Photo R. C. Horsch.

 

Sur un « site de maître » dont je lisais avec attention l’article phare, celui consacré à sa philosophie du BDSM, je suis tombée par deux fois sur une  expression qui a arrêté mon œil et mon esprit : « des couples ordinaires ».

J’ai en effet mis un instant à comprendre ce à quoi il faisait allusion.

Je pense qu’il parlait de ce que nous trouvons souvent nommés comme des couples « vanille » (terminologie anglo-saxonne), c’est à dire les couples hétérosexuels classiques.

« Vanille » est, j’en conviens, un mot fantaisiste voire stupide, mais au moins, il n’a pas de contraire. A moins de vouloir bien chercher et de lui opposer « fraise » ou « chocolat »…

 

« Des couples ordinaires » me gêne. Là, il y a un contraire : « des couples extraordinaires » et sans vouloir pinailler sur le sens et l’étymologie, être un couple BDSM n’a rien d’extraordinaire.

De plus le mot « ordinaire » me renvoie à des expressions que je n’aime pas, douloureux échos du type « Les gens de peu » ou « La France d’en bas ».

 

Etre un couple BDSM , c’est avant tout être un couple. Point.

Un couple ordinaire. Avec un quotidien, des soucis, des joies, des heurts, des bonheurs, des malheurs, des ruptures parfois. Ordinaire, quoi, comme on dit...

Parce que ce n’est pas toute une armada de pratiques sexuelles qui y changeront quelque chose et feront de nous des gens extraordinaires (meilleurs que les autres) ou extraordinaires  (différents à montrer du doigt).

La qualité d’un être ne se mesure heureusement pas à l’aune de ses aptitudes à avoir une sexualité hors normes, ni dans le sens positif ni dans le sens négatif.

 

Les BDSMeurs ne sont pas plus ouverts que les autres, plus intellectuels, plus brillants. Ils ne sont pas davantage plus dépravés, pervers, névrosés que leurs concitoyens.

 

Nous ne possédons pas les clés d’un Nirvana physique ou cérébral à jeter glorieusement à la face des autres et qui feraient de nous une caste supérieure.

Pas plus que nous ne sommes des parias à fuir de peur d’être contaminés.

 

Il faut toujours faire très attention aux mots que l’on emploie. Cet « ordinaire »-là pourrait avoir un effet boomerang inattendu.

 

Je suis comme je suis. Je ne m’en cache pas.

Mais je me sens aussi tout simplement comme « the girl next door »…