érotique féminine stéréotypée et calquée sur le fantasme masculin, jouant avec lui et ses clichés.

A force que leur prose me tombe des mains, à force que leurs lignes me tombent des yeux, un passage en revue de leurs « ficelles » sous forme de litanies, à ma manière…

 

Se montrer comme une femme à prendre.

En rajouter.

Faire fantasmer

Le lecteur avant tout,

La lectrice compte beaucoup moins.

Jeux de jambes,

Etaler ses talons.

Jouer avec les mots,

S’en défendre.

Etre au bout de la ligne,

Du clavier,

Répondre à tout instant

A leur demande.

Complice,

Disponible,

Laisser le champ du possible

S’installer.

Se servir des images de la virilité,

Sperme en jets

Bouche et dents,

Dard ardent

Turgescent.

Les entourer

D’un voile de féminité.

Parler du vent qui souffle

De jupes soulevées,

De bas roulés.

Charmer

Virtuellement.

 

Mais se montrer surtout comme une femme à prendre.

Entre les mots.

Se publier :

Se rendre publique.

Une femme à prendre vous disais-je,

Par les deux bouts,

Le petit bout de la lorgnette

Surtout.

Evoquer mes suffocations mes palpitations,

Mes moiteurs mes sueurs.

Ah je bous ah je meurs

Et j’attends

Toujours j’attends

D’un rendez vous

A un autre rendez vous

Où il me rend folle

Comme l’attente du prochain

Me rend folle.

Je vous prends à témoins

Virtuels.

 

Car attendre c’est aussi se montrer comme une femme à prendre.

Les laisser bouche bée

Leur raconter :

J’ai passé

Mes mains

Mes lèvres

Sur…

Il a palpé

Mes jambes

Mes fesses

De ses mains

Et

Il a fourragé dans

Mon…

J’ai pris son…

Dans…

J’ai pris

Mon temps.

Je me suis baignée de

Cyprine

Virtuelle.

 

Et

Parfois d’autres femmes

Avec moi,

Emois,

Toucher, couler.

Oui je fais ça aussi,

Et je l’écris.

Ça leur plaît

Mais moi je dis

Dans les magazines

D’un air très digne

Que je n’écris que ce qui me plaît.

J’écris beaucoup le mot « mouiller »

Ses synonymes,

J’écris beaucoup le mot « fouiller »,

Les mots « langue », « salive »

Pour les faire saliver.

Je les sais excités

Virtuellement.

 

Je dois me montrer comme une femme à prendre.

Qu’ils espèrent

Que peut-être

Un jour, la lointaine,

L’écrivaine,

Daignera descendre

Du piédestal

De verbes qui l’empalent

Et qu’ils pourront prétendre

A voir,

A toucher,

A entendre,

Tout ce qu’ils croient avoir

Vu,

Touché,

Entendu,

Dans des lignes

Virtuelles.

 

Ecrivaine érotique,

Femme publique.

Intimité surexploitée,

Surdimensionnée,

Publiée en 3D.

Ils ne savent pas

Ce que je suis rouée, douée pour inventer :

Je dis il,

Je dis ils,

Je dis elle,

Je dis elles,

C’est ça qui me montre comme une femme à prendre.

Je ne dois pas parler d’un homme unique

Mais être ouverte à tout hypothétique

Virtuel.

 

Je dois dire un je,

Une première personne du singulier,

Et un il

Une troisième personne singulière.

Jamais de nous

Ou un nous très flou,

Ambigu,

Qu’ils puissent s’imaginer

En être le tu

Virtuel.

 

Pour qu’ils bandent,

Je dois me montrer toujours comme une femme à prendre.