J’ai gardé pour le dernier soir la perle rare de ce trio de livres.

Celui à ne rater sous aucun prétexte.

Parce que s’il rentre, puisque son auteur le désigne ainsi, dans les « érotiques », ce n’est pourtant pas à cet aspect que je me suis intéressée en premier lieu en le lisant.

 

C’est donc un recueil de nouvelles. Une fois qu’on l’a refermé ce sont deux références qui viennent à l’esprit : « La Ronde » de Schnitzler si l’on veut rechercher une parenté de structure et les nouvelles de Raymond Carver pour le portrait au vitriol de la société anglo-saxonne.

Alors, oui, cela passe ici à travers le filtre des situations érotiques, et même des plus variées, qui défilent, s’emmêlent…Tous les bonheurs mais aussi tous les chagrins ou tous les travers des couples de notre époque sont ici mis sur la table : l’ennui, la jalousie, la passion, la tendresse…

 

« Celle qui fut ligotée et oubliée » est la première nouvelle, qui donne son titre à ce livre de Tobsha Learner, publié à l’origine en 1998 chez Albin-Michel et repris depuis au Cercle Poche. Et c’est bien d’une histoire de liens qu’il s’agit, de l’emprise qu’ils prennent sur un couple aisé qui les découvre au cours d’une représentation d’opéra moderne esthétisante et dont ils finiront par être les comiques victimes. Car il n’y a pas une seule de ces douze histoires qui ne nous fasse sourire, même si c’est jaune quelquefois…Un art stupéfiant du tragi-comique nourrit l'encre de cette jeune écrivain.

 

Caustique, critique, tendre aussi, superbement écrit - et là, on ne peut que rendre hommage à Valérie Malfoy qui a su rendre l’anglais de Tobsha Learner dans un français remarquable - ce livre est un plaisir de lecteur/trice à chaque page.

 

De plus, cet « érotique » est un livre qui parle douze fois - et dans des tonalités inattendues - d’amour et d’amour seulement.

 

« La maison s’ornait d’un péristyle néo-classique et d’un jardinet en façade. C’est le grenadier qui m’a plu parce que c’est un symbole de fertilité. Quand Adrian l’a su, il a dit : « Chérie, il faut absolument qu’on l’achète. ». Avant, nous habitions en ville, dans un appartement des années 30, tout en moulures blanches et balcons galbés. C’était chouette, sauf qu’on entendait les voitures toute la journée, et la nuit, les camions. J’imaginais que c’était la mer, mais ça ne marchait pas. Je me crispais de plus en plus dans mon lit, serrant les mâchoires, les muscles endoloris. Adrian affirmait que c’était pour cela que le bébé n’arrivait pas, parce que les ovules et les spermatozoïdes ont besoin de soleil et de tranquillité. Sinon, on finirait par concevoir un insomniaque, et ça serait pire que pas d’enfant du tout. »

 

 (NOUVELLE « LA GRENADE »)

TOBSHA LEARNER – CELLE QUI FUT LIGOTEE ET OUBLIEE – LE CERCLE POCHE - 2003