AVERTISSEMENT : Ceci est un billet d’humeur relatif à l’un des titres de la une du magazine « Elle » de cette semaine. Cela s’arrête à ce titre et ne remet nullement en cause ni le travail des journalistes, ni celui de l’auteur du livre à paraître et dont il sera question ici par ricochet.

 

On sait que je reste masochistement fidèle quotidiennement à Libé qui m’agace pourtant profondément et hebdomadairement à « Elle » qui m’agace parfois tout autant.

Ce fut le cas hier.

Or donc, ayant acheté mon hebdo, j’y découvris ce titre à la une : « Extraits exclusifs - Argent, sexe et amour fou… Les vérités de l’affaire Stern ».

Quoi ? me dis-je...

Les vérités ? L’affaire aurait donc déjà été jugée sans que je le sache ? Bien courts soudain les délais de justice !

 

Pour ceux/celles qui auraient oublié, je rappelle qu’on découvrit début mars 2005, le corps du célèbre banquier Edouard Stern, assassiné de plusieurs balles dans son appartement de Genève, revêtu d’une combinaison de latex. L’enquête s’orienta d’emblée vers les relations sado-masochistes du banquier pour prendre ensuite la direction du monde des affaires jusqu’à ce que son ex-compagne avoue un crime passionnel ( dont on ne sait pas encore s’il ne fut pas plutôt commis pour des raisons vénales ou même commandité ).

 

Cette femme étant en prison et aucun procès n’ayant encore eu lieu, quelles « vérités » le magazine « Elle » pouvait donc avoir à apporter ?

En fait, il s’agissait d’assurer la promotion d’un livre, celui du journaliste et rédacteur  en chef-adjoint du Nouvel Obs, Airy Routier : « Le fils du serpent », à paraître demain, 22 juin, aux Editions Albin-Michel.

Voilà donc la raison des « extraits exclusifs ».

 

Il est navrant qu’à la veille de l’été, histoire de vendre peut-être quelques centaines  de numéros de plus, on en vienne à pareille accroche ( Les vérités ) à la une d’un magazine.

Quant aux extraits exclusifs, pour avoir lu ici une critique différente du livre qui semble un portrait très précis du banquier Stern et notamment de ses relations avec son père ( d’où ce titre « Le fils du serpent » ), on regrettera que là aussi, « Elle » ait choisi quelques pages « sulfureuses » ayant trait aux mœurs et amours du banquier Stern ( Argent, sexe et amour fou…) par exemple des échanges de SMS entre celui-ci et sa présumée meurtrière, plutôt que  de rendre compte dans le même article d’autres chapitres de l'ouvrage.

Cela rappelle les étalages de mauvais goût de certains appels du Prince Charles à Camilla rendus publics il y a quelques années. Or, la personnalité du banquier Stern - et par là même sa vie et sa mort - paraît bien trop complexe pour être limitée à ses préférences sexuelles.

Et présenter la critique objective d'un ouvrage biographique impose de ne pas se focaliser sur un seul aspect, le plus croustillant qui plus est.

 

Il semble probable que la rédaction de « Elle » croit que ses lectrices ont du goût pour la presse à sensation.

C’est à mon avis une erreur. Ce magazine ne devrait en rien tenter de concurrencer ainsi certains autres titres avec lesquels il n’a que faire.

 

Quant à la vérité, « aux vérités », devrais-je plutôt écrire, elles n’étaient - une fois de plus - vraiment pas à la une...