Clarisse Nicoïdski, romancière, écrivain de théâtre, essayiste - née en 1938 et décédée en 1996 - avait par deux fois tenté l’incursion dans le domaine érotique.

« La Ruche » est l’un de ces deux romans.

 

Erotique ? Oui, c’est bien le registre dans lequel il faut le classer mais dans un érotisme jouant sur l’onirique, un peu comme le Pieyre de Mandiargues du « Soleil des Loups » ou de « Sous la lame ».

SM ? Sans doute, de part la constance thématique du plaisir par la douleur. Mais BDSM, absolument pas…

 

Edmée, une toute jeune fille, travaille au pair chez l’austère et rébarbative Madame Hore.

L’événement du moment est la sortie d’un parfum au prix exorbitant dont le créateur est tenu secret, ainsi que les composants.

Il s’en murmure des choses sur ce jus inaccessible pour Edmée, ses vertus aphrodisiaques et son flacon dont la forme évoque un couple enlacé.

L’héroïne en a même un instant de « vision », telle une possédée, à le regarder dans la vitrine où il trône.

Puis, tandis que la vendeuse tourne le dos, elle est prise d’une incontrôlable pulsion et en vole un flacon.

 

Dans la rue, un homme la rejoint : il a été témoin de la scène, menace de la dénoncer pour vol et, profitant de son avantage, l’oblige à l’amener jusqu’à la porte cochère de l’hôtel particulier de Madame Hore où il se livre sur elle à quelques privautés « parfumées » que sa patronne en vient à surprendre.

 

Edmée, par mesures de rétorsion, est envoyée chez la mère de Madame Hore, à charge de lui remettre une certaine somme. C’est le lendemain dans le train qu’elle s’aperçoit que les billets ont disparu de ses effets

Elle retrouve alors le mystérieux inconnu qui lui promet de lui remettre une somme égale si elle le suit jusqu’à un domaine mystérieux où des femmes, sortes d’abeilles ouvrières, sont une partie de la chaîne de fabrication du parfum « La Ruche » sous la conduite d’une certaine « Madame » et au profit d’une « Reine des Abeilles » que nul n’a jamais vue…

 

On l’aura compris, la suite est du domaine du conte érotique, fantastique, surréaliste parfois…

Il ne faut donc rien en dire de plus ici. Si ce n’est que « le parfum » est le centre de tout…

 

 

« La Ruche » est à lire pour la construction originale de son récit mais surtout pour la beauté du style. Il est évident, à chaque page, que l’on a affaire à un écrivain véritable.

Je ne peux cependant pas taire un certain malaise qui s’en réfère à ce point précis.

Clarisse Nicoïdski n’évite malheureusement pas dans ce roman l’écueil habituel de l’érotisme au féminin.

En ce qui concerne la mise en scène érotique, ce livre pourrait avoir été écrit par un homme : rien ne le différencie de l’expression du fantasme au masculin…

 

L’extrait provient de la seconde page du livre, c’est la « vision » fantasmagorique d’Edmée face au flacon convoité :

 

« Soudain, elle fut parcourue d’un frisson : les flancs du flacon semblaient devenir liquides, ils glissaient, sur ses mains, ses bras, ses joues, emplissaient sa bouche.

Devant ses yeux fixes défilaient des images : des corps d’insectes velus, agglutinés au cœur d’un soleil en plein midi, dans un champ d’herbes et de fleurs, au mois d’août. Puis ce fut l’intérieur d’une ruche : la reine des abeilles, énorme, grasse, sur le dos, expulsait des larves dans le mouvement régulier, peut-être douloureux, de ses anneaux élastiques. Des pucerons esclaves étaient traits par des ouvrières aux dards impitoyables et précis. ( … )

-C’est le musc de taureau qui lui donne cette fragrance ! murmura la vendeuse si près de l’oreille d’Edmée que la jeune fille eut un léger frémissement . »

 

Clarisse Nicoïdski – « La Ruche » - Editions Blanche – 2000 -