Photo Horst P. Horst ( 1906-1999 )  

 

Viens tirer de mon corps les beaux sons de la harpe…

Tous ceux qu’elle produit sont tellement subtils.

Ils évoquent au plus doux les gouttes de rosée sur les feuilles posées aux aubes de l’été et dans leurs moments forts les averses de grêle des automnes en colère.

Ainsi va de l’amour…

 

Je suis toujours surprise de ce qu’on ne dit pas.

On chante haut le sexe et ses coups de tambour. Sans parler des caresses et de tant d’autres choses. Et pourtant chaque pore de la peau donne sa note à lui : il suffit d’effleurer un duvet de la pulpe du doigt pour qu’un dos entier se mette à vibrer et que le corps-frisson devienne plénitude.

Comme pour la musique, la sensualité s’apprend. Et sans elle la sexualité n’est rien, sinon l’exaspération d’un fantasme masculin.

Que des femmes le fassent parfois leur m’a toujours étonnée.

 

Jamais, au grand jamais, je ne me suis sentie réduite à trois orifices. Ils sont pourtant les pointes du triangle en BDSM. Et le reste est gommé. Ignarement gommé.

Pourquoi désirerait-on subir l’étreinte de menottes, de bracelets aux chevilles seulement pour « se voir » contrainte ? C’est oublier bien vite que le poignet, que la cheville comptent leurs points de pulsation.

Mes cheveux, mes oreilles, mon cou, mes épaules, mes bras appellent Ton toucher. Tes mains, Tes lanières, Tes cordes selon le lieu, selon l’instant.

Mes côtes , mes hanches, mon ventre, mes cuisses, le pli de mes fesses sont de même affamés.

Mes jambes tout pareil.

Je ne suis que partition. Attente d’être jouée.

 

Les hommes sont semblables. Regardez-les, enfants...

Pourquoi le leur fait-on oublier dès après la jeunesse et les premières approches où Lui et Elle sont encore androgynes ?

 

Pourquoi nous convainc-t-on, eux puis nous, un jour que tout se limite à du golf : la bonne balle dans le bon trou ?

On se réveille un matin pour découvrir que toute la symphonie sexuelle féminine n’a plus que cinq mouvements auxquels il faut se conformer.

Les seins, les fesses et puis trois cavités suprêmes. La transgression étant de se loger dans ces trois-là sans coup férir mais à la même enseigne.

Quel résumé restrictif qui limite le tempo …

 

Dans tout ce que je lis chez les femmes, je cherche en vain d’autres mots que ce vocabulaire qui est celui que la société impose aux phantasmes des hommes. Je ne les trouve que très rarement.

Et j’en suis stupéfaite !

Que de terres les « Eve » se laissent donc brûler…

 

Ma sensualité est tellement multiple qui va de ma crinière à mes pieds.

Renverse-moi, harponne-moi.

Mais harpe pense-moi toujours lorsque Tu veux que je résonne.

J'égrenerai pour Toi mes notes, une à une, des heures durant...