Photo Eloise Model

 

Tout change. Il faut bien l’admettre.

Pas en mal forcément.

Tout changement engendre de la mélancolie et c’est bien naturel.

Qui ne se croit pas détenteur d’une vision éclairée des choses? C’est la nature humaine.

Il la voudrait définitive. Ce n’est pas la nature de la vie qui va.

 

En BDSM comme en tout autre domaine.

Nous sommes le fruit de notre vécu, de nos expériences. Les voir secouées, malmenées, ne fait pas plaisir. Cela nous remise dans « notre époque ».

De là à aller écrire, comme je l’ai lu tout récemment, que de grands philosophes, de grands penseurs se sont exprimés là dessus, « le ridicule en moins », mieux que les autres qui en parlent aujourd’hui sur leurs petites pages bien à eux, je ne suis pas d’accord.

 

Quels philosophes et quels penseurs, d’abord ? Vraiment grands ? La grande philosophie, la grande pensée qui a marqué le 20ème siècle, j’en suis sûre, ne l’a pas fait en parlant de BDSM.

Alors, qui ? Deleuze ? Je ne vois que lui.

Il a écrit un ouvrage indispensable qui a remis en question la théorie freudienne autour du masochisme.

C'était « Le froid et le cruel, Présentation de l’œuvre de Sacher-Masoch » aux Editions de Minuit.

Puis, plus tard, il a de nouveau abordé ce même sujet, cette fois avec Félix Guattari, toujours chez Minuit, dans quelques pages de leur « Kafka. Pour une littérature mineure ».

 

Mais s'il est reconnu aujourd'hui comme l'une des pierres angulaires en matière d'avancée dans l'analyse du sadomasochisme, il y eut pourtant à l'époque des voix pour le remettre sérieusement en question,  lui opposant Lacan.

 

Je ne vois pas d’autres grands philosophes ou grands penseurs à s’être intéressés de près au sadomasochisme depuis les années cinquante.

Foucault ? Oui, mais c’est autre chose tant il couvre d’espace… Quant à Bourgeade, c’est un écrivain et non un penseur et lui aussi ne fait pas l’unanimité.

 

Qu’est-ce qui a provoqué l’ire de cette personne ? Apparemment donc, la prolifération des publications BDSM sur la Toile. Qui amène le tout et le n’importe quoi. Ces publications ont commencé par les listes et les forums. Ceux-là font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont. J’entends comme inscrits.

Oui, le Net a amené au BDSM des gens qui n’ont  pas grand chose à y faire. Mais pas seulement le Net. Cet état de fait avait commencé bien avant. Avec le Minitel. Sans doute, pendant quelque temps, y en a-t-il eu un peu moins, la télématique n’offrant pas l’accès à des photos, porte ouverte sur le fantasme, comme le fait Internet. Sans doute aussi coûtait-elle beaucoup plus cher ( mais on ne peut que se réjouir « philosophiquement » lorsque les moyens de communication se démocratisent ).

 

Alors, bien sûr, le BDSM, se vulgarisant à tout crin ( tout comme l’échangisme ) a entraîné de nouveaux adeptes.

Adeptes de circonstance bien souvent. Il n’y a qu’à lire quelques petites annonces où on le voudra pour en être convaincu : ils n’ont rien compris. A rien. Je ne leur reproche pas, moi, de ne pas être fidèles aux règles anciennes, je constate simplement qu’ils sont décalés dans le lieu où ils se trouvent et qu’ils pourraient passer le même texte sur un quelconque site de rencontres.

 

Mais parlons des blogs qui sont le plus récent des moyens de « prendre la parole » on the Web. Ils sont plus ou moins 100 à être colorés de BDSM à ce que j’en connais et à ce jour sur les hébergements libres francophones. Certains plairont plus que d’autres, cela va de soi. Aucun en tout cas ne se targue de philosopher ou de braire bêtement une parole de philosophe mal assimilée. Ce sont en revanche des pépites d’or d’hymne à la différence.

 

Parce que le BDSM n’est plus ce qu’il était. Mais qu’il n’en est pas moins « vrai ».

Et cette vague des blogs montre, à lire ceux/celles qui les tiennent une belle et saine distance prise face aux schémas d’antan.

Cette nécessaire distanciation, je ne suis pas certaine que tous aient su la faire dans les années 80-90, quand les voies électroniques de transmission ont explosé et que l’on s’est rendu compte que l’ « Histoire d’O » était tellement emblématique qu’elle devenait la pierre angulaire de tout le BDSM franco-canadien-américain. En imposant cette notion de maître à la sauce Sir Stephen que l’ensemble des dominant(e)s et des soumis(e)s un peu lettré(e)s rêvaient alors comme d’un modèle. La transmettant aux autres. Avec tout le mal qu’elle a fait chez nous. Créant le sens du « normatif », de la cérémonie intrinsèquement figée avec ses clés et ses apparats.

On constatera aussi qu’à la même époque, dans le cadre de bons et loyaux échanges intellectuels, nous avons « importé » d’Outre-Atlantique, en bloc, les bases de nos « boulets », règles et codes, toujours d’actualité pour certains : les 9 degrés de soumission, les 12 règles, les 14 positions, le code des couleurs et fort heureusement ( ne jetons pas tout !) le Safe Sane and Consensual.

Beau filet garni contre un seul et unique roman !

 

Aujourd’hui, ce roman, les « nouveaux » le lisent, l’adooorent, achètent aussi « Soumise », adooorent Salomé  puis les oublient et passent à autre chose très vite.

 

A quoi ?

A construire « leur » relation BDSM à eux, loin des canons d’antan. C’est la meilleure des choses qui peut arriver au SM : se renouveler. Ou alors, il se figerait, deviendrait un temple sectaire. Et reconnaissons-le, il en a encore parfois l’allure. Beaucoup de chemin reste à faire.

 

La plus grande partie des nouveaux prosateurs du Net sur leurs sites, pour écrire moins bien, pour être moins profonds sans doute, ne sont pas moins vrais que les philosophes ou que ceux qui se veulent les « anciens du SM ». Je ne doute pas un instant de leur authenticité.

Ils ne versent pas dans le texte érotique bonne vieille recette, bandant et quotidien, comme on le voit en certains lieux ( oui, ça existe aussi et c’est ce que moi, je n’aime pas ).

Mais ce sont de vrais pratiquants.

Comme est vraie dans ses ressentis, ses propos et ses pratiques cette personne qui voit dans l’écriture BDSM galopant aujourd’hui sur le Web « le ridicule en plus ».

Comme sont vrais l’ensemble des blogueurs qui touchent à ce sujet en se posant des questions.

 

Vrais les uns et les autres. A égalité. Sans ridicule aucun.