Photo Franco Cinnamon

 

Je dédie ce texte à Mélie pour ses interventions proches de ce thème sur un forum qu’elle reconnaîtra…

 

Finalement, tout pourrait se résumer en une évidente dichotomie : les deux sens du mot « dégrader », celui qui sublime à travers le jeu des couleurs et l’autre, celui qui abîme.

 

Sans doute que je me dois ici de commencer par écrire que nul ne détient de vérité sinon la sienne et que ces deux versions sont tout aussi valables l’une que l’autre tant que les gens s’y sentent à l’aise.

 

J’ai lu en ces trois jours quantité de textes BDSM, sur des blogs ou en provenance de forums, certains envoyés par des amis sur mon mail.

Je retrouve toujours les mêmes thèmes déclinés sur les deux tons évoqués précédemment : ceux-ci ou celles-là qui se racontent en douceur, se dégradent en couleurs et pour qui le BDSM est une forme de l’amour et de la complicité.

C’est le cas ici dans cette émouvante profession de foi du Lui des » Ecrits Pourpres » ou bien là encore, sur ce blog récemment découvert, celui de Morgane et Merlin.

La même petite musique,  je la trouve en poésie chez Impudique.

Les images qui me séduisent de par leur naturel exigeant, leur amoureuse osmose, je les vois sur Eroticalee2, sublime (ne pas hésiter à parcourir les archives) mais recommandé aux seuls adultes.

Quant à la véritable harmonie partagée des feelings féminins, c'est de Bricabrac et de Mélie (citée plus haut) que je me sens le plus proche. On l'aura compris depuis bien longtemps.

Rien de mièvre (ou de guimauve, comme disait l'autre) chez tous ces gens-là. Bien au contraire. Bricabrac, par exemple, c'est du vitriol et du scalpel.

Mais en tout cas aucun(e) d'entre eux (elles) ne fait dans le BDSM étiquette A.O.C.

 

Ailleurs, et nous en arrivons au deuxième aspect, malheureusement on retombe sur les mêmes sempiternelles histoires : je prête ma soumise, je l’offre, toutes « portes ouvertes » et maculée d’injures peinturlurées sur son corps, au premier qui passe (et encore ce texte là n’était pas vraiment mal écrit, j’en ai lu un autre en quatre épisodes qui se voulait très hard mais qui offensait plus encore la langue française que la morale, sourire…) ou ceux de la soumise qui raconte une histoire semblable, son attente dans la nuit en positions « explicites » de l’ « invité » inconnu que le maître en titre a mandé… Et là, quand il arrive enfin, on se dégrade en noir  monocolore.

 

Qu’importe, peut-on penser, si chacun y trouve son plaisir mais de là à me sentir assise sur la même branche…Et pourtant ce sont les mêmes mots, les mêmes objets : domination, soumission, collier, laisse.

Mais pas le même sens posé sur eux.

 

J’en reviens encore une fois à cette histoire de chienne. Cela ne me dérange pas que l’on se sente bien en aboyant, en faisant aboyer, en jouant (en faisant jouer) de la truffe et du reste. Ni même qu'on le justifie en évoquant la fidélité et l'humilité canine. Toutes des qualités qui iraient -disent-ils(elles)- comme une seconde peau à la "vraie" soumise.

Ce n’est pas mon truc, c’est tout.

 

Serais-je d’une incroyable naïveté ? J’ai pourtant bien un collier et une laisse, c'est vrai, que je vois comme des bijoux hors du commun. Je me place à quatre pattes quand c'est ainsi qu'Il me veut ou que je me veux, sans états d’âme. Il ne m’est jamais venu une seule fois à l’esprit que cela ait un quelconque rapport avec une promotion dans le rang des canidées.

C’était pour moi l’imagerie de la douce soumission, comme les cordes, comme le fouet qui brûle et caresse : les signes d’ un amour différent. Soumise, oui. Maso aussi. Mais chienne, non.

Je n’aboie pas. Sinon ici.

 

Quand j’ai le plaisir de tchatter avec lui, il est une des expressions de Le Squale que j’aime tout particulièrement, c’est celle-ci : « prendre le collier ».

Lorsque j’ai « pris le collier » de Marden, j’ai vu ça comme une alliance. Je ne me suis pas demandée si c’était un collier de chienne : il était de cuir noir, pour moi, c’est un collier de soumise et l’acte de le porter est un acte d’amour, il ne nécessite pas qu’en plus, je bave en glapissant ou que je nomme mes seins "mamelles".

 

Je n’ai pas de conflit en moi qui demande à être résolu dans l’humiliation. Ce mot de « chienne », s’il me gêne, c’est précisément parce qu’il est humiliant dans la vox populi la plus classique et non dans le BDSM seulement. Lorsqu’on traite -en général- une femme de « chienne », qu’on parle de ses « chienneries », c’est à une sexualité multiple, débordante, dégradante que l’image renvoie. On l’humilie en paroles.

Le BDSM ne fait que reprendre, à compte de « jeu », cette acception du mot et la mettre en scène.

En fin de compte, rien de bien original ni de transgressif là dedans.

Une humiliation voulue de l’un à laquelle l’autre consent. Peut-être même, je ne le nie pas, l’inverse aussi. Un choix personnel et en duo (ou plus) à n’en pas douter, je le reconnais de même.

 

Le plaisir dans la dégradation. Pas de quoi fouetter…un chat.

Libre à moi seulement de lui préférer le plaisir dans les dégradés fauves du soir ou ceux bleuissants de l’aurore.