On sait ce que je pense de l’auto-qualificatif de « maître ». Je n’emploie ici ce mot que parce qu’il est celui que le possesseur du site décrit s’est choisi.

 

Les mots-clés de cette note seront « théâtre » et « Milieu », ce qui étonnera peu venant de ma part.

Ce post ne sera pas illustré pour une fois, on comprendra vite pourquoi.

 

« Théâtre » donc pour commencer.

Lorsque j’ai posté « BDSM transalpin », cette notion de « jeu », d’ « acteurs » et de « théâtre » a été l’objet d’un quiproquo dans les commentaires entre Padre et moi. Cette note me permettra de clarifier encore plus ce que j’entends par ce mot.

 

« Milieu » ensuite.

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, si je suis la seule à employer ce substantif et à m’en faire le pourfendeur, je notais cette après-midi sur un site dans les annonces de pratiquants très sérieux ( je leur applique cette flatteuse épithète pour les avoir connus ailleurs et même de visu pour quelques-uns ) qu’ils l’utilisent eux-mêmes. Exemple : « Nous désirons faire des rencontres avec d’autres couples dans le milieu ».

Dans cette acception, le « milieu » est très probablement pour ces gens le nécessaire label qui distingue les SMeurs réels des libertins de tout poil qui sévissent aux mêmes endroits.

 

Le 12/05, je publiais ici « M comme minable » et parmi différents cas de figure, j’évoquais un couple, auteur d’un récit assez connu narrant comment un maître confiait sa soumise - consentante - à un autre.

A la page 7, mais première de ce livre (nommons-le - pas de faux-fuyants - il s’agit d’ « Enjeux d’amour » par Yo et Gaël, aux Editions Blanche ) le couple n’a encore jamais fait l’amour ensemble. A la page 29, Gaël confie déjà Yo à l’autre maître, lequel sera présent jusqu’à la page 140, qui est l’avant-dernière…

Sur les motivations et de Gaël et du maître number two ( ou plutôt number one), sur le « prêt de soumise » je me suis interrogée dans le post cité plus haut. Je n’y reviendrai  donc pas.

 

Le maître « number one » ne m’était pas tout à fait inconnu. Il figure dans une scène du « Lien » de Vanessa Duriès et dans plusieurs de « Soumise » de Salomé . Il a pour spécialité, on l’aura compris, la « réception » des soumises déjà en couple. Et la célébrité relative ( due au Milieu ) des deux premières n’a pas manqué de rejaillir sur lui.

 

Depuis quelques mois, il se chuchotait que ses « Mémoires » allaient être publiées. A ce jour, elles ne le sont pas (encore ?).

Il est évident que je les attends avec une avidité certaine ( qui n’a rien de libidineuse, on me créditera sans peine de cette franchise au lu de la suite ).

Pourquoi cette attente ?

Tout d’abord parce qu’un « maître » va donc se raconter - ce qui sera une première - et ensuite parce que son cas est tout à fait particulier. Il est tout de même rare de s’être fait un « nom » dans le « traitement » de la soumise d’autrui, consentante, je le répète ici, afin que mon propos acide ne soit pas entaché d’un malentendu sur ce point.

 

Si les Mémoires du monsieur ne sont pas venues, j’ai le 15 de ce mois eu la surprise de lui découvrir un site en ligne tout nouveau.

Tout nouveau, je n’ai pas dit tout beau.

 

Nous voici arrivés à l’idée de théâtre. J’affiche le site, le feuillette virtuellement et grande est ma surprise. Je crois à de la « Commedia dell’Arte » un instant.

Car tout est « comme au théâtre » justement…

Le donjon est luxueux, sis dans un des quartiers les plus chics de la capitale.

C’est dommage qu’ici luxe rime avec tape-à-l’œil.

On visite des enclaves avec des grilles dorées et argentées tout droit venues de chez « Peinture Plaquée », portant blason et armoiries.

Les instruments, que l’on verra dans une autre section en action sur des soumises au visage masqué (Devinez par quoi ? Par le blason, si , si !!!) sont recouverts de housses blanches.

Le maître est cauteleux, il a peur de la poussière. Il me rappelle tout à coup ce voisin de mes parents qui, dans mon enfance, avait acquis une somptueuse berline de marque étrangère et qui la recouvrait d’une bâche tous les soirs, en regagnant son garage.

 

A chaque angle ou recoin, des mannequins de celluloïd portant robe blanche de satin ou panty blanc immaculé. J’avoue que ça fait un peu vitrine des Galeries Lafarfouillette…

Un peu plus loin, je vais trouver une photo où apparaît, sous des robes d’inquisiteurs de velours rouge et noir, une assemblée masculine dont l’un des membres tient une feuille à la main. L'acte d'accusation? La sentence?

Et l’ensemble me gêne.

 

Je sais ce qui me gêne. Tout ça, c’est du théâtre, du Grand-Guignol même.

Qu’il y ait un fric fou là derrière, une minutie maniaque à équiper un lieu, c’est évident.

Mais non, ça n’en fait pas le « must » que c’est devenu pour certains. Voir plus loin quand je parlerai de « Milieu ».

 

Quelques lignes d' « Enjeux d’amour », aux pages 30 et 31 de l’édition courante, pour décrire ce même endroit :

 

« Il m’emmène visiter son antre. La lumière y est faible ; une sono diffuse, en sourdine, des gémissements, des claquements de fouet, des tintements de chaîne, sur une mélodie langoureuse.

Au sol, la même moquette rouge que dans l’escalier, épaisse et confortable. Ces dames, nues, peuvent s’y vautrer ; aux murs, de la moquette noire, et des objets, des objets, à ne plus savoir où poser le regard. A droite, des photos où de superbes créatures, harnachées de cuir, semblent sourire pour nous communiquer leur plaisir ou leur fierté.

Plus loin des fouets et des cravaches (…) Tous ces accessoires sont suspendus à un râtelier, en ordre impeccable, comme de petits soldats de plomb . »

 

Le noir et le rouge, l’ordre impeccable, les soldats de plomb,  des photos en lieu et place de mes mannequins de celluloïd. Mais enfin, le sentiment de « surfait » est le même, surtout si l’on ajoute la ténébreuse musique évoquée. Je pense à la « Maison Hantée » et au « Musée de l’Inquisition » pour lesquels on prend un billet couplé à Carcassonne.

 

Les premiers mots du maître à Yo, allez, pour se faire plaisir, page 32 :

« Bonjour, Madame! Voyez-vous, il est d’usage de me saluer à genoux, en m’embrassant les chaussures. »

 

Pour les deux extraits cités :

 « Enjeux d’amour -Yo et Gaël - Editions Blanche- Rééd. 2004 »

 

Ce maître, auquel le récit est d’ailleurs dédié, est à partir de cette phrase, et c’est important, le personnage central de toutes les autres pages du livre qui sont une accumulation de scènes très hard, organisées avec de multiples participants, autour de pratiques extrêmes.

Mais, je le répète encore, avec le consentement total du couple auteur du récit.

Etrangement, dans les quatre mains de ce texte ( l'homme et la femme ), on en remarque vite deux en rab, celles du fameux maître, et cela à plusieurs reprises.

Il est à noter que le personnage mielleux qui dit si joliment « Madame » apparaît dans ce livre, comme dans les deux autres cités, bien plus sadique que dominateur - ce qui est ici une nuance dans mon propos et aucunement un quelconque jugement de valeur.

Mais je suis gênée une nouvelle fois car si cela est clair dans les trois récits, cela n’apparaît en rien sur le site.

D’autre part on ignore s’il a lui-même une soumise « en propre », celle-ci brillant par son absence totale dans les trois livres auxquels je fais référence et qu'il étale lui-même comme trois trophées de plus sur une page de son site.

 

Or, que veut le maître en question en mettant ces jours-ci son site en ligne ? Et bien précisément, il semble que le but soit de « recruter » de nouveaux couples, tels Yo et Gaël  et, peut-être, de préparer aussi la sortie des Mémoires...

Au premier jour de ma visite, il n’y avait que cette page là (Comment participer aux soirées ?) de rédigée en police gothique, comme il se doit vu le ton de l'ensemble, tout le reste consistant alors dans les galeries de photos.

Aujourd’hui, il y a (enfin) une page « Qui suis-je ? » qui s’est ajoutée, dans un style aussi emphatique (genre « le Chef d’Orchestre des jolies soumises » puisque « sous » ses « mains toutes les femmes sont belles ») que celui des photos.

C’est à dire dans un style « ronflant », comme on dit chez nous, où tout ce qui fait mal (aux yeux) et qui donne envie de hurler ce sont les fautes d’orthographe sur les mots les plus basiques.

A noter que cette profession de foi n’est pas accompagnée d’une photo du  maître,  même masqué par le « Blason »…

 

A ce stade, j’espère avoir été claire avec le théâtre. En fin de compte, tout cela, moquette rouge, noire, housses, poupées, cravaches au mur, musique, cela attend le lever de rideau.

Rien d’authentique là-dessous.

Du méthodiquement organisé, avec tous les effets spéciaux d’un Son et Lumière de catégorie Z.

Froid et sans âme.

Le Royaume « blasonné » et estampillé du "Tout pour le Paraître et non l’Etre".

La représentation par excellence dans les deux sens du mot et notamment celui qui ramène au théâtre.

 

Le « Milieu » enfin.

Je sais en outre que le maître a aussi publié une annonce - ce qui est évidemment son droit le plus strict.  Ayant eu l’occasion de la lire, celle-ci me gêne aussi car c’est une annonce de couple rédigée à la première personne : « Je cherche… ».

Même les plus mal lotis du vocabulaire écrivent généralement « nous cherchons » lorsqu’ils veulent marquer le partage et la complicité qu’ils vivent avec leur « jolie soumise ».

Le reste de l’annonce  demeurera, bien sûr, confidentiel. Je ne l'évoque que pour parfaire mon « tableau ».

 

Car il y a les derniers mots, à laisser pantois qui que ce soit :

« Grande Référence dans le Milieu SM ».

Là , j’en suis restée baba. Parce que nous avions lui et moi au moins un point commun : pour écrire cela, il faut circonscrire le « Milieu » exactement  aux mêmes personnes que celles auxquelles je pense lorsque je le définis, c’est à dire plus ou moins une quarantaine de personnes connues dont beaucoup n’ont d’ailleurs été que des « gloires » filantes.

Mais c’est bien ce Milieu qui a fait et fait encore la pluie et le beau temps, qui édicte les modes à l’attention de ceux qui suivent et qui sont, hélas, nettement plus nombreux.

 

Baba aussi parce que se présenter ainsi, au fi de toute modestie, il faut tout de même le faire.

J’ai beau savoir que la pub utilise de pareils gimmicks : « Produit de l’année », « Prix d’excellence des lectrices de… », c’est tout de même la première fois que je voyais, monde SM et monde tout court, quelqu’un assurer ainsi, en  ces termes de « Grande Référence », son auto-promotion…

 

Il y a des jours où je me sens comme un OVNI dans mon univers tant il est clair par exemple que pour le SM, c'est comme pour les rillettes Bordeau-Chesnel™, "La Référence" et moi nous n'avons pas, mais pas du tout, les mêmes valeurs...

Comment est-ce possible que de pareils trucs fonctionnent ?

Moi, un « maître » qui écrit ça, qui a un tel site, ça me fait fuir, ça me donne des pustules.

Envie de partir me réfugier, non dans une cave, mais sur une île déserte.

Je sais que, malheureusement, il ne manquera pas de candidatures : le luxe en toc, les grands mots , la référence du Milieu impressionneront des crédules qui se figurent que sans grandiloquence point de salut. Ou qui se voudront eux aussi, une fois, des acteurs de la pièce ( des dindons de la farce ?).

On en revient à Warhol et à ce quart d’heure de célébrité que tous rechercheraient…

La fin justifiant - quelquefois très mal - les moyens, le caricatural, le grotesque des choses leur échapperont. C’est grave.

Et pendant ce temps-là existent, je veux insister là-dessus, de vrais maîtres (pour utiliser le mot convenu) sincères, pondérés, conscients de leur charge mais sans inutiles armoiries. Seront-ils jugés à leur juste valeur, ceux-ci?

Comme l’écrivait Mélie hier, « Dur, dur d’être SM » certains soirs.

 

PS 1 : Ce site, que je ne linke pas de crainte de lui assurer une bien involontaire audience a un propriétaire. Il est évident que j’accorde d’emblée à celui-ci un droit de réponse. Il peut venir me traiter ou traiter mon blog de tous les noms d’oiseaux ici ou sur le mail dédié.

 

PS 2 : Il n’échappera à personne que mon post de ce soir est, de part son sujet, un clone sans humour et sans distance de celui, caustique et délicieux, qu’a publié ce matin Bricabrac. Il n’ y a pas de hasard en cela. Nous visitons les mêmes lieux virtuels, nous y rencontrant parfois, et avions décidé toutes deux de retenir ce thème pour notre prose du jour.

 

BàB et Mélie ayant des blogs avec disclaimer, je lie ici leurs deux notes ( qui sont celles du 21/05/05 pour Bricabrac et celle du 20/05/05 pour Mélie ), en insistant sur le fait qu’elles ne sont ouvertes qu’à un public majeur :

 

Rue Bricabrac.

 

Mélie-Mélo.