Les adultes peuvent lire aussi le point de vue de Bricabrac sur ce même livre ici .

 

Il me faut avant tout préciser que je n’aime pas la littérature érotique  ( ce qui est publié sous ce « genre » ) mais que j’aime l’érotisme dans la littérature. La nuance est de taille.

C’est l’exacte cloison qui sépare, par exemple, un Gilles Saint Avit d’un Alain Robbe-Grillet.

 

C’est parce qu’il a choisi de se classer dans les ouvrages de littérature érotique, en se calquant à tort sur tous les canons du type, que « Frappe-moi » de Mélanie Muller qui sort ces jours-ci aux Editions Blanche est, à mon sens, un roman raté.

 

Cela commence mal dès la « prise en main » chez le libraire : titre tapageur, bandeau de couv’ tape à l’œil, tout est fait pour commercialiser à outrance cette sortie d’un « premier roman ».

 

« Roman », c’était déjà bien, pourtant !

Après avoir été accablés de « récits » BDSM depuis les vingt dernières années avec tout ce que ce mot sous entend de vrai ou de faux ( plutôt de faux ) vécu, un roman était le bienvenu.

 

« Roman », c’est ouvrir le libre cours à la folle du logis.

 

Cela tombait d’autant mieux ici qu’au fond, « Frappe-moi » est la narration d’une folie. Presque ordinaire.

Une femme dont on ne sait rien rencontre via le téléphone ( on n’en saura pas plus ) un homme dont on ne sait rien non plus.

Leur relation débute ainsi , bascule très vite dans la Domination/soumission et, tandis que l’homme s’abstrait peu à peu de celle-ci, effrayé peut-être par la puissance des sentiments qui se reportent sur lui, la femme ( la narratrice) s’enfonce et s’abîme dans cette passion destructrice qui en vient à se fonder sur la pure dépendance, physique, morale.

Cette dépendance va l’amener jusqu’à finir par appliquer le vieil adage « Si je t’aime, prends garde à toi » dans ce que Thanatos peut lui souffler de plus violent à l’oreille.

 

Voici ce qu’il me reste de ce livre trois jours après l’avoir fini. Un sentiment très partagé.

 

L’histoire en soi est loin d’être inintéressante. Peut-être même était-ce la première fois que ce thème de la dépendance dans les rapports D/s était aussi clairement abordé.

On se prend à rêver de ce que ce roman aurait pu être. Mais qu’il n’est pas.

 

Car sur ses 169 pages, on est quasiment abreuvés seulement des classiques scènes « hot » et de tous les poncifs BDSM.

Rien ne nous est épargné dans l’action (Il me fait ci, il me fait ça/Il me fait faire ci, il me fait faire ça/ Il me prête, il me donne, il me vend/A un homme, à des hommes, à une assemblée des deux sexes/Je lui amène une autre femme, il m’amène une autre femme etc.) ni dans le vocabulaire (Il me dit ci, il me dit ça/Je ressens ci, je ressens ça) . Tout le catalogue, toute la nomenclature défilent. Cela devient vite ennuyeux. D’autant plus que le moteur Muller s’essouffle rapidement dans cette succession de flashs. Panne d’essence. De sens aussi.

 

Pourtant, une phrase s’échappe de temps à autre, petit bonheur d’écriture et s’en vient, vagabonde, nous faire penser « Ah ! Il y avait là un fil à poursuivre… ».

 

Quant à répondre à la traditionnelle interrogation de ces cas-là ( livre de femme ou livre d’homme ? ), je ne saurais trancher de façon convaincue.

Il y a à l’évidence des moments où l’on en vient à douter de l’unité du style. On se demande s’il n’y a pas eu un peu de rewriting sur telle scène ou telle autre.

Histoire de…

Histoire d’O ?

Et cette « savante mise en mots cliniques » n’est pas, on le devine, dans les meilleures parties de l’ouvrage.

 

Pour conclure, je ne peux à ce jour recommander cette lecture.

16 euros chez Virgin, comme je les ai payés, c’est beaucoup trop pour un tel livre.

L’année prochaine, lorsqu’il paraîtra en poche, le rapport qualité/prix vaudra alors la peine d’aller y lire entre les lignes ce qui, hélas, n’ a pas été écrit.

En attendant, les excellents « Carnets d’une soumise de province » de Caroline Lamarche, comme je l’ai déjà écrit ici, viennent d’être réédités en Folio…

 

Je n'ai pas choisi d'extrait de "Frappe-moi" comme j'ai l'habitude de le faire pour les autres livres que je commente, mais seulement une de ces phrases évoquées plus haut, dont la musique peut se prolonger en nous...en notes de regret, malheureusement, pour ce premier opus...

 

« Mon corps n’est plus soumis à tes punitions seules, il se plie à mon orgueil, qui, lui, s’accroît sous les coups. »

 

Mélanie Muller - « Frappe-moi » - Editions Blanche – 2005 –

 

 

 

 

 

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