Photo Dietmar Breitkeuz

 

M COMME MIRACLE ...

C’était bien un miracle.

Tu m’avais fait la cour. Oui, dans ce monde virtuel, Tu m’avais fait la cour, longtemps, bien longtemps, des mois durant avant que nous ne nous rencontrions.

 

J’étais en ce temps-là, totalement novice devant mon ordinateur. Lorsque je Te connus, je ne savais pas même que l’on pouvait enregistrer un document. Alors, parfois le soir, j’imprimais nos dialogues, message après message, ce qui ralentissait un peu nos « chats ». J’en ai des pages et des pages. Elles sont jaunies. Il y a maintenant de ça plus de trois ans…

De Ton côté, Tu sauvegardais une partie de l’historique de nos échanges. A nous deux, aujourd’hui, il nous en reste beaucoup.

 

Et c’est très doux, très curieux de se relire.

Toi qui avais ce profil qui donnais envie de fuir à l’impétrante inepte que j’étais alors, Tu me faisais la cour, mine de rien, et presque tous Tes messages étaient des quatrains qui fusaient en quelques secondes. Et je m’y essayais aussi puisque nous avions commencé par là, par parler d’Aragon et de poésie.

Nous avons bien ri, Tu disais alors recueillir chacun de mes rires dans un bocal pour l’avenir…

 

Ce qu’il adviendrait, Toi et moi l’ignorions. J’étais emberlificotée dans une lamentable histoire sans fin ( je raconterais peut-être cette fin demain, elle témoignera de ce que j’ai pu moi aussi être une alouette sans tête au jeu du grand miroir ).

 

Tu habitais loin, Tu organisais des soirées, j’étais dubitative et pourtant tout mon sang, tout mon cœur m’entraînaient déjà vers Toi…

Un jour, les choses devinrent évidentes et nous passâmes au téléphone. Il faut dire que Toi, qui me faisais si peur, Tu devais « passer » le PC à Tes fils tôt le soir afin qu’ils se lancent dans leurs jeux préférés. Père célibataire, c’était presque incroyable et ça annihilait quelque peu ce profil qui décrivait des choses qui n’avaient pas lieu d’être dans la cour où je jouais. A mille lieues de Toi et de Ta recherche.

 

Tu m’as donc fait ensuite la cour de vive voix. Est-il besoin de dire qu’entre nous il n’y eut jamais de check-list, de contrat. Nous nous découvrîmes en chemin, pas à pas. Un cyber chemin pour commencer, notre vrai chemin ensuite. Semé d’embûches.

 

Ainsi, il y eut nous. Et lorsque nous eûmes quitté le règne électronique, il resta à bâtir. Une histoire. Cette histoire. Notre histoire.

 

Tu n’as jamais cessé de me faire la cour. Même lorsque je suis contrainte dans mes liens, même lorsque Ton fouet me strie, c’est de tendresse et d’amour que Tu me parles.

Et si Tu ne m’écris plus de quatrains, Tu m’offres des roses. Avec leurs épines.

 

Il m’arrive parfois d’avoir la nostalgie de Tes poèmes.

Je sais que quelque part, c’est ce blog et mes mots qui ont éteint les Tiens. Le fait d’avoir donné à lire à tous les mots que je T’écris.

Quelque part seulement. Il y a aussi le temps qui transforme les choses. Qui les métamorphose.

 

Faut-il le regretter ? Ne regrette-t-on pas toujours, toujours, lorsque l’on s’y replonge par la mémoire, les tous premiers pas d’un amour ? Ses balbutiements. Leurs émotions intenses. Le goût du coup de foudre qui, comme son nom l’indique, dure l’espace d’un éclair.

 

C’est la même chose, le même regret que de voir nos enfants grandir. Un sentiment mêlé de fierté et d’étonnement à voir ce qu’ils deviennent et en même temps la mélancolie des tétées de nuit, puis des premiers mots, des premiers dessins…

 

Cette cour insensée que Tu me fis naguère est comme ces enfants. Elle pousse. En bouquets, en multiples cadeaux, en compliments constants.

Je les cueille sur ma route d’amante, ma route de soumise. Elle est jalonnée de limites dépassées, de progrès acquis. Devant nous, tous ceux qu’il me reste à faire.

Et là aussi, c’est une histoire sans fin. Mais une histoire heureuse.

 

Le miracle qui fit que je Te choisis là, en ces temps ancestraux, fut sans doute le fait que jamais, ô jamais, Tu ne Te comportas comme un guetteur de proie. Un chasseur de trophées.

 

Mon poète d’antan, mon « M. des calanques », je T’aime plus qu’avant.

Plus qu’il y a trois ans.

 

 

 

 

 

 

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